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Vérités de fait, vérités d'opinion

VÉRITÉS DE FAIT, VÉRITÉS D’OPINION

EDWY PLENEL Journaliste, directeur de la publication de Mediapart

Publié le 21 Juil 2014

Il n’y a pas une Vérité mais des vérités. Et il y a des vérités qui importent plus que d’autres. Pour reprendre une distinction faite par Hannah Arendt, d’un côté, des vérités d’opinion, de point de vue, de conviction, de jugement, de préjugé et de raisonnement, et, de l’autre, des vérités de fait.

Les premières, les vérités d’opinion, peuvent être aussi bien raisonnables que déraisonnables, aussi bien pertinentes que folles. Préservées par la liberté d’expression et son pluralisme ou dynamisées par la force de conviction des idéologies, elles ne sont pas menacées et survivront toujours. En revanche, les secondes vérités, les vérités de fait, qu’elles concernent le présent ou le passé, lequel tisse lui-même notre présent, sont à la fois les plus fragiles et les plus menacées, parce qu’elles dérangeront toujours les pouvoirs, et en même temps les vérités politiquement les plus importantes.

Mettre en mouvement le débat public

Ces vérités de fait sont décisives parce que ce sont elles qui vont permettre de mettre en mouvement le débat public. D’être confronté à des réalités inattendues, imprévues, méconnues, d’avoir cette surprise de l’événement.  Nous sommes là au cœur des enjeux du journalisme professionnel et de sa légitimité démocratique. Produire des vérités de fait, vérifiées, recoupées, sourcées, etc., dont l’intérêt public va élever la vie démocratique. La question de la vérité en démocratie, c’est à la fois de créer les conditions où elle peut être dite, où elle n’est pas autocensurée, où elle n’est pas étouffée, où elle n’est pas tuée dans l’œuf et, en même temps, de créer l’écosystème politique, la culture démocratique en somme, où l’on accepte de la recevoir. Car il ne suffit pas de dire une vérité qui dérange, il faut aussi avoir la capacité de l’accepter, de la prendre en compte, de la recevoir. Ce que le philosophe Michel Foucault nommait « le courage de la vérité » : non seulement de la dire, mais surtout de l’entendre. En somme, de vivre en vérité. C’est là où l’on voit le degré de vitalité d’une démocratie, c’est là où l’on voit des pouvoirs qui balayent une vérité qui dérange par la calomnie, par l’insulte contre le messager, par le déni, par des manœuvres, des diversions,… Inversement, un pouvoir authentiquement démocratique, même si cette vérité le dérange, il l’acceptera et il se mettra en mouvement par rapport à ce qu’elle révèle, met au jour, oblige à regarder en face.

« Les vérités de fait, qu’elles concernent le présent ou le passé, sont à la fois les plus fragiles et les plus menacées, parce qu’elles dérangeront toujours les pouvoirs. »

La transparence, un mot piégé

Cette approche ne relève pas du mot de transparence, mais du droit de savoir – ce qui a une toute autre portée. La transparence est un mot piégé, souvent brandi contre les artisans des vérités de fait pour les disqualifier et les diaboliser. Il évoque un fantasme totalitaire, celui du panoptique où tout est à découvert, dans une abolition de la frontière entre public et privé. Et ceci alors même que le propre des pouvoirs totalitaire est l’opacité sur les affaires publiques, sur tout ce qui relève du pouvoir et pourrait le révéler en le mettant à nu, et une transparence totale sur la vie privée des citoyens, pour les assujettir au pouvoir. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Brandir la transparence, c’est ajouter à la confusion, en entraînant l’exigence de vérité dans un combat marécageux et obscur.

« Ce droit des citoyens essentiel, vital, exigeant, qui est de savoir ce qui est d’intérêt public, est un droit aussi fondamental que le droit de vote. »

Aussi préférera-t-on le droit de savoir. Ce droit des citoyens essentiel, vital, exigeant, qui est de savoir ce qui est d’intérêt public afin de pouvoir être un acteur informé de la démocratie, de pouvoir se prononcer en conscience c’est-à-dire en connaissance, d’être libre et autonome plutôt que soumis aux seules certitudes, donc parfois aux illusions, de ses opinions. Ce droit de savoir respecte la frontière entre public et privé, dans la mesure même où l’intérêt public délimité son périmètre, lequel respecte le fait que chaque individu, dans sa part d’intimité, a droit à sa part de secret.

