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Entretien avec Thieulin

Réinventer l’état

Benoît Thieulin Doyen de l'école du management et de l'innovation de Sciences-Po, directeur de l'innovation d'Open

Publié le 19 Mar 2018

La révolution numérique ne saurait se réduire à une simple révolution technique. C’est une révolution des pouvoirs qui remet en cause les expertises réservées, les modes traditionnels de production, d’expression politique, de construction et de diffusion des savoirs.

En cela, elle fragilise les structures traditionnelles du pouvoir et les modes de gouvernement. À commencer par les médias classiques, gardiens naturels de la parole autorisée, qui observent l’effritement de leur monopole : le débat public est de moins en moins filtré ; tout peut circuler, tout peut être produit. Le numérique rend ainsi possibles une synchronisation des individus à grande échelle et une structuration inédite des communautés qui a concerné au premier chef les mouvements de contestation : le réseau polarise, il est propice à la radicalité. L’asymétrie de la relation État-citoyens tend à se réduire : si l’État conserve le monopole de la violence légitime, il n’est plus seul à pouvoir coordonner des actions d’envergure sur un territoire. L’augmentation du nombre de mouvements citoyens depuis le milieu des années 2000 (Indignés espagnols, mouvement des places en Grèce, Occupy Wall Street, « zones à défendre ») laisse entrevoir la perspective d’une lutte généralisée appuyée sur les technologies numériques. Voire de guerres civiles.

Les pouvoirs publics sont menacés dans leur capacité à encadrer le marché au bénéfice de l’intérêt général, à fournir des services publics garants d’égalité.

S’agissant de la production, la révolution numérique est plus que la « troisième révolution industrielle » de Jeremy Rifkin1. C’est fondamentalement une révolution dans la manière de produire et de collaborer : si le numérique donne à l’individu les moyens de faire plus, c’est surtout parce qu’il permet de faire à plusieurs. Le modèle des start-ups remet en cause la course à la performance financière sur l’esprit entrepreneurial. En 2009, l’éditorialiste Kevin Kelly2 décrivait ainsi des groupes de personnes qui commencent par partager des idées, puis passent de la coopération à la collaboration et, pour finir, à une forme de collectivisme appelée à terme à dépasser le capitalisme. Avec, à chaque étape, un accroissement de la coordination : « Plutôt que des usines d’État, nous avons des usines d’ordinateurs connectées à des coopératives virtuelles. On partage des applications, des scripts et des API (interfaces de programmation). Au lieu de politburos sans visage, nous avons des méritocraties anonymes, où seul le résultat compte ».

Si les entreprises privées déterminent la forme des politiques et des services publics, c’est la souveraineté démocratique qui disparaîtra.

La révolution des pouvoirs par le numérique a également largement bénéficié aux grandes plateformes du numérique qui reconfigurent les marchés. Par leurs fonctionnalités et par leur innovation, elles participent au développement de l’économie et de la société en général : Apple, Google, Baidu ou Alibaba ont provoqué des transformations radicales dans les entreprises et les institutions, plus importantes que nombre de décisions gouvernementales. Ce qui contribue à ronger le levier politique traditionnel de nos sociétés démocratiques. Et cette poignée d’acteurs centralise une partie croissante du réseau : la reverticalisation est en cours. Les plateformes jouent ainsi un rôle ambivalent dans la nouvelle économie : elles ont un effet réel sur la diffusion des connaissances, l’ouverture des possibles aux niveaux individuel et collectif, mais dans le même temps elles exercent une domination sur les individus et les institutions traditionnelles. Cette ambivalence des transformations à l’oeuvre traduit le fait que la société numérique est à la croisée des chemins.

Dans cette redistribution des pouvoirs, l’État doit accompagner l’autonomisation des individus, sans renier ses fondements démocratiques ni sa mission d’intérêt général.

