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Entreprises et institutions

Félix Torres, directeur fondateur du cabinet Public Histoire

QUELLE HISTOIRE FONT-ELLES EN CÉLÉBRANT LEURS ANNIVERSAIRES ?

Publié le 26 Août 2019

Article publié dans le dossier « Anniversaires : mémoires d’avenir ? » coordonné par Philippe Deracourt et Bernard Wallon.

Les anniversaires sont aujourd’hui omniprésents, dans la vie des individus, des nations et, de façon plus surprenante, dans celle des entreprises et des institutions. Pas un jour qui passe sans qu’un anniversaire souvent évident – 60 ans, 100 ans -, quelquefois plus aléatoire – 5, 40 ou 80 ans, alors que le 70e ou le 75e anniversaire a été oublié -, nous rappelle la naissance et la saga de telle firme, de tel produit-phare et, de façon plus intéressée, nous propose pour certaines d’alléchantes remises et promotions !

Les anniversaires individuels sont une pratique récente, apparue au XVIIIe siècle dans les pays protestants, encore plus tardivement dans les pays catholiques, en France à partir des années 1950. Longtemps en effet, la seule mesure de la vie et du temps qui méritait d’être prise en considération était celle de la vie du Christ. L’avènement de l’individualisme moderne, l’obsession mémorielle actuelle concernent désormais la plupart des individus, les nations et les organisations. Avec un paradoxe, comme le relève le psychologue Christian Heslon : « Il est pour le moins remarquable que, dans une culture qui valorise la jeunesse et redoute la vieillesse, on soit si empressé de fêter son âge1. » Pourquoi justement ?

Les années 80 et 90 sont un « momenthistoire » : de nouveaux ensembles aux racines variées requièrent une généalogie à rebours et font apparaître leur histoire comme un patrimoine peu ou prou public, un outil de légitimité.

Pour les entreprises, célébrer leurs anniversaires les plus importants n’a rien de récent. Saint-Gobain, l’une des plus anciennes entreprises françaises, fondée par Colbert en 1666, fait écrire son histoire par l’historien de la Révolution française Augustin Cochin à l’occasion du bicentenaire de la création de la Compagnie en 18662. Citons le centenaire de la naissance d’Eugène Schneider, le fondateur du groupe du Creusot à la Belle Époque, celui des Aciéries de Longwy dans les années 1920, les 100 ans de la Société Générale en 1964, le tricentenaire de Saint-Gobain l’année suivante… La France n’est pas originale : Outre-Atlantique, le New York Stock Exchange célèbre son centenaire en 1892 et publie peu après une première histoire, The New York Stock Exchange. En Allemagne, il faut remonter plus en arrière encore, puisque la première histoire d’entreprise date de… 1825, celle de la firme de Dresde Lauchhammer.

Familiale ou purement « anonyme », l’entreprise du XIXe et de la première moitié du XXe siècle inscrit son parcours dans une logique de continuité, celle de la flèche du progrès : « Ce qui est ou ce qui sera va continuer ce qui a été en le développant et en l’améliorant ». D’où la galerie de portraits de présidents ornant autrefois les salles des conseils d’administration. Le monde moderne de l’après-1945 et la rupture radicale qu’il instaure font disparaître ce dispositif de mémoire désormais incongru (et réservé aux dirigeants et actionnaires), comme le montrait une scène du film de Jacques Tati Playtime tournée entre 1964 et 1967 à l’entrée d’un immeuble moderne de La Défense.

Au coeur du XXe siècle, l’entreprise tourne le dos à son histoire, vieillotte, dépassée, dangereuse en fait car risquant de détourner son action de l’essentiel : prendre le virage des temps nouveaux, « savoir saisir ce qui commence » selon la formule de François Dalle, PDG de l’Oréal dans les années 1960-1970. Cinquante ans plus tôt, Henry Ford avait résumé ce sentiment d’un mot : « History is a bunk ! » (L’histoire, ça ne sert pas à grand-chose)3. L’instigateur du « fordisme » industriel et social visait les leçons de l’histoire du XIXe siècle, sans pertinence pour les firmes nées de la Seconde révolution industrielle, sinon pour l’entreprise en général.

