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LA PAROLE PUBLIQUE, UNE LANGUE MORTE ?

ALAIN MERGIER Sociologue, directeur de l'institut WEI

Publié le 21 Juil 2014

« J’ai vu ces visages fermés. Ces gorges nouées. Ces lèvres serrées… Disons les choses simplement : beaucoup de nos compatriotes n’y croient plus. Ils ne nous entendent­ plus. La parole publique est devenue pour eux une langue morte. » Le sombre constat du Premier ministre, lors de sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, le 8 avril 2014, peut s’entendre en deux sens : soit la langue institutionnelle est morte, pour certains de nos concitoyens, de n’être pas bien parlée, d’être trahie par ses locuteurs et, en premier lieu, par les acteurs politiques ; soit elle serait morte, non pas tant ou non pas seulement de ne pas être respectée mais parce qu’au-delà de ceux qui la parlent, vacille ce qui la fonde. Nous serions ici entrés dans une situation de crise institutionnelle. Ce sera notre hypothèse.

La performativité de l’institution

Une langue institutionnelle vive est une langue qui ins­titue. Le discours institutionnel met de l’ordre, il organise. Un décret, une loi, mais aussi une prise de position, une promesse, autant d’actes langagiers qui modifient des états de fait. Lorsqu’un État déclare la guerre à un autre État, l’acte institutionnel est cette déclaration. C’est un pur fait de langage qui engage dans un conflit dans lequel il y aura des actions d’une autre nature, des combats, des blessés et des morts.

“Les discours de la décrédibilisation sont en train de changer de nature : les effets de la crise économique transforment ce qui était une sorte de folklore politique en un levier de déstabilisation de la relation institutionnelle.”

Le discours de l’institution n’accompagne pas l’action de l’institution, il ne dit pas ce que fait l’institution : il est, en lui-même, un acte institutionnel. La parole institutionnelle est un acte performatif au sens que John Austin donne à ce terme : un énoncé qui réalise une action par le fait même de son énonciation. L’institution agit au travers d’actes de langage. Ce qui conduit à une théorie de l’action institutionnelle dans laquelle le langage ne représente pas l’action mais en est la condition. Il va de soi que, dans cette conception, la parole institutionnelle n’est pas un substitut à l’action : décla­rer la guerre ce n’est pas engager le combat, mais pour engager le combat, il faut déclarer la guerre.

“Les discours sont dominés par l’idée que la politique manque à son rôle, qu’elle ne fait pas ce qu’il faut faire.”

Or, pour qu’un acte performatif puisse se réaliser en tant qu’acte, pour qu’il puisse avoir les effets de transformation des états de fait, il convient que certaines conditions soient réunies, ce qu’Austin nomme les conditions de féli­ci­tés. Si c’est un chanteur d’opéra qui déclare la guerre à un État, il est clair – et c’est heureux – qu’il n’y aura pas d’actions d’hostilité engagées contre cet État. Si, dans une conversation, je dis « Leonarda ne reviendra pas en France », ce sera un pronostic. Si c’est le Premier ministre qui le déclare en réponse à un journaliste, ce sera un engagement politique formulé au nom de l’institution de la République.

Trois registres de la décrédibilisation institutionnelle

Dans les travaux empiriques que nous menons, à base d’entretiens, ce qui noue les gorges et fait serrer les dents, ce qui conduit à « ne plus y croire », se répartit sur trois registres. Nous les observons depuis des décennies. Ils constituent une sorte de fond de la culture politique des Français. Paradoxalement, d’un point de vue de ce que nous nommerons la démocratie pratique, il y a une fonction positive de cette fragilité de la crédibilité. Elle confère aux citoyens une capacité de distance. Ne pas croire nécessairement les politiques, c’est préserver sa liberté, garder son quant-à-soi, refuser le risque de la duperie. Cependant, nous constatons qu’avec la crise financière de 2008, puis avec la crise économique et enfin, avec l’inquiétude liée à la situation nationale actuelle, les discours de la décrédibilisation non seulement s’intensifient mais ils sont, en ce moment même, en train de changer de nature : ils constituaient jusque-là ce qui fait de la France un pays difficile à gouverner, ils minent aujourd’hui les conditions de félicité de la parole institutionnelle.