Si plusieurs représentations du monde numérique s’affrontent aujourd’hui dans la compétition des imaginaires, force est de constater la prédominance de la vision californienne : la Silicon Valley fait encore très souvent office de modèle pour tout ce que l’Europe compte d’innovateurs. Cette absence de contre-modèle induit une forme de déterminisme technologique, comme si nous n’étions pas en mesure de choisir notre propre destin.
Pour survivre, l’État n’a d’autre choix que de se réinventer. Fragilisés par cette redistribution des pouvoirs, concurrencés par les grandes plateformes numériques, niés dans leurs prérogatives fiscales, les pouvoirs publics sont menacés d’obsolescence dans leur capacité à encadrer le marché au bénéfice de l’intérêt général ou à fournir des services publics garants de l’égalité entre les citoyens.
Demain, si on n’y prend garde, Apple déterminera peut-être la politique de santé, YouTube le financement de la culture et Leboncoin.fr aura remplacé Pôle emploi. Sur le plan de d’efficacité, la comparaison en termes de conception, de mise en place et de service rendu du HealthKit d’Apple avec les tentatives d’instauration du dossier médical personnel suffit à faire vaciller les certitudes les plus ancrées. Mais la compétition ne se joue pas uniquement sur l’efficacité et la simplicité des services rendus, elle se joue aussi sur la capacité de produire et de diffuser un agenda politique. L’enjeu est là : si les entreprises privées déterminent la forme que prendront les services et les politiques publics, c’est la possibilité collective de faire des choix, c’est la souveraineté démocratique qui disparaîtra.

Producteur de la norme juridique, l’État doit aussi être à l’avant-garde dans la production de normes informatiques.

L’État n’est pas condamné pour autant. Il lui incombe, au moins en partie, d’aiguiller ces transformations pour que les promesses originelles de la révolution numérique ne restent pas lettre morte, d’encadrer démocratiquement la trajectoire du réseau : il en va de la survie de l’État comme du développement du numérique lui-même, car aucune révolution ne peut réussir en l’absence d’institutions pour l’accueillir.

La littératie, l’alphabétisation numérique, est un prérequis dans l’émancipation des citoyens.

Pour cela, l’État doit se rendre accueillant à l’égard de cette redistribution des pouvoirs. Mieux, il doit accompagner et favoriser l’autonomisation des individus. Cela implique qu’il se transforme en profondeur, sans se renier ni perdre de vue ses fondements démocratiques ou sa mission d’intérêt général. Bien entendu, l’État à la française, d’inspiration fondamentalement top down, à l’organisation pyramidale, hiérarchique et marquée par l’importance des statuts, ne se réinventera pas en un jour. Un obstacle supplémentaire tient à notre culture juridique particulière et à la spécificité du droit continental : notre codification procède en effet d’une analyse abstraite du monde visant à établir des règles générales, là où la common law anglo-saxonne aura plutôt tendance à créer de la norme à partir des usages et pratiques. Faute d’atteindre jamais le niveau d’excellence des services proposés dans l’économie numérique, le salut de l’État tient donc à sa mue en une structure favorisant la créativité des innovateurs de tous ordres : c’est le sens de la théorie de l’État-plateforme, popularisée en France par Henri Verdier et Nicolas Colin. L’État doit se réinventer pour se faire le garant de l’autonomisation des individus. L’ambition, exposée dans leur ouvrage L’Âge de la multitude (2015), est de voir « s’inventer sous nos yeux des services publics sans administration, auto-organisés par des communautés de citoyens prenant leur part de leur opération par leurs contributions et leurs interactions ».

Plus précisément, cette transformation doit passer par « l’apisation » ouverte de l’État, déjà bien amorcée. Si les données sont le carburant de l’économie numérique, les API – application programming interface – en sont le moteur. Elles correspondent à des interfaces mises à disposition par une plateforme pour permettre à des acteurs tiers d’innover à partir de ses ressources. L’API de Facebook lui a ainsi permis de répandre le bouton Like sur le Web et de dominer le marché de la recommandation. De même, les milliers de développeurs qui utilisent l’API de Netflix sont à l’origine de son succès. Son dirigeant n’a-t-il pas déclaré qu’avoir ces développeurs en interne lui aurait coûté près d’un milliard de dollars par an. La domination des plateformes s’explique largement par leur capacité à agréger des écosystèmes autour d’elles et à en occuper le centre. Le coeur de ces écosystèmes, ce sont précisément les API. « Agréger des écosystèmes autour de soi et en occuper le centre », n’est-ce pas la description d’une des fonctions de l’État de demain ?

Gouverner à l’heure du numérique, c’est aussi faire rempart à la concentration, à la verticalisation et aux dépendances économiques.

