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Notice

La stratégie de l’émotion

Anne-Cécile Robert, préface d'Éric Dupont-Moretti Lux éditions, 2018

Journaliste au Monde Diplomatique, professeur associée à Paris 8, Anne-Cécile Robert montre comment l’espace social et politique s’est transformé en empire des affects, des réseaux sociaux au monde du travail.

Dans les médias, la vie publique, le discours politique, la réponse aux drames qui affectent la collectivité, les émotions dévorent l’espace social et politique au détriment des autres modes de connaissance du monde, notamment la raison. « Une priorité émotionnelle » gouverne le traitement de l’information, qui identifie la victime et le coupable, « opte instinctivement pour ce qui apparaît le plus simple : le soutien à la partie la plus faible ». Pour meubler l’antenne, l’information en continu se nourrit ad nauseam d’émotions.

L’extension du domaine de la larme conduit à une société qui désapprend à réfléchir et perd ainsi ses défenses immunitaires contre la manipulation, l’invraisemblable, la bêtise.

Anne-Cécile Robert analyse les manifestations les plus délétères de ce contrôle social par l’émotion : narcissisme compassionnel des réseaux sociaux, discours politiques réduits à des prêches, omniprésence médiatique des faits divers, mise en scène des marches blanches, etc. Ce recours général à l’émotion n’est pas fortuit, c’est l’outil des médias et d’une justification des échecs et de l’impuissance politiques. Cette « extension du domaine de la larme » conduit à une société qui « préfère pleurer qu’agir », qui « désapprend collectivement à réfléchir et perd ainsi une à une ses défenses immunitaires contre la manipulation, l’invraisemblable, la bêtise ». S’ils ont leur part de responsabilité dans ce tableau, médias et journalistes ont aussi leur rôle à jouer pour empêcher ce que l’auteure appelle « la dictature des affects ».

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