“La mise en cause ne concerne pas les institutions républicaines en tant que telles mais leur fonctionnement effectif.”

L’acteur

Le premier registre est celui qui met en cause l’acteur poli­tique en tant que personne. Est-il honnête ? Question essen­tielle, condition sine qua non. S’il l’est, se pose la question de sa compétence, puis celle de sa volonté… Les effets de la crise économique transforment ce qui était une sorte de folklore politique français en un levier de déstabilisation de la relation institutionnelle. Plus les fins de mois sont difficiles à boucler, plus on ressent dans sa vie de tous les jours les effets de la crise, les restrictions que l’on doit s’imposer, plus la malhonnêteté des acteurs politiques a des effets désastreux. Dans un moment où l’on demande des efforts, l’idée est insupportable de penser que ceux qui portent cette exigence s’en exonèrent ou pire, qu’ils tirent parti de la situation. En pleine tempête économique, un ministre du budget pratiquant l’évasion fiscale, ment en donnant sa parole, « les yeux dans les yeux », devant l’Assem­blée nationale : l’affaire Cahuzac est l’expression accomplie de la trahison personnelle des acteurs politiques.

L’action

Le deuxième registre est relatif à l’action : inefficacité, absence de résultats, éloignement des préoccupations des Français. Les discours sont ici dominés par l’idée que la politique manque à son rôle, qu’elle ne fait pas ce qu’il faut faire. La question, ici, n’est pas celle de l’honnêteté ou de la compétence des personnes. C’est le système du pouvoir qui est visé. Pour autant, la mise en cause ne concerne pas les institutions républicaines en tant que telles mais leur fonctionnement effectif. Les Français ne courent pas après une sixième République, beaucoup refusent la crédibilité à ceux qui sont aux commandes de la cinquième. Là encore, les effets de la crise se font aujourd’hui pleinement sentir. Les Français voient le présent et l’avenir de leur pays de façon très pessimiste. Leur attente de résul­tats est proportionnelle à la noirceur de leur vision. La défaillance de l’action politique ne suscite pas seulement de la déception chez des électeurs de gauche. Elle ne fait pas que conforter – agréablement – les choix des électeurs de droite. Elle perturbe la relation que les Français entretiennent avec leur pays. Les doutes s’insinuent dans les esprits : la France, son système social, ont-ils un avenir dans la tempête actuelle ?

“La défaillance de l’action politique perturbe la relation que les Français entretiennent avec leur pays.”

Pour combler l’écart entre les Français et l’action politique, pour que la politique retrouve sa place, certains imaginent une transformation institutionnelle en adjoignant à la démocratie représentative, la démocratie participative et la démocratie délibérative. Pour d’autres, la solution en passe par une parole incarnée par un(e) leader qui parle la langue du peuple. Ainsi, la langue institutionnelle, moribonde car trahie, serait d’une façon ou d’une autre régénérée par celle du peuple via des dispositifs démocratiques (démocratie délibérative et participative) ou populistes. Les politiques, qui ne se retrouvent ni dans l’une ni dans l’autre de ces solutions, espèrent pouvoir recréer le lien avec les citoyens par une sorte de prophylaxie du discours : il s’agira de dire la vérité et de tenir ses promesses, il s’agira d’agir et d’être efficace.

“Les politiques espèrent pouvoir recréer le lien avec les citoyens par une sorte de prophylaxie du discours : dire la vérité et tenir ses promesses, agir et être efficace.”

La profession de foi du Premier ministre est sur ce point claire : on ne se contente pas de promettre mais, par un effet de redoublement, on promet que l’on tiendra parole. Est-ce crédible pour les Français dans la situation actuelle ? À mon sens, la réponse est non. Ou plus précisément, cet engagement n’est pas suffisant. C’est ici qu’il faut ajouter le troisième registre, le plus fondamental, du discours de la décrédibilisation.

