dosierung tramadol ratte buy tramadol online tramadol schedule iv new york

what happens when you overdose on valium diazepam 5mg valium muscle relaxers

what dea class is ambien buy ambien online ambien with zoloft side effects

is tramadol available in the uk tramadol buy tramadol pentru cancer

ambien compared to benzos buy ambien online generic ambien from canada

soma dos ângulos internos de um decágono carisoprodol soma palm royale soma bay 4*

how long does it take to get one valium out of your system buy valium online what can injectable valium be mixed with

meditation & more buch- und aura-soma laden buy soma online soma-würfel holz lösung

combining flexeril and ambien buy ambien online ambien/zolpidem tartrate 5mg

ambien long haul flights buy ambien no prescription snort 2 ambien

Un moment nouveau de l’histoire de notre langue

Emmanuel Macron Président de la République française

Publié le 02 Juil 2018

Ce qu’on appelle francophonie aujourd’hui ce n’est pas cet espace incertain à la périphérie de la France, laquelle en serait le centre, c’est la langue française elle-même qui est devenue le centre de toutes les nations et de tous les peuples où elle a fait souche dans sa variété étourdissante.

C’est cela la francophonie, ce continent humain qui admet comme Constitution une grammaire partagée, comme articles de loi une syntaxe, comme code civil un vocabulaire. Et c’est fort de cela qu’aujourd’hui des centaines de millions de personnes affrontent le monde, le vivent et le racontent dans ce que Salah Stetie appelle « L’autre langue ». Et la France doit aujourd’hui s’enorgueillir d’être, au fond, un pays parmi d’autres qui apprend, parle, écrit en français. C’est aussi ce décentrement qu’il nous faut penser.

La francophonie est une sphère dont la France n’est qu’une partie agissante, volontaire mais consciente de ne pas porter seule le destin du français.

Notre langue française est devenue ce lieu partagé qui a épousé progressivement les inflexions de la planète. Le français s’est au fond émancipé de la France, il est devenu cette langue monde, cette langue archipel. Au fil des siècles, la langue française est devenue celle des dominants puis celle des opprimés. En faisant de la langue des colons leur langue, en affirmant que la soumission sociale et politique pouvait trouver un exutoire dans la langue des dominants, une langue refaçonnée, remise à sa main, modelée et investie par une expérience différente, les anciens colonisés ont aussi apporté à notre langue cette expérience de souffrance qui enrichit notre regard et trouve les chemins de la réconciliation. Mais il serait arrogant de dire que le français serait cette langue seule de la liberté. On a torturé en français et on continue à faire des choses merveilleuses et terribles en français. Il y a toujours des tyrans qui pratiquent la tyrannie en français et aimer le français n’est pas leur donner quitus. Mais toujours au creux du français il y a eu, je crois, cette volonté de liberté sans doute toujours inaccomplie, ce destin dont parlait l’abbé Grégoire dès 1794, cette volonté de ne pas céder. La langue française aujourd’hui est animée de cet immense élan vers la liberté, elle est la langue des combats pour l’émancipation, celle des non-alignés dont parlait Abdou Diouf et Boutros Boutros-Ghali.

Car parler français jusque dans les pays qui jamais ne furent des colonies, c’est aller chercher son oxygène dans des textes, dans une mémoire qui toujours ont célébré l’indépendance d’esprit et le refus des conventions. Nous sommes frappés par ces pays d’Europe, d’Amérique, d’Asie qui, n’ayant jamais été officiellement francophones, sont d’aussi ardents partisans de cette langue française qui leur tend un miroir où ils contemplent leur humanité, saisissent le monde, entendent sa rumeur. Parler le français, l’écrire, c’est entrer dans une immense communauté d’expériences et de regards. Aujourd’hui, nous sommes au seuil d’un moment nouveau de notre histoire et de l’histoire de notre langue. Nous passons de l’idée ancienne d’une francophonie qui serait la marge de la France à cette conviction que la francophonie est une sphère dont la France, avec sa responsabilité propre et son rôle historique, n’est qu’une partie agissante, volontaire mais consciente de ne pas porter seule le destin du français.

Le défi est de faire du français une langue majeure de communication, de créer un usage utile, une efficacité.

Jean Rouaud en a exprimé l’enjeu en des termes d’un lumineux optimisme : « désormais déliée de son pacte avec la Nation, libérée de l’étreinte de la source-mère, devenue autonome, choisie, retournée à son champ premier, nourrie par d’autres aventures, n’ayant plus de comptes à régler avec la langue des anciens maîtres, la langue française a de nouveau à proposer, vue d’Afrique, d’Asie ou des Caraïbes, de Chine ou d’Iran, d’Amérique du nord ou du Vietnam, son interprétation du monde, un monde sachant que sans récit il n’y a pas d’intelligence du monde ».

