what diet pills are most like phentermine phentermine 37.5mg only taking half of phentermine

xanax and breathing problems alprazolam no prescription is it bad to take xanax while sick

is propranolol better than valium diazepam 5mg does valium help interstitial cystitis

xanax circulation buy xanax how to get a prescription for xanax from doctor

como dejar tomar xanax buy xanax how much xanax to get to sleep

soma leggings review buy soma tauchschule caribbean world soma bay

can ambien make you tired the next day buy ambien is there a lethal dose of ambien

valium sonnifero valium online dilucion de valium

difference between xanax valium and klonopin buy xanax mixing xanax and sertraline

valium ndc number valium for anxiety how will 10mg valium affect me

Ernest Renan

QU’EST-CE QU’UNE NATION ?

Ernest Renan Conférence en Sorbonne, 11 mars 1882

Publié le 23 Juin 2016
Couverture Parole publique n°12

Depuis la disparition de l’empire de Charlemagne, l’Europe occidentale apparaît divisée en nations. Une sorte d’équilibre est établi pour longtemps. La France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Russie seront encore, dans des centaines d’années, des individualités historiques.

 

Qu’est-ce qui caractérise ces différents États ? C’est la fusion­ des populations qui les composent. Deux circonstances essentielles contribuèrent à ce résultat. D’abord le fait que les peuples germaniques adoptèrent le christianisme. La seconde circonstance fut, de la part des conquérants, l’oubli de leur propre langue. […] L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation. Le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger : l’investigation historique remet en lumière les faits de violence qui sont à l’origine de toutes les formations politiques. L’unité se fait toujours brutalement. Or l’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun­, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Tout citoyen français doit avoir oublié la Saint-Barthélemy, les massacres du Midi au XIIIe siècle. […]

Deux circonstances essentielles contribuèrent à la fusion des populations : les peuples germaniques adoptèrent le christianisme. La seconde fut, de la part des conquérants, l’oubli de leur propre langue.

La nation moderne est donc un résultat historique amené­ par une série de faits convergeant dans le même sens. Tantôt l’unité a été réalisée par une dynastie, comme pour la France ; tantôt elle l’a été par la volonté directe des provinces, comme pour la Hollande, la Suisse, la Belgique ; tantôt par un esprit général, tardivement vainqueur des caprices­ de la féodalité, comme pour l’Italie et l’Allemagne. […] C’est la gloire de la France d’avoir, par la Révolution française, proclamé qu’une nation existe par elle-même. Le principe des nations est le nôtre.

L’unité se fait toujours brutalement. L’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et que tous aient oublié bien des choses.

Mais qu’est-ce donc qu’une nation ? Le droit national sur quel critérium le fonder ? De quel fait tangible le faire dériver ?

La race

De la race, disent plusieurs avec assurance. Les divisions artificielles, résultant de la féodalité, des mariages princiers, des congrès de diplomates, sont caduques. Ce qui reste ferme et fixe, c’est la race des populations. On crée ainsi une sorte de droit primordial analogue à celui des rois de droit divin.

C’est là une très grande erreur qui, si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. […] La considération ethnographique n’a été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L’Allemagne est germanique, celtique et slave. L’Italie est le pays où l’ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Étrusques, Pélasges, Grecs s’y croisent dans un indéchiffrable mélange. Les îles britanniques offrent un mélange de sang celtique et germain. La vérité est qu’il n’y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l’analyse ethnographique, c’est la faire porter sur une chimère. […] L’étude de la race n’a pas d’application en politique. Les premières nations de l’Europe sont des nations de sang essentiellement mélangé.

La considération exclusive de la langue renferme dans une culture. Rien de plus mauvais pour l’esprit, de plus fâcheux pour la civilisation.

La langue

Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue. La langue invite à se réunir, elle n’y force pas. Les États-Unis et l’Angleterre, l’Amérique espagnole et l’Espagne ne forment pas une seule nation. Au contraire, la Suisse, faite par l’assentiment de ses différentes parties, compte trois ou quatre langues. […] Les langues sont des formations historiques […] La considération exclusive de la langue a ses dangers. Quand on y met de l’exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale ; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air de l’humanité pour s’enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l’esprit ; rien de plus fâcheux pour la civi­li­sa­tion. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine.

La religion

La religion ne saurait non plus offrir une base suffisante à l’établissement d’une nationalité moderne. À l’origine, la religion, les rites étaient des rites de famille. La religion d’Athènes, c’était le culte d’Athènes même, de ses fondateurs mythiques, de ses lois, de ses usages. Elle n’impliquait aucune théologie dogmatique. Cette religion était, dans toute la force du terme, une religion d’État. Refuser de participer à un tel culte était comme serait dans nos sociétés modernes refuser le service militaire. […]

De nos jours, la situation est parfaitement claire. Il n’y a plus de masses croyant d’une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise. Il n’y a plus de religion d’État ; on peut être français, anglais, allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est sortie presque entièrement des raisons qui tracent les limites des peuples.

La communauté des intérêts

La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes. Les intérêts, cependant, suffisent-ils à faire une nation ? Je ne le crois pas. La communauté des intérêts fait les traités de commerce ; un Zollverein n’est pas une patrie. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment ; elle est âme et corps à la fois.

La géographie

La géographie, ce qu’on appelle les frontières naturelles, est un des facteurs essentiels de l’histoire. Les rivières ont favorisé, les montagnes ont limité les mouvements historiques. Peut-on dire cependant que les limites d’une nation­ sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s’adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir certains contours ? Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire ni plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences. […] Si l’histoire l’avait voulu, la Loire, la Seine, la Meuse, l’Elbe­,
l’Oder auraient, autant que le Rhin, ce caractère de frontière naturelle qui a fait commettre tant d’infractions au droit fondamental, qui est la volonté des hommes. […] Non, ce n’est pas la terre plus que la race qui fait une nation.

Avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple.

La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail ; l’homme fournit l’âme. L’homme est tout dans la formation de cette chose sacrée qu’on appelle un peuple. Rien de matériel n’y suffit. Une nation est un principe spirituel résultant des complications profondes de l’histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol. Nous venons de voir ce qui ne suffit pas à créer un tel principe spirituel : la race, la langue, les intérêts, l’affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires.

Une nation est une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.

Que faut-il donc en plus pour créer une nation ?

Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel­, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. […] Avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple.

Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l’on comprend malgré les diversités de race et de langue. Oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun.

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. […] Une nation n’a pas plus qu’un roi le droit de dire à une province : « Tu m’appartiens, je te prends ». Une province, ce sont ses habitants ; si quelqu’un en cette affaire a droit d’être consulté, c’est l’habitant. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.

Nous avons chassé de la politique les abstractions méta­phy­siques et théologiques. Que reste-t-il, après cela ? Il reste l’homme, ses désirs, ses besoins. […] Les volontés humaines changent ; mais qu’est-ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération euro­péenne, probablement, les remplacera. Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons. À l’heure présente, l’existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n’avait qu’une loi et qu’un maître. Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l’œuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l’humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. […]

Les nations ont commencé, elles finiront. 

La confédération européenne, probablement, les remplacera. Je me résume. L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une commu­nauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister. 

 

*Extraits choisis par la rédaction.

VotreParole !

Une proposition d’initiative, une idée originale à partager, un projet à faire connaître, ou bien même un sujet pour la revue Parole publique : dites-nous et nous vous contacterons.

Écrivez-nous
Cancel