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Des chiffres et des images

Anne-Claire Jucobin Directrice de la communication et du partage de l'information, Institut de recherche pour le développement

Publié le 20 Avr 2018

Titre complet de l’article paru dans Parole publique :

DES CHIFFRES ET DES IMAGES : LA SCIENCE DANS L’ESPACE PUBLIC

 

La richesse des langues offre parfois un joli clin d’œil. Ainsi du terme anglais figures qui signifie « chiffres » et que l’étymologie, du latin à l’ancien français, rattache à l’allégorie, au croquis ou au dessin. En effet, si les linguistes envisagent généralement le chiffre comme appartenant à une zone frontière de la linguistique, c’est qu’il n’est pas seulement signe d’une quantité. Il est autant une représentation graphique qu’un système sémiologique complexe.

La similitude de fonctionnement et d’impact du chiffre et de l’image peut sembler abstraite. Elle a pourtant une vraie résonance sur la circulation de la donnée scientifique dans l’espace public, y compris sur des enjeux aussi importants pour le citoyen que l’urgence climatique.

Dans la parole publique, la donnée scientifique sur l’environnement ne bénéficie pas d’un statut spécifique lié à la démarche scientifique dont elle découle.

Premier constat : dans la parole publique, la donnée scientifique sur l’environnement n’est pas utilisée comme telle. Elle ne bénéficie pas d’un statut spécifique lié à la démarche scientifique dont elle découle. Sa construction est invisible. Dans les textes onusiens comme dans les pages Planète des quotidiens, la donnée scientifique a globalement le même statut que les informations fournies par les think tanks, les ONG ou les responsables politiques, dont les propos sont parfois des digestions de policy briefs élaborés à partir d’authentiques études scientifiques. L’analogie entre les propriétés du chiffre et de l’image prend tout son sens dans ce cadre non scientifique et sur le plan de l’efficacité rhétorique : illusion d’une absence d’auteur, revendication de transparence…

L’usage effréné des courbes dans le film d’Al Gore, prix Nobel de la paix, Une vérité qui dérange (2007), en offre l’illustration : courbes du CO2 depuis les années 60, températures de l’hémisphère sud depuis 650 000 ans et depuis l’an 1000, température des océans, épaisseur de la calotte glaciaire, pic d’arrivée des oiseaux migrateurs… Ces « réductions graphiques des concepts », pour citer l‘anthropologue américain Jack Goody, se succèdent de plus en plus rapidement à l’écran, finissant en courbes sans chiffres en abscisses comme en ordonnées. Elles alternent dans ce story-telling brillant avec des images de catastrophes, de Katrina aux tsunamis asiatiques.

Le chiffre sature la vidéosphère environnementale. Dans cet étalage visuel, les chiffres cités, même s’ils proviennent d’études et d’émetteurs scientifiques, sont coupés de leurs producteurs. Ils ne sont plus des données scientifiques, ils n’en ont plus l’appareil méthodologique et leur accumulation n’a rien à voir avec une démonstration. Les scientifiques, même les plus écoutés en matière de politiques environnementales, même lorsqu’ils font l’effort d’une rédaction tournée vers la décision publique, voient leurs précautions méthodologiques totalement ignorées dès lors que leurs données circulent dans l’espace public. Ainsi les très incontestés scientifiques du GIEC avancent-ils en vain dans leurs « résumés à l’intention des décideurs », pour chaque donnée marquante citée, une évaluation de l’incertitude en termes d’accord et de mise en évidence scientifique, en quelque sorte une appréciation du consensus scientifique. Cette évaluation est prestement oubliée dès que leurs chiffres quittent ce cadre.

Coupés de leurs producteurs, les chiffres ne sont plus des données scientifiques.

Cette légèreté de traitement de la donnée scientifique invite à s’interroger sur le fait qu’une information utile pour éveiller les consciences, pour aider à la décision, n’est pas forcément la plus exacte scientifiquement. Ce n’est peut-être pas le plus grave, dans la mesure où la prise de décision finale, technique, s’appuie sur des données issues de la plus grande exigence scientifique. A fortiori quand l’urgence climatique impose des investissements conséquents et immédiats.

Les précautions méthodologiques des scientifiques sont ignorées dès lors que leurs données circulent dans l’espace public.

On peut observer à cet égard la place prise depuis quelques mois par une autre modalité d’utilisation du chiffre dans le discours sur l’environnement destiné à l’opinion. Ainsi le chiffre comme système visuel laisse-t-il désormais une place à une rhétorique de l’engagement qui repose aussi beaucoup sur le chiffre. Cette succession d’engagements chiffrés évoque d’ailleurs la tonalité des rapports RSE des entreprises.

À la fin de son film de 2007, Al Gore citait Churchill: « We are entering a period of consequences ». Dix ans plus tard, dans Inconvenient Sequel (2017), il fait montre d’un volontarisme saisissant, que souligne le sous-titre du film en français, Le temps de l’action, et qui illustre bien cette nouvelle modalité d’usage du chiffre. D’ailleurs, à la différence du premier film, il montre les scientifiques sur le terrain, en action, prenant des mesures et constatant de visu les effets du changement climatique.

Problème : l’information utile pour éveiller les consciences, pour aider à la décision, n’est pas forcément la plus exacte scientifiquement.

On retrouve ce nouveau régime « chiffre + action » dans l’adresse conclusive du Président Macron au One Planet Summit de décembre 2017 qui égrène les masses financières et le nombre d’acteurs associés à chaque engagement des parties en présence. Le message est clair : il n’est d’engagement qui ne soit chiffré. Le chiffre signifie l’engagement ou, mieux encore, l’action. On passera sur la différence fondamentale – que connaissent bien les communicants – entre indicateurs de moyens et indicateurs de réalisation. Et sur l’évidence qu’aligner les chiffres ne signifie pas agir, à plus forte raison quand aucun mode de comparaison n’est donné en regard des chiffres annoncés, sur la hauteur de l’investissement par exemple. Mais cela n’enlève rien au fait qu’il s’agit là d’une belle démonstration de l’efficacité du quantitatif. Le mode narratif adopté par le Président dans ce discours a été repris très largement dans les médias.

Dans le discours sur l’environnement, le chiffre comme système visuel laisse place à une rhétorique de l’engagement chiffré : le chiffre signifie l’action.

Cela doit pourtant interpeller le communicant public, surtout lorsqu’il doit manipuler au quotidien des données chiffrées, sur l’écart entre le chiffre utile pour saisir l’opinion, lui transmettre des messages essentiels pour sa vie de citoyen et d’humain, et la donnée scientifique dans toute son indispensable rigueur.

 

_____________________

N.B. La place du quantitatif dans les stratégies de communication n’a pas tant été explorée par les chercheurs français. Il est donc important de citer les travaux engagés depuis peu, qui ont pour terrain la circulation des données du GIEC autour des Chiffres en tension : construction, validité scientifique, usage et valeur sociale par Béatrice Jalenques Vigouroux (INSA Toulouse) et Andrea Catellani (Université catholique de Louvain).

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