« La France n’est toujours pas dotée d’une loi fondamentale énonçant, garantissant et protégeant ce doit de savoir des citoyens. »

Le droit de savoir est fondamental pour que les citoyens puissent être réellement le peuple souverain. Le peuple ne peut pas être ce souverain de la République s’il ne sait pas ce qu’il en est des décisions publiques et de ce que l’on fait en son nom. S’il ne sait pas ce qui est intérêt public. Sinon il peut être trompé et se tromper, sinon il risque d’être aveuglé, sinon des catastrophes peuvent avoir lieu. En ce sens, le droit de savoir est un droit aussi fondamental que le droit de vote. Le droit de vote est l’expression du suffrage populaire mais il n’y a pas de suffrage loyal s’il n’est pas informé et si nous ne créons pas les conditions de cette information rigoureuse, exigeante, dynamique, pluraliste…

« Cette bataille de la vérité, au nom du droit de savoir, est donc encore largement devant nous. »

Le droit de savoir

À cette aune, l’exception française est flagrante et désolante : des trois grandes démocraties ayant initié les inventions et révolutions démocratiques et parlementaires, seule la France n’est toujours pas dotée d’une loi fondamentale énonçant, garantissant et protégeant ce doit de savoir des citoyens. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont ce Freedom of Information Act qui s’impose à tous les acteurs publics. Le dispositif français, celui de la CADA sur l’accès aux documents administratifs, est notoirement insuffisant, n’offrant qu’un accès indirect et conditionnel qui n’a pas vraiment ébranlé la culture étatique du secret. Sans compter que ces dispositifs très français dits de « commissions administratives indépendantes » – lesquelles très souvent, par leur mode de nomination, sont sous une tutelle voilée du pouvoir exécutif – ne garantissent aucunement une défense réelle des citoyens comme pourrait, au contraire, y veiller un pouvoir parlementaire pleinement restauré. Cette bataille de la vérité, au nom du droit de savoir, est donc encore largement devant nous. Elle devrait mobiliser tous les professionnels requis par cette exigence démocratique, aussi bien ceux qui sont chargés de communiquer pour les administrations publiques, de faire savoir et de donner accès, que ceux qui recherchent des informations d’intérêt public, qu’ils soient journalistes ou chercheurs. La révolution numérique est l’occasion de la mener car, par les potentialités technologiques qu’elle libère pour stocker, classer, archiver, partager, informer, accumuler du savoir et le faire savoir, elle appelle de fait une refondation démocratique. À l’heure de cette circulation horizontale, sans limite ni frontière, ayant pour ressort le lien hypertexte qui permet de mettre en relation de façon infinie des contenus et des individus, la communication publique est sommée de se repenser et de se refonder dans l’univers numérique.

Une communication publique au service du public

Du moins la communication publique entendue comme au service du public et se plaçant de son point de vue. Donc non pas du côté du pouvoir, de sa survie ou de sa protection. L’inverse de ce mercenariat marchand qui ne communique pas à la manière d’un facilitateur, dans l’intérêt public, mais arrange la vérité et s’arrange d’elle dans l’intérêt privé des détenteurs provisoires du pouvoir. Pour nous, journalistes, ces prétendus communicants-là sont nos adversaires. Non pas par corporatisme mais parce qu’ils sont les adversaires de la démocratie, de son « nous » qui se construit par le droit de savoir consubstantiel d’un espace public partagé.

« La communication publique entendue comme au service du public et se plaçant de son point de vue, non pas du côté du pouvoir, de sa survie ou de sa protection. »

De ce point de vue, les personnels des administrations, au service de l’Etat donc du bien commun, devraient eux-mêmes se battre pour imposer, construire, défendre et étendre ce droit de savoir. C’est le chemin d’une nouvelle alliance avec les citoyens, libérant les administrations de la tutelle indue des cabinets ministériels où règnent trop souvent en maîtres les communicants mercenaires. Pour ne prendre qu’un exemple, l’affaire Cahuzac a mis en évidence une collusion malsaine, dans la communication du ministère des finances, entre l’intérêt particulier et partisan d’un ministre et l’intérêt général qu’aurait dû défendre et promouvoir l’administration concernée, la Direction générale des finances publiques, au lieu de se laisser embarquer dans des manœuvres biaisées et secrètes, exploitées par ces mêmes communicants pour empêcher le surgissement de la vérité, cette vérité de fait portée par Mediapart qui eut alors tant de mal à s’imposer aux vérités d’opinions et de convictions.

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