Aujourd’hui si nous voulons répondre à ce grand récit, cette interprétation du monde que nous voulons et pouvons porter, il nous faut réussir à apprendre, échanger et créer en français.

Je souhaite que les médias français et francophones réfléchissent davantage à leur projection hors de nos frontières, également sur la Toile.

Apprendre

Apprendre à parler et écrire le français d’abord, c’est établir dans toute la francophonie cette Constitution qui nous unit et nous rapproche. Une langue permet des libertés mais elle n’existe pas si d’abord on n’accepte pas de se soumettre à ses règles, si on n’accepte pas son autorité première, l’usage que d’autres femmes et hommes en ont fait et qui s’est progressivement sédimenté. C’est un immense défi. Si le monde bruisse de la langue française, il résonne aussi de toutes les autres langues. Tout le monde s’y exprime tout le temps avec des relais technologiques toujours plus puissants, portant au jour des paroles ignorées, donnant un surcroît de puissance aux paroles instituées. Et la langue française est souvent bousculée par d’autres langues qui visent à l’hégémonie.

Échanger

C’est pourquoi le second défi est de faire du français une langue majeure de communication, d’échange non hégémonique mais aussi de créer un usage utile de la langue française, une efficacité, la possibilité offerte d’un accès à un travail, à d’autres opportunités, à des espaces linguistiques, géographiques qui permettent de communiquer, de partager une information, de contester. Il nous faut donc penser et assumer pleinement – c’est l’ambition séminale de l’Organisation internationale de la Francophonie – cette ambition d’avoir aussi un français utile et efficace.

La Francophonie doit reconquérir le terrain de l’économie. Sans quoi les entreprises seront gagnées par une uniformité linguistique, donc culturelle.

Une grande partie de cette bataille se joue sur la Toile. Le français y est la quatrième langue. Sur Amazon, les livres en français occupent la troisième place. Mais la Francophonie doit affirmer plus clairement ses atouts et le combat sur les plateformes, les réseaux sociaux est à la fois politique et culturel. Les universités francophones doivent accélérer la mise en ligne des contenus académiques et des ressources pour la recherche et l’enseignement. Nous mettrons en place le premier incubateur dédié à l’apprentissage des langues, la Fabrique numérique du français. Nous réunissons pour cela des ingénieurs, des chercheurs, des linguistes, des artistes, des entreprises innovantes, coordonnés par l’Institut français, avec un projet qui, à l’heure de l’intelligence artificielle, a pour but de ne laisser ce nouveau continent ni dans la main des Anglo-Saxons ni dans celle des Chinois.

Nous sommes le seul pays qui ne vit qu’en français. La Francophonie nous enseigne que nous n’existons que dans le plurilinguisme.

Ce combat passe aussi par notre puissance de feu médiatique. La France a la chance de pouvoir s’appuyer sur une institution puissante, France Médias Monde. Je souhaite aussi que l’ensemble de nos médias français et francophones réfléchissent davantage à leur projection hors de nos frontières, à leur résonnance internationale, télévisuelle, radiophonique mais également sur la Toile. Cette préoccupation rejoint notre combat contre les fausses informations et pour une presse libre et indépendante. Les médias en langue française doivent apparaître comme des médias de confiance car ils le sont. L’AFP peut à cet égard jouer un rôle central car son maillage mondial est exceptionnel.

Mais sur ce vaste forum mondial, il est un terrain que la Francophonie doit reconquérir, c’est celui de l’économie. La solution n’est jamais d’imposer une langue ni de jouer la rivalité des langues mais de permettre leur pluralité notamment dans les échanges commerciaux. La tentation de faire de l’anglais la langue de travail doit le céder à un effort pour favoriser le multilinguisme et les échanges interculturels sans quoi les entreprises elles-mêmes seront gagnées par une uniformité linguistique, donc culturelle, contradictoire avec le monde tel qu’il est. L’anglais n’a sans doute jamais été aussi présent à Bruxelles. Cette domination n’est pas une fatalité, il nous appartient simplement de retrouver là aussi quelques règles, de réinvestir certains lieux et de refaire du français une langue par laquelle on accède à ces opportunités que j’évoquais.

Accroître nos efforts de traduction pour parler le français dans toutes les langues. Défendre le wolof, le mandingue, le bassa, le lingala, le kikongo, le swahili et tous les créoles. Le français ne peut se développer que dans ce plurilinguisme, dans ces traductions permanentes.