Les logiques à l’oeuvre rendent urgente et critique la nécessité pour l’État d’intégrer en son sein une véritable expertise technique. « Le code, c’est la loi » : selon la célèbre formule de Lawrence Lessig3, l’architecture technique du réseau – son code informatique – constitue sa loi fondamentale, l’organisation des couches basses déterminant celle des couches hautes. Ces principes rejaillissent sur toute la société : les algorithmes déterminent de plus en plus notre façon de vivre, d’apprendre, de nous informer, de travailler, d’interagir. De même que le droit – le code juridique – est le préalable qui organise les espaces dans lesquels vont se développer les activités humaines et économiques. À mesure que la société se numérise, l’enjeu pour l’État est de rapprocher ces deux codes : en tant qu’entité démocratiquement constituée, producteur historique de la norme juridique, l’État doit également être à l’avant-garde dans la production de normes informatiques. Une vraie gouvernance des choix technologiques de l’État doit se mettre en place : on pourrait imaginer, aux côtés du secrétariat général du gouvernement, le SGG chargé de la cohérence juridique de la production de normes, un secrétariat général technologique chargé de la cohérence technologique des actions du gouvernement.

Gouverner, c’est prédire : le prédictif porte la promesse d’une transformation profonde de l’action publique.

La littératie, l’alphabétisation numérique, constitue un prérequis dans l’émancipation des citoyens. Gouverner à l’heure du numérique, c’est donc aussi faire rempart aux logiques de désautonomisation, qui sont une tendance lourde dans une société numérique propice à la concentration, à la verticalisation et aux dépendances économiques. L’État est en première ligne pour faire respecter la loyauté des acteurs économiques : il est question ici de s’appuyer sur le nouveau pouvoir de la masse, sur l’émergence d’une nouvelle expertise collective ainsi que sur l’importance de la réputation dans le fonctionnement des réseaux et de l’économie numérique. Le cadre juridique devra davantage s’appuyer sur ces nouvelles communautés : il s’agit d’encourager la remontée d’information de la part des utilisateurs sur le bon fonctionnement des réseaux et le comportement loyal de leurs acteurs.

Le rêve d’efficience peut devenir cauchemar de surveillance totale et d’aliénation des usagers. D’où l’intérêt du débat démocratique pour que cette révolution des pouvoirs soit pilotée et non subie.

À mesure de l’explosion du nombre de données numérisées et du développement d’algorithmes permettant de les trier et de les agréger, nous entrons dans le monde de calculs décrit par Dominique Cardon4. Gouverner, c’est prédire. L’intégration du prédictif porte en elle la promesse d’une transformation profonde de l’action publique. Car les données collectées par la puissance publique ne sont plus seulement des données statiques déclarées ponctuellement par le citoyen mais des données d’activités ou de comportements, collectées en continu, qui décrivent très finement la vie des entreprises et des citoyens. Demain, les smart cities bardées de capteurs collecteront massivement des données en temps réel : validation des titres de transport, localisation des bus, état du trafic, vidéosurveillance. Le comportement quotidien de l’usager de l’administration devient visible, traçable par l’autorité publique.

On peut imaginer une nouvelle génération de politiques dynamiques et de services publics au plus près des usagers qui pourront s’évaluer et se construire en temps réel. Mais il faut garder à l’esprit qu’une société de l’optimisation est souvent la voisine d’une société de contrôle. Le rêve de l’efficience peut rapidement céder la place au cauchemar d’une surveillance totale et d’une aliénation des usagers. D’où l’intérêt de politiser ces transformations, d’en débattre démocratiquement. Afin que cette révolution des pouvoirs soit pilotée et non subie.

 

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NDLR. La version originelle intégrale de cet article est parue sous le titre « Gouverner à l’heure de la révolution des pouvoirs », dans Pouvoirs, revue française d’études constitutionnelles et politiques, n°164, – La Datacratie, p.19-30

1. La Troisième Révolution industrielle (2011), Les Liens qui libèrent, 2012.
2. « The New Socialism : Global Collectivist Society Is Coming Online », Wired.com, 22 mai 2009
3. « Code Is Law : On Liberty on Cyberspace », HarvardMagazine.com, 1er janvier 2000
4. À quoi rêvent les algorithmes. Nos vies à l’heure des big data, Paris, Seuil, 2015

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