L’institution

Le troisième registre se rapporte non plus aux conditions dans lesquelles s’actualise la parole institutionnelle, mais aux conditions de possibilité de l’institution elle-même. Cette question apparaît avec une grande régularité à travers celle de l’Europe. Nous avons vu évoluer les discours des milieux populaires et des classes moyennes. On incriminait l’Europe de multiples maux. Les réglementations émanant de Bruxelles étaient jugées administratives au sens le plus péjoratif du terme, abstraites, trop générales, inadaptées, irréalistes, absurdes. N’oublions pas que les dirigeants français, depuis trente ans, ont utilisé Bruxelles pour se défausser de leur responsabilité : les mesures impo­pu­laires étaient liées aux obligations européennes…

L’Europe

Or, pour les Français, l’Europe n’est pas pleinement reconnue­ comme une institution et encore moins comme une institution démocratique. À cela plusieurs raisons. La première c’est que, très clairement pour les Français, la condition d’une institution est le territoire. Il n’y a pas d’institution politique sans territorialité. Or, pour les Français, l’Europe n’est pas un territoire. Bien plus, elle est la figure inversée d’un territoire. Ses frontières apparaissent non pas seulement comme floues mais comme fluctuantes. Les Français ne savent plus où il commence et où il finit. Ils ne savent pas nommer les pays qui en font partie ni ceux qui pourraient y adhérer. Mais la question du territoire ne se limite pas à la question de son extension. L’Europe est vécue au travers de sa volonté­ de dissoudre les frontières. C’est sans doute la seule visée, la seule intention qui lui soit attribuée clairement. Il en va des frontières intérieures – ce qu’illustre aujourd’hui la très médiatique question rom – et de la question du dumping social. Mais il en va aussi des frontières extérieures, ouvertes non seulement aux flux migratoires mais à tous les flux financiers et marchands de la mondialisation. En un mot, l’Europe apparaît comme un pouvoir administratif qui expose la France à la mondialisation en la privant des outils de sa protection.

“Il n’y a pas d’institution politique sans territorialité. Or, pour les Français, l’Europe n’est pas un territoire.”

C’est au travers de la crise financière que les Français ont, non pas formulé cette critique envers l’Europe, mais se sont dotés des arguments permettant de la structurer. Ils ont conçu non seulement que les États pouvaient faire faillite, mais qu’ils étaient en position de faiblesse dans un rapport de force dominé par les marchés financiers.

“Pour relever le défi de la perte de crédibilité de la parole institutionnelle, il ne suffira pas d’avoir des femmes et des hommes politiques exemplaires d’honnêteté, il ne suffira pas de dire la vérité aux Français.”

Non seulement l’Europe n’apparaît pas comme une institution politique – encore moins démocratique – mais elle est perçue comme une organisation d’affai­blis­sement institutionnel. Pour une grande partie des Français, nous ne sommes pas dans une période de transition et de redéfinition institutionnelles mais, bien plutôt, dans une période de dissolution des conditions de possibilité institutionnelle. L’Europe serait un processus de désinstitutionnalisation.

Crise de l’institution nationale

Ce troisième niveau de la décrébilisation institutionnelle ne se rapporte pas qu’à la question européenne. Ce serait une grave erreur de penser que les résultats de la dernière élection européenne ne concernent que la question européenne. Bien au contraire, à partir du moment où elle est vécue comme une modalité de dilution de l’institution, l’Europe est, de fait, au cœur de toute question nationale. Elle est au cœur de ce diagnostic navré du Premier ministre­ sur la mort de la langue institutionnelle.

“Comment croire une parole institutionnelle lorsque l’institution au nom de laquelle elle est énoncée est vécue comme vacillante ?”

Mais comment une langue institutionnelle pourrait-elle vivre dans une situation qui la fait dépérir ? Pour relever le défi de la perte de crédibilité de la parole institutionnelle, il ne suffira pas d’avoir des femmes et des hommes politiques exemplaires d’honnêteté. Il ne suffira pas de dire la vérité aux Français. Et ceux qui pensent que la confiance reviendra avec des résultats ne prennent pas la mesure de la situation actuelle de l’opinion. Ils ne considèrent que les deux premiers registres et oublient de considérer le troisième phénomène, la désinstitutionnalisation liée à l’Europe, comme le plus fondamental des trois. Comment croire une parole institutionnelle lorsque l’institution au nom de laquelle elle est énoncée est vécue comme vacillante ? La reconstruction de la crédibilité de la parole institutionnelle dans le champ politique national en passe par un repositionnement de la parole nationale au sein de l’Europe.

“L’institution agit au travers d’actes de langage.”

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