Au fond, nous sommes le seul pays de la Francophonie qui ne vit qu’en français. Celles et ceux qui parlent en langue française ont plusieurs langues. Il n’y a que les Français qui n’ont que le Français. Et la Francophonie nous enseigne une chose, c’est que nous n’existons que dans ce plurilinguisme. Notre force, c’est de penser ces passages, notre force c’est que nous sommes avant tout une langue de traduction. C’est ce qu’Umberto Eco disait en parlant de la langue de l’Europe qui serait la traduction et c’est pourquoi nous devons accroître nos efforts de traduction du français dans ces langues étrangères pour pouvoir, comme le disait naguère Dany Laferrière, parler le français dans toutes les langues.

La Francophonie doit faire droit aux autres langues européennes mais aussi à toutes les langues que la mondialisation fragilise ou isole. La Francophonie, c’est ce lieu où les mémoires des langues ne s’effacent pas, où elles circulent. Notre mission est aussi de défendre le wolof, le mandingue, le bassa, le lingala, le kikongo, le swahili, tous les créoles – mauricien, guadeloupéen, haïtien, martiniquais, réunionnais -, des langues qui, comme le français, rassemblent des millions de locuteurs au-delà des frontières et contribuent à la circulation des savoirs et des cultures. Le français ne peut se développer que dans ce plurilinguisme, que dans ces traductions permanentes.

Créer

Enfin le français doit devenir cette langue qui raconte le monde de demain. Mieux, elle doit être cette langue qui crée le monde demain. La création en français, voilà notre troisième défi. La Francophonie a connu la colonisation, la décolonisation, les faux-semblants d’une relation souvent viciée avec les anciens pays coloniaux, puis la créolisation, l’émergence progressive de cette langue-monde, cette littérature-monde dont Alain Mabanckou a si bien dit l’énergie particulière. Si le français n’est pas cette langue de l’Europe rêvée par Hugo, elle est une langue où se forge le vaste monde, cette langue « rapaillée » dont parle le Québécois Gaston Miron, qui peut désormais embrasser la richesse et la variété du monde sans jamais renoncer à la pluralité de ses enracinements dans un monde où, au fond, la principale menace, c’est l’uniformité ou peut-être « l’insignifiance » dont parlait Castoriadis.

La langue française est constamment dans cette intranquillité et dans cette cohabitation avec les autres langues, parce qu’elle a vécu dans notre propre pays dans cette intranquillité. Nous n’avons jamais été une langue unique complètement ou hégémonique totalement. C’est cela qui nous a donné cette richesse et qui fait que la création a une place toute particulière dans notre langue. L’explosion artistique et littéraire qui gagne les territoires de la Francophonie est aujourd’hui le seul programme qui vaille. Notre rôle, c’est de le rendre possible, de l’accompagner, de faire fleurir ce qui est en germe, de propager ce qui a déjà mûri. Pour cela, nous devons établir des passerelles. C’est le sens de la mission que j’ai confiée à Leïla Slimani. Son rôle à mes côtés est de relier, nouer, faire converger et donc de repérer et sentir les dynamiques qui sont à l’œuvre, de percevoir les signaux faibles, les mouvements qui émergent. Pour que la Francophonie soit ainsi une circulation, je souhaiterais qu’on puisse instituer ce que nous pourrions appeler un « collège des Francophonies », qui mettrait en relation les académies des pays d’expression française et qui pourrait au moins une fois par an se réunir pour collecter la diversité des usages, contribuer à la production des dictionnaires francophones, mais aussi de dictionnaires avec ces autres langues et assurer ainsi la poursuite de ce plurilinguisme rayonnant sur tous les continents.

Le français est dans cette intranquillité et dans cette cohabitation avec les autres langues parce qu’il n’a jamais été une langue unique ou hégémonique.

La rumeur du monde parle notre langue : dans quelques années, la Francophonie, ce seront plus de 700 millions de femmes et d’hommes. Ce trésor partagé redevient le cœur battant de l’Histoire parce que les combats que nous menons sont au cœur de l’Histoire. Le français est une langue d’émotion, d’exil, de blessures. Au fond, le trésor de notre langue, c’est que le français ne sera jamais une langue hégémonique, parce que c’est une langue de combat et d’intranquillité, parce qu’il continuera à être une langue de traduction et d’étymologie et parce qu’on aura beau écrire des dictionnaires, il faudra continuer à les refaire.
___________________
NDLR Ce texte reprend de larges extraits du discours prononcé le 20 mars 2018, à l’Institut de France, à l’occasion de la journée internationale de la Francophonie.

VotreParole !

Une proposition d’initiative, une idée originale à partager, un projet à faire connaître, ou bien même un sujet pour la revue Parole publique : dites-nous et nous vous contacterons.

Écrivez-nous
Cancel