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De « l’infobésité » à « l’iconobésité ».

 

Retour en mots et en images sur la rencontre du 24 novembre 2017 à l’École nationale des chartes.

Publié le 04 Déc 2017

 

Par Pierre-Angel Gay, administrateur de Communication publique, membre du Comité de rédaction de Parole publique

 

Une déferlante d’e-mails, une marée de vidéos, une avalanche de textos, une pluie d’émojis, une giboulée d’alertes Twitter… l’overdose est déjà là. Face à cette menace « d’infobésité », comme le dit joliment Isabelle Musnik, directrice de la rédaction d’Influencia, une centaine de membres de Communication publique ont choisi, le 24 novembre à l’École nationale des chartes, de revenir à l’essentiel : l’image, le mot, et leur « nouveau jeu de rôles ».

Image et mot, comme le rappelle Isabelle Klock-Fontanille, professeur à l’Université de Limoges, ont toujours eu partie liée. « Si on réinterroge l’histoire de l’écriture, rappelle-t-elle, l’image en fait « intrinsèquement partie ». Mais avec l’usage des pictogrammes et des idéogrammes, « cette part visuelle, iconique, a été peu à peu occultée. Qui reconnaîtrait aujourd’hui une tête de bœuf dans un a, une maison dans un b ? ».

Enjambant les manuscrits enluminés du Moyen-Age, Christophe Gauthier, professeur à l’École nationale des chartes, fait de la parution en 1828 de « L’histoire du roi de Bohème et de ses sept châteaux » de Charles Nodier, le point de départ d’une nouvelle relation entre texte et image. « Cette dernière s’assujettit au texte », souligne-t-il.

Cette subordination, Véronique Figini, professeur à l’École nationale Louis Lumière, l’explique par une méfiance ancienne : « Entre icône et idole, l’image inquiète ». La concision et l’instantanéité de la photographie sont perçues comme réductrices. Archives, musées et bibliothèques sont d’abord pensés pour l’écrit, au point que l’image animée, plus récente, est aujourd’hui mieux prise en compte par les politiques publiques que l’image fixe…

La révolution accélérée des techniques bouscule cette hiérarchie. « L’infobésité » se mue en « iconobésité ». Même dans les institutions les mieux établies. « Avec 49 % de son chiffre d’affaires réalisés dans la photo, la vidéo et le web, l’Agence-France-Presse arrive à ce point de bascule, où les revenus de l’image deviennent supérieurs à ceux de l’écrit », constate Alain Bommenel, son chef du service Infographie et Innovation.

Cette surabondance devient bataille pour l’attention. De nouvelles formes narratives apparaissent, explique Eric Scherer, directeur de la prospective à France Télévisions. Les smartphones imposent leur format, vertical, leurs contenus courts, partageables. Des contenus où l’on s’exprime par des gifs et des smileys, où l’on propose de vivre des expériences plutôt que des contenus écrits ou filmés, où les medias expérientiels vous plonge dans une réalité virtuelle ou augmentée…

Puisqu’il faut bien être vu, « tous les DirCom paient aujourd’hui leur dîme à l’image », reconnaît Carine Delrieu, directrice de la communication de l’Institut national du cancer. Avant de nuancer son propos. « L’image éveille les sensations, le mot permet le dialogue. L’image ferme, notamment sur les réseaux sociaux, le mot peut emporter la conviction et l’adhésion ». Et si le mot… n’avait pas dit son dernier mot ?

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