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Le sens de la représentation* par Roger Chartier

LE SENS DE LA REPRÉSENTATION*

ROGER CHARTIER Professeur au Collège de France, chaire Écrit et Cultures dans l’Europe moderne.

Publié le 16 Nov 2014
Couverture PAROLE PUBLIQUE N°7

Le concept de représentation, en ses acceptions multiples, est l’un de ceux qui permettent de comprendre comment se construisent les divi­sions et les hiérarchies du monde social. En 1690, le Dictionnaire de la langue française de Furetière identifie deux familles de sens, apparemment contradictoires. Dans un premier sens, la représentation est une « image qui nous remet en idée et en mémoire les objets absents, et qui nous les peint tels qu’ils sont ». La représentation donne à voir un objet absent, chose, concept, personne. Représenter, c’est faire connaître les choses médiatement, par la peinture d’un objet, les mots et les gestes, les figures et les signes : ainsi les énigmes, les emblèmes, les fables, les allégories. Dans un sens juridique et politique, représenter c’est aussi « tenir la place de quelqu’un, avoir en main son autorité ». Cette définition de la représentation ne peut être séparée de la théorie politique analysée par Ernst Kantorowicz dans Les deux corps du roi1, qui trouve son expression visible dans les funérailles des rois français et anglais.

Donner à voir un objet absent

Dans ce moment essentiel pour la continuité dynastique se produit une dramatique inversion de la double présence du souverain, à la fois individu mortel et incarnation de la dignité royale qui ne meurt jamais : elle suppose « la coutume de placer sur le cercueil la “représentation” ou “personnage royal”, une figure […] vêtue des vêtements du couronnement.

“Le lien entre la représentation du pouvoir politique et le pouvoir politique de la représentation.”

L’effigie montrait les insignes de souveraineté : […] la couronne, […] le globe et le sceptre. […] Le corps mortel du roi reposait dans une bière de plomb […] ; alors que son corps politique, d’habitude invisible, était exposé de façon bien visible par l’effigie2 […]. »

Présence publique d’une personne ou d’une chose

Le terme représentation a chez Furetière une seconde signi­fi­ca­tion : « représentation, se dit au Palais [de justice] de l’exhibition de quelque chose ». La représentation est ici monstration d’une présence, présentation publique. De là, le sens juridique et les significations théâtrales liées à repré­sen­ter, représentation. Dans sa réflexion sur le lien entre la représentation du pouvoir politique et le pouvoir politique de la représentation, Louis Marin3 ne sépara jamais­ ces deux sens du terme.

Représentations collectives et monde social

Le concept de représentation a permis d’articuler, mieux que la notion de mentalités, les différentes relations entre les individus ou les groupes avec le monde social dont ils sont partie prenante. Le concept, dans son acception socio­lo­gique de représentations collectives, désigne d’abord les schèmes des opérations de classement et de hiérarchisation qui construisent le monde social. Il peut indiquer les pratiques et les signes, les symboles et les conduites qui visent à montrer et faire reconnaître une identité sociale ou un pouvoir. Enfin, dans une signification politique, il qualifie les formes institutionnalisées par lesquelles des représentants, individus singuliers ou instances collectives, incarnent de manière visible la cohérence d’une catégorie sociale, la permanence d’une identité ou la puissance d’un pouvoir.

“Penser la construction des identités, des hiérarchies et des classements comme le résultat de luttes de représentations : à la manifestation extérieure d’une force, la représentation substitue les signes de la force.”

C’est en articulant ces trois registres que le concept de repré­sen­ta­tion a modifié la compréhension du monde social­ parce qu’il oblige à penser la construction des identités, des hiérarchies et des classements comme le résultat de luttes de représentations : les affrontements entre violences contraires et forces brutales sont transformés en luttes symboliques dont les représentations sont les armes et les enjeux. À la manifestation extérieure d’une force, la représentation substitue « les signes de la force […] qui n’ont besoin que d’être vus, constatés, montrés, puis racontés et récités pour que la force dont ils sont les effets soit crue4 ». Lorsque Pascal dévoile dans ses Pensées le mécanisme de la montre qui se dirige à l’imagination et produit la croyance, il oppose ceux pour qui un tel appareil est nécessaire et ceux pour qui il ne l’est pas : « Si les médecins n’avaient des soutanes et des mules, et que les docteurs n’eussent des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre parties, jamais ils n’auraient dupé le monde qui ne peut résister à cette montre si authentique. N’ayant que des sciences imaginaires il faut qu’ils prennent ces vains instruments qui frappent l’imagination ». À l’inverse, « Les seuls gens de guerre ne se sont pas déguisés de la sorte parce qu’en effet leur part est plus essentielle. Ils s’établissent par la force, les autres par la grimace5 ».

“La force ne disparaît pas dans l’opération qui la transforme en puissance, puisque toujours elle demeure à la disposition du prince.”

Ce contraste permet de penser les formes de la domination symbolique, par l’image, la montre ou l’attirail (La Bruyère) comme le corollaire du monopole sur l’usage légitime de la force que prétend établir le souverain absolu­. La force ne disparaît pas dans l’opération qui la transforme en puissance, puisque toujours elle demeure à la disposition du prince. Mais elle est mise en réserve par la multiplication des signes (portraits, médailles, monuments, louanges, récits, etc.) qui donnent à voir le pouvoir du souverain et doivent susciter, sans violence, l’obéissance et l’adoration6. L’exercice de la domination politique s’appuie ainsi sur l’ostentation des formes symboliques qui représentent la puissance du roi donnée à voir et à croire même en son absence.

“Les classements et les hiérarchies se construisent à la croisée des propriétés sociales objectives et des représentations que les classes ou les groupes proposent d’eux-mêmes.”

Représentation et violence symbolique

Le concept de représentation est aussi puissant pour comprendre­ comment, dans les sociétés contemporaines, les classements et les hiérarchies se construisent à la croisée des propriétés sociales objectives et des représentations que les classes ou les groupes proposent d’eux-mêmes, ce qu’analyse Bourdieu dans la Distinction. De nombreux travaux ont fait usage du concept de représentation – qui en est venu à désigner l’histoire culturelle – et des notions de domination ou violence symbolique qui supposent, indique Bourdieu dans les Méditations pascaliennes, que la victime contribue à son efficacité par sa croyance en la légitimité des principes qui l’assujettissent : « La violence symbolique est cette coercition qui ne s’institue que par l’intermédiaire de l’adhésion que le dominé ne peut manquer d’accorder au dominant (donc à la domination) lorsqu’il ne dispose pour penser sa relation avec lui que d’instruments de connaissance qu’il a en commun avec lui et qui, n’étant que la forme incorporée de la structure de la relation de domination, font apparaître cette relation comme naturelle. »7

“La violence symbolique est cette coercition qui ne s’institue que par l’intermédiaire de l’adhésion que le dominé ne peut manquer d’accorder au dominant” Pierre Bourdieu

Le régime du discours historique

Paul Ricœur est celui qui a donné le plus d’attention aux parentés et compétitions entre les différentes modalités de représentation du passé : la fiction narrative, les opérations de la mémoire, la connaissance historique. Dans La mémoire, l’histoire, l’oubli, il établit des distinctions entre ces deux formes de présence du passé dans le présent assuré­ par l’anamnèse – lorsque l’individu « descend à sa mémoire­ » comme écrit Borges – et par l’opération historiographique. Dans le cas de l’histoire sociale et culturelle, les représentations des acteurs eux-mêmes deviennent l’objet représenté par la représentation historique. De là, pour Ricœur, l’ambiguïté et la pertinence du terme de représentation qui permet de lier l’objet à connaître et l’opération de connaissance : « L’historien, qui fait de l’histoire, ne mimerait-il pas de façon créatrice, au niveau du discours savant­, le geste interprétatif par lequel ceux qui font l’histoire tentent de se comprendre eux-mêmes et leur monde8 ? ». L’histoire, toujours, se donne sous la forme d’un récit. Certes, l’historien introduit dans sa narration les preuves qui attestent l’« avoir-été des choses » : citations d’archives­, reproductions de documents, photographies. Mais, comme le montrent tout ensemble les falsifications historiques et les fictions qui se donnent comme des récits­ historiques, la représentation véridique du passé n’est jamais totalement protégée contre les séductions de l’illu­sion référentielle. En un temps où est forte la tentation des histoires imaginées et imaginaires, Ricœur affirme que c’est seulement en remontant de l’écriture de l’histoire, parente de celle de la fiction, aux techniques de recherche et aux procédés critiques qui fondent la preuve documentaire et la construction explicatives propres à l’histoire que celle-ci pourra accréditer la prétention de vérité de son discours9.

Réalité de la représentation

Accepter que le discours historique lui-même ne peut être qu’une représentation du passé n’est pas détruire sa scientificité mais, au contraire, la fonder. Les représentations – qui fondent les perceptions et les jugements, qui gouvernent les façons de dire et de faire – sont tout aussi réelles que les processus, les comportements, les conflits que l’on tient pour concrets. Devant l’insistance de certains défenseurs de l’histoire sociale sur le concret, opposé­ à l’abstraction supposée de la représentation, on peut se demander, se souvenant de Foucault, s’il n’y a pas là « une bien maigre idée du réel », identifié aux seules situa­tions concrètes : « Un type de rationalité, une manière de penser, un programme, une technique, un ensemble d’efforts ration­nels et coordonnées, des objectifs définis et poursuivis, des instruments pour l’atteindre, etc., tout cela c’est du réel, même si ça ne prétend pas être “la réalité” elle-même ni “la” société tout entière10 ». La mise en garde devrait suffire à débarrasser le débat intellectuel des fausses oppositions qui parfois l’encombrent.


* Cet article est une synthèse approuvée par l’auteur d’une conférence dans le cadre d’un séminaire de l’Association française de science poli­tique. L’intégrale, grâce au travail éditorial de Lola Zappi, est parue dans La Vie des idées (ISSN : 2105-3030). http://www.laviedesidees.fr/Le-sens-de-la-representation.html 1. Théorie qui postule que le Roi a deux corps, naturel et politique, qui se confondent dans sa personne. 2. Ernst Kantorowicz, Les Deux corps du roi, Gallimard, 1989, p. 303. 3. Louis Marin : philosophe, historien, sémiologue et critique d’art français. 4. Louis Marin, “Introduction. L’être de l’image et son efficace”, in Des pouvoirs de l’image. Gloses, Seuil, 1993, p. 18. 5 Pascal, Pensées, Éditions Lafuma : p. 44 ; Éditions Brunschvicg : p. 82. 6. Louis Marin, Le Portrait du roi, Minuit, 1981 7. Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, 1997, p. 204. 8 et 9. Paul Ricœur, La Mémoire, l’histoire, l’oubli, Seuil, 2000, p. 295, p. 363. 10. Michel Foucault, « La poussière et le nuage », in Dits et écrits, IV, 1980-1988, Gallimard, 1994, p. 15.   Crédits photo : Michael Wögerbauer

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