Et puis l’histoire des entreprises effectue un retour spectaculaire en France à partir des années 1980-1990, toujours dans le sillage pionnier de Saint-Gobain qui édifie une tour d’archives historiques à Blois, favorise recherches, travaux et ouvrages en tout genre4. On assiste pendant vingt ans environ à un « moment-histoire » marqué par de nombreuses histoires de qualité, universitaires et le plus souvent internes5. Confluent deux mouvements : la restructuration du capitalisme français qui voit émerger à l’heure de la globalisation de nouveaux ensembles aux racines variées (AXA, Aventis, Kering, LVMH, Schneider Electric…) requérant en quelque sorte – mais pas toujours – une généalogie à rebours ; la nouvelle légitimité des entreprises dans l’espace public faisant apparaître leur histoire comme un patrimoine peu ou prou public, voire comme un outil de légitimité6. Les institutions leur emboîtent le pas, multipliant les comités d’histoire internes, EDF et électricité, SNCF, sécurité sociale, ministère des finances… et les ouvrages, comme celui des 100 ans du ministère du travail en 2006, première histoire globale d’un ministère7.

Ces histoires saisissent souvent l’opportunité d’un anniversaire marquant, dont la nécessité peut fluctuer, on l’a dit. Car l’anniversaire est aussi le décompte d’une durée de vie. Les psychologues font intervenir ici le « syndrome de l’anniversaire », celui de la différence entre âge chronologique et âge subjectif. Célébrer son anniversaire, nous le savons tous, n’a rien d’innocent. Le rituel de l’anniversaire n’est jamais neutre et souvent source de birthday blues ou de birthday stress, en fonction des épisodes s’étant succédé au fil de l’inéluctable éloignement de la naissance et donc de l’inéluctable rapprochement de la mort.

Aujourd’hui, entreprises et institutions pratiquent modérément l’histoire et l’anniversaire, tourné un peu vers l’extérieur, beaucoup vers l’interne.  Les sagas d’entreprise, qui transforment la mémoire en histoire, sont au fond des outils pour se libérer du passé, pour donner un nouvel élan.

Ici éclate la différence entre l’individu et l’institution. Chez le premier, l’avancée de l’âge est fatalement synonyme d’achèvement ; chez la seconde, l’épaisseur du temps écoulé apparaît au contraire comme le gage d’un avenir indéfini. Pourtant, dans nos temps actuels d’incertitude et de présentisme marqués par l’évanouissement de l’idée de progrès, chaque entreprise sait confusément que « la roche tarpéienne est proche du Capitole » et qu’un accident, une crise, le surgissement d’une innovation ou d’un nouveau paradigme – le numérique pour Kodak, les GAFA pour la distribution traditionnelle, etc. – peuvent faire disparaître en un clin d’oeil le fruit de nombreux exercices précédents…

C’est pourquoi les entreprises et les institutions pratiquent modérément leur histoire en général, leurs anniversaires en particulier. On ne saurait aujourd’hui célébrer le passé pour le passé. Quand anniversaire il y a, il est pratiqué sans excès, tourné un peu vers l’extérieur – en soulignant l’apport de l’activité et des produits de l’entreprise au bien-être global – ; beaucoup vers le public interne, destinataire privilégié du récit historique de l’entreprise. Alstom l’avait oublié en 1979, réservant son anniversaire aux cadres et ingénieurs et oubliant les employés et ouvriers, d’où la « grève du centenaire » restée dans les mémoires de Belfort !

Au-delà de leur visée historique classique, les histoires et anniversaires d’institutions sont en fait des exercices narratifs visant à relier passé et présent sans contrainte excessive, à la différence du XIXe siècle évoqué plus haut. Comme l’écrit Isabelle Cousserand-Blin dans une réflexion sur les sagas d’entreprise : « Ces sagas, qui d’une certaine manière, transforment la mémoire en histoire sont au fond des outils pour se libérer du passé. On peut les qualifier de récits de complétude. Ils organisent le temps, en orientant la perception, clôturent un itinéraire, pour donner un nouvel élan qui n’aura sans doute probablement plus rien à voir avec le “ça a été”8 ».

« L’histoire justifie ce qu’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout » Paul Valéry

Parce que le temps fait toujours son oeuvre, il y aura toujours des histoires et des anniversaires, chez les individus comme chez les institutions. Mais la promesse du lendemain est toujours plus forte que la nostalgie d’hier. En ce sens, