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Sans État, pas de laïcité

Régis Debray Philosophe, directeur de la revue Médium

Publié le 18 Oct 2016

C’est un mot bizarre, un mot chargé d’unifier mais finalement plein de malentendus, un mot totémique et volatil : la laïcité n’a pas de définition officielle, fixée dans le marbre. La fameuse loi de 1905 n’en fournit aucune. Et le terme de laïcité n’y figure même pas !

Aussi vais-je revenir sur la plus sobre et la plus concise circonscription de cette goutte de mercure qui a été produite par le grand résistant André Philip, député socialiste à la Libération, d’origine protestante. C’est à lui qu’on doit que le mot, plus précisément l’adjectif « laïc » – figure dans notre constitution.

Qu’a-t-il dit à la tribune de l’Assemblée constituante de 1945, qui a inscrit ce qualificatif dans notre constitution ? « Le cadre laïc se donne les moyens de faire coexister sur un même territoire des individus qui ne partagent pas les mêmes convictions, au lieu de les juxtaposer en une mosaïque de communautés fermées sur elles-mêmes et mutuellement exclusives ». Une définition qui devrait être inscrite en lettres d’or aux murs du Trocadéro. Trois lignes et tout est dit.

“Le cadre laïc se donne les moyens de faire coexister sur un même territoire des individus qui ne partagent pas les mêmes convictions, au lieu de les juxtaposer en une mosaïque de communautés fermées sur elles-mêmes et mutuellement exclusives.”
André Philip

D’abord un cadre. Un cadre, ce n’est pas le tableau, on peut le remplir comme on veut, avec la sagesse, la religion… ou l’irréligion qu’on veut. Ensuite, un territoire, c’est-à-dire un lieu réglementé, avec des frontières et une souveraineté. Ce n’est pas une morale stratosphérique, elle a les pieds sur terre dans un espace précis. Enfin, le péril à conjurer, « une mosaïque de haines mutuelles », ce qui est à peu près l’état du monde aujourd’hui. Il y avait du Cassandre chez ce législateur.

Conviction

Il y a un terme fondamental : André Philip n’a pas parlé d’opinion mais de conviction. Une opinion ne colle pas à la peau, ne se blesse pas, ne crie pas vengeance. On ne meurt pas pour une opinion. Une conviction, c’est une opinion affective, ancrée dans un corps et qui engage toute la sensibilité d’un être humain. S’il fallait changer quelque chose à la Déclaration des droits de l’homme de 1789, c’est peut-être de remplacer la liberté d’opinion par la liberté de conviction…

L’État est le protecteur des libertés contre l’emprise des clans, des habitudes, des héritages, des lobbies, des clergés et des pouvoirs de fait.

André Philip ne prononce pas le mot de religion. Il parle de communautés, qui peuvent être politiques, ethniques, religieuses. Mais le mot le plus facile et le plus banal m’apparaît le plus fondamental : c’est le mot cadre, le « cadre » laïc. Le cadre, c’est ce qui fait d’une toile plus ou moins barbouillée un tableau qu’on peut accrocher au mur. Un cadre, c’est ce qui fait tenir debout une construction juridique complexe.

Ce cadre, c’est l’État, ce sont les préfets, symboles et représentants de l’État, médiateurs entre des cultures provinciales et l’instance centrale, entre des pouvoirs locaux et la puissance publique… entre le tribal et l’universel, pourrait dire le Jacobin que je suis. L’État, qui est le dernier bien de ceux qui n’en n’ont pas. L’ultime garant de la solidarité entre les pauvres et les riches. L’ultime garant de l’égalité entre les hommes et les femmes. Le protecteur des libertés individuelles et de pensée contre l’emprise des clans, des habitudes, des héritages, des lobbies, des clergés et des pouvoirs de fait. L’État, c’est un constant effort sur soi, qui n’a rien de naturel, qui exige à la fois une discipline et une foi. Disons une confiance en soi sans laquelle notre confiance en lui s’effondre. « Les préfets sont les évêques d’une église qui n’existe plus, l’État. » me confiait récemment l’un d’entre eux dans un moment d’abattement passager.

L’État

Le propos n’est pas impie. Récemment, un quotidien économique demandait aux Français en qui ils avaient confiance : le patron de PME était perçu par 88 % des interrogés et le PDG d’une grande entreprise par 62 % comme les figures les plus utiles à la société, contre 16 % pour les dirigeants politiques ! Pour 6 Français sur 10, les entreprises sont donc plus utiles que l’État. Plus utiles à la prospérité commune. Certes, en tête, on trouve aussi la Poste, la SNCF, EDF, services publics ou quasi publics, ou qui le furent et pourraient peut-être le redevenir, mais ils sont talonnés par Michelin et Leclerc… Cette conversion massive à l’entreprise – d’abord chez nos gouvernants –, cette sorte d’apostasie de l’État, est le symptôme d’une singulière baisse de confiance.

Une société qui accepterait le désarmement de la puissance publique face aux pouvoirs privés devrait renoncer à la laïcité. Elle se livrerait à sa société civile. Et la société civile en France est particulièrement incivile !

Pour aller à l’essentiel, je crois qu’une société qui assisterait en spectatrice au désarmement de la puissance publique face à la montée de pouvoirs privés tirant à hue et à dia, est une société qui devrait renoncer à la laïcité, une société qui se livrerait à sa société civile. Et la société civile en France est particulièrement incivile ! Or, je note que dans notre histoire toutes les mesures, non de sécularisation, qui est un phénomène sociologique, mais de laïcisation, qui est un phénomène politique, ont toujours été le fait d’une volonté politique. Encore faut-il un organe du bien commun qui ne passe pas d’un excès de centralisation et d’autoritarisme à un excès d’opportunisme, de décentralisation ou de centrifugation. C’est-à-dire un État qui ne soit plus un fétiche, sans devenir pour autant un débris ou un reste. Un État capable de fixer le cap et de décréter l’obligation, la même pour tous. Grignotée en bas par toutes sortes de baronnies en voie de reconstitution et en haut par une bureaucratie européenne irresponsable, on peut s’inquiéter sur la pérennité de « la République laïque ». Laïque pour toujours ? Oui, tant qu’il y aura un État stratège et régulateur, un État qui ne se décharge pas de toutes ses capacités normatives sur une multitude incontrôlée d’autorités administratives indépendantes.

Partout où l’État recule, ce qui divise devient plus fort que ce qui rassemble ; l’ethnique, le clanique, le confessionnel l’emportent sur le citoyen.

Raison d’État

Je voudrais rappeler un fait. Pas pour réhabiliter une expression que nous n’aimons pas. Mais c’est bien la raison d’État, au xvie siècle, avec Henri IV et sous l’égide du parti dit « des politiques », Michel de l’Hôpital et Jean Bodin, c’est cet État-là qui a pu triompher des raisons d’églises, qui a pu mettre hors-jeu les factions en guerre qui s’en réclamaient avec l’appui des royaumes voisins et ennemis. Car toute guerre civile intestine entraîne tôt ou tard l’intervention des puissances étrangères. Ce n’est pas un hasard si l’on trouve toujours, en amont d’une pacification sociale, un Henri IV, un Juarez, un Ataturk ou un Briand. Partout où l’État recule, ce qui divise devient plus fort que ce qui rassemble ; l’ethnique, le clanique, le confessionnel l’emportent sur le citoyen. C’est alors la guerre de tous contre tous. Seul ce qui nous dépasse est capable de nous rassembler.

La laïcité républicaine française a deux adversaires intérieurs : un État qui se renonce, un État qui s’exagère.

La laïcité dans sa version française n’a rien à voir avec l’américaine, l’italienne, la turque ni même la belge. La laïcité républicaine française a deux adversaires intérieurs : un État qui se renonce et un État qui s’exagère. Le premier renonce à sa distance nécessaire avec la société civile, ses passions, ses intérêts et s’asservit aux obligations de la proximité, aux fausses ou aux vraies bonhomies télévisuelles, aux coups de coeur ou de colère. L’autre – les deux peuvent aller ensemble – et un État qui voudrait laïciser la société tout entière, la neutraliser, la rendre monocolore et uniforme, en imposant par en haut une sorte de religion officielle de substitution, en imposant par des lois une façon de s’habiller et le cas échéant de se déshabiller. C’est oublier qu’en France, s’il ne peut pas y avoir de règle dérogatoire pour des communautés, la proscription des signes religieux se limite aux agents du service public et ne concerne pas les simples particuliers.

Tierce voie

La neutralité de l’État ne peut pas s’extra-limiter à la société tout entière. Ce serait un contresens sur le religieux. Car si le spirituel est de l’ordre de l’intime, le religieux est de l’ordre du public. Le religieux implique la manifestation publique d’une appartenance. Un État qui empêcherait cela, ce n’est plus un État de droit, c’est un État totalitaire…

Pour synthétiser mon propos, je dirais que notre modèle exigerait de trouver le passage entre le Charybde néolibéral et le Scylla néoautoritaire. Du côté néolibéral, on tiendrait la croyance pour une affaire purement privée, un produit librement choisi sur un marché ; on choisirait sa religion ou son affiliation comme on choisit un smartphone ou une voiture. L’État se réduirait au rôle d’un organisateur du marché des croyances qui n’a pas à se prononcer sur la valeur des produits en circulation, tant qu’ils ne constituent pas un danger pour la santé et l’ordre public. Bref, un État qui refuserait de s’engager. De l’autre côté, il y aurait un État autoritaire, dans une sorte de fondamentalisme inversé : « Je ne veux voir qu’une seule tête, et qu’un seul mode de comportement, au nom de l’orthodoxie officielle ».

Si le spirituel est de l’ordre de l’intime, le religieux implique la manifestation publique d’une appartenance.

Il faudrait donc une tierce voie, je crois que c’est le sens de notre laïcité à nous. Ni un multiculturalisme à l’anglosaxonne dont nous n’avons pas les moyens, car nous n’avons pas une religion civile biblico-patriotique comme aux États-Unis, une religion partagée par tous et chargée de recoller les morceaux. Ni un mono-culturalisme intransigeant à la Kemal Ataturk, qui fut une forme sauvage d’exclusion des minorités ethniques et religieuses dont on mesure aujourd’hui l’échec avec le terrible retour du refoulé. Entre le laisser-faire et la férule, cette troisième voie est peut-être celle qu’on aurait pu aimer pour la Nation républicaine et son action internationale…

 

* Intervention dans le cadre du colloque Claude Erignac organisé le 15 septembre 2016 à la Sorbonne par l’association du corps préfectoral et consacré à La République laïque : toujours et pour toujours ?

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