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Langues de bois, com' et liberté

LANGUES DE BOIS, COM’ ET LIBERTÉ

ARNAUD BENEDETTI Professeur associé à Paris-Sorbonne, directeur de la communication, Inserm

Publié le 24 Avr 2014

Comment la langue se rigidifie-t-elle au point d’être qualifiée « de bois » ? Quelles sont ses propriétés ? Quelles sont ses formes les plus contemporaines et que nous apprennent-elles de l’état de notre société ? Comment interfèrent-elles in fine avec le monde des professionnels de la communication ? Tentons d’esquisser un début de réponse. Définies et dénoncées pour qualifier la propagande des Etats totalitaires, les langues de bois ne circonscrivent pas leurs effets aux seuls contextes verticaux, autocratiques et autarciques. Elles tendent à investir les lieux de pouvoir, de décision ou d’influence à l’intérieur même de sociétés ouvertes et démocratiques. On pourrait penser qu’avec la mondialisation elles perdent de leur efficience dans la mesure où l’ouverture et l’échange développeraient la pensée comparative et l’esprit critique. Pourtant, elles demeurent et se reconstituent, sous des formes souvent moins brutales mais plus sophistiquées et tout aussi prégnantes.

Comment la langue se fige

La question renvoie tant à la genèse du processus qu’à sa perception. La langue de bois exprime toujours une cristallisation d’un rapport de forces. Elle s’inscrit dans un schéma qui vise à stabiliser et à renforcer un certain état de la situation. Elle porte une représentation d’un contexte, d’une société : idéologie, schéma stratégique, politique publique, expression d’une opposition, des codes propres à une culture ou à une sensibilité. Elle a, dans tous les cas, un lien avéré avec l’expression du pouvoir, son exercice, sa conquête ou sa contestation. Les langues de bois ne sont jamais gratuites : ce sont toujours des langues de forces et d’intérêt ; elles échappent à toute forme de spontanéité et donc de liberté. Elles solidifient et simplifient un champ, politique, économique, artistique… La langue de bois peut être ainsi celle du dirigeant, du militant, du spécialiste, du journaliste… ou du communicant pour lequel elle est un outil de contrôle et de confort de la parole. Or, que se passe-t-il dans la réception et la perception de ces dispositifs, de ces discours qui finissent par sonner creux et dont le caractère factice révèle tout d’un coup sa nature profonde ? Une langue de bois peut être révolutionnaire, réformiste, conservatrice, réactionnaire et déborder d’une vitalité qui la rend à un moment donné authentique et porteuse de connaissances. Tout le problème c’est, justement, qu’elle « finit », qu’elle s’installe dans l’autojustification permanente de son existence. D’où ce sentiment chez le récepteur -citoyen, administré, spectateur, consommateur, lecteur- de perte du réel, de dénégation de la réalité : « On nous ment, on nous manipule ». Soudain, nous ne sommes plus des sujets autonomes mais les objets d’un discours dont on mesure qu’il occulte et in fine fourvoie notre libre-arbitre, notre intelligence du monde. Cette langue qu’on nous parle n’est pas seulement fausse, elle est devenue une langue officielle, rébarbative… une langue morte.

Les nourritures d’une langue

Si présente et en même temps si étrangère, si éloignée de ce que nous vivons et ressentons, c’est une langue qui ne nous parle plus, qu’on entend mais qu’on n’écoute plus. Une langue dévitalisée, une langue uniquement « récitative », un bruit dont le rappel quotidien tient lieu de béquilles à sa pérennité. La langue de bois est une langue pétrifiée, suspendue à un moment de sa propre histoire, qui opère par répétition et de manière mécanique, dont le ressort consiste à donner le sentiment qu’elle repose sur l’argumentation et la rationalité, un schéma discursif où les déterminismes sont là pour nous convaincre que notre adhésion est le produit de notre propre rationalité. C’est quelque part une héritière de la ruse des sophistes.   Au siècle dernier, le marxisme en fut l’idéal-type le plus accompli mais, grosso modo, tous les systèmes idéologiques modernes s’abreuvent à cette source. Tous, y compris les plus modérés et démocratiques, recourent à un moment donné, parfois malgré eux, à un procédé qui répond à une activation prosélyte des idées et de leur agencement discursif. La langue de bois est une tentation permanente parce qu’elle simplifie, réduit, schématise là où la complexité, la nuance, le conflit tendent à contrecarrer les certitudes. Pas de place pour le doute ou l’introspection : elle se défie des contradictions pour les masquer ; elle se méfie des tourments lancinants des vies intérieures pour asséner ses principes et son vocabulaire. La langue de bois est tout à la fois une position et une posture qui met scène celle-ci. Elle est indissociable des logiques de propagande ou de com’ qui l’accompagnent et la véhiculent. Une triple dimension la formate : sa mécanique frappée du sceau des déterminismes lui confère un caractère a priori implacable dans ses injonctions; sa rhétorique, toute de répétition, (« Je ne connais point de meilleure rhétorique que la répétition », disait Napoléon) est facilitée par le surgissement des techniques de diffusion de masse ; son entropie, enfin, constitue son horizon car la langue de bois c’est d’abord et surtout une langue qui ne se régénère pas. La « novlangue » préjuge toujours qu’elle est indépassable, elle se contente de défendre sa propre perpétuation derrière une ligne Maginot sémantique…

Lexique des temps sans histoire

Tout laisse à croire que les langues sont le produit des sociétés. A priori, la société ouverte -dont Karl Popper considère qu’elle s’oppose radicalement à la société fermée, héritière des visions utopiques qui, de Platon à Marx en passant par Thomas More, irriguent la geste totalitaire- serait par essence préservée de tout recours aux langues de bois. N’est-ce pas oublier que la démocratisation comme l’ouverture des sociétés n’excluent pas l’émergence de répertoires discursifs qui adoucissent mais reproduisent des procédés identiques à ceux des langues de bois. Sous le vernis démocratique, elles perdurent et prolifèrent sous des formes variées et sophistiquées, empreintes des valeurs, des croyances, des superstitions de notre temps. Les « novlangues » peuvent mourir mais d’autres se substituent aux précédentes qui se dissolvent au rythme des évolutions socio-historiques. Les langues de bois sont d’abord des langues dominantes, des langues de surplomb qui caractérisent les usages sémantiques des élites. Elles sont investies d’un pouvoir performatif et normatif qui vise à travers les mots à transformer la réalité des sociétés au nom de préceptes et d’idéaux. Elles sont donc l’expression de l’état social d’un moment. Avec ses aspirations individualistes et émancipatrices, ses revendications de parité et de diversité, sa féminisation, sa quête de l’hédonisme et du divertissement, une néo-civilisation émerge où la négociation prend le pas sur le conflit, où le risque est l’objet d’une mise en demeure permanente. Et où la violence est combattue jusque dans les mots. C’est, d’une certaine manière, toute la condition de l’homme historique, violent et conflictuel, un homme taraudé par l’inquiétude et l’incertitude, que cette néo-civilisation tend à estomper pour le remplacer par un individu libéré, autonome, maître de son destin ou presque, épris d’ouverture et d’échanges, un être démocratique parce que contractuel et délibérant. Vision idéale, pour ne pas dire idyllique ; illusion de la sortie de l’histoire pour reprendre l’antienne de Francis Fukuyama ; acmé démocratique qui s’extrait des aspérités d’une société aux prises avec ses pulsions bellicistes et agressives… Cette toile de fonds vient programmer en profondeur des langues qui s’homogénéisent, se codifient et se standardisent dans des grammaires pétries d’une conception du monde, qui s’imposent comme les normes d’une communication où la retenue, la mesure, l’euphémisation des vieux vocabulaires discriminants, ou perçus comme tels, régissent les paroles publiques. Rarement, me semble-t-il, les élites auront fait usage et prôné l’usage d’une langue aussi contrôlée, contenue, domestiquée, parce qu’avec le recul de toutes les formes de violence institutionnelle, la langue officielle, elle aussi, doit traquer jusqu’au plus infime sédiment de brutalité qu’elle peut potentiellement receler. C’est ainsi que les communicants, les publicitaires et les journalistes sont appelés à la rescousse pour veiller à ce nouvel ordre discursif.

La com’, entre langue de bois et fantasme de la maîtrise

Les langues de bois, qu’elles se manifestent dans des contextes ouverts ou fermés, démocratiques, autoritaires ou totalitaires, ont ceci de commun qu’elles reposent sur un réflexe voire une volonté de maîtriser l’expression publique sans que celle-ci puisse donner lieu à une contestation, à une interprétation litigieuse voire porteuse de réfutations. Les langues de bois sont ainsi d’autant plus dopées qu’elles peuvent être produites et dupliquées grâce à des techniques de diffusion et des savoir-faire de com’ qui, en apparence, leur confèrent une efficience inégalée. Technocratiques, économiques, managériales et bien entendu politiques, ces langues sont soumises au crible d’herméneutes d’un genre particulier, les « dircom » et autres « spin doctors », chargés pour l’occasion de certifier la légitimité lexicale des mots, leur autorisation « sociétale », leur compatibilité médiatique. Lisser, polir, déminer, adoucir, formater la langue pour la rendre acceptable, conforme, indiscutable : il faut redoubler de vigilance dans un univers saturé de susceptibilités, d’attentions catégorielles, communautaires et psychologiques, de demandes de reconnaissance, etc. Les mots doivent attester des faits, la langue donner de la cohérence à une position, la com’ faciliter la circulation du message: le récepteur n’est pas nié (*), il est même envisagé à travers des études d’opinion qui radiographient ses attentes ; il est objectivé dans une catégorie, panel citoyens ou consommateurs, qui en vient à le réifier au point d’oublier qu’il est d’abord et avant tout une extraordinaire myriade d’intelligences, de perceptions et de représentations contradictoires en mobilité perpétuelle… Ce que préjugent les langues de bois « propagandistes « ou communicantes », n’est-ce pas justement l’objectivation d’une masse, au pire uniforme, au mieux segmentée en sous-groupes, dans tous les cas une négation absolue ou partielle des récepteurs ? Or la beauté de la parole réside dans le fait qu’elle nous échappe et qu’elle s’évade. Les langues de bois peuvent vibrer de tous leurs cuivres, les professionnels de la com’ s’essayer à parfaire l’orchestration, nous sommes d’abord des paysans soumis au caprice, non pas de la nature, mais d’une langue qui finit toujours par se défaire des liens qui veulent en vain l’enchâsser. La liberté, comme les sociétés, seront toujours plus fortes que les techniques, les process et autres éléments de langage… (*) Sur cette question du récepteur, on se reportera à Sauver la Communication, Dominique Wolton, Flammarion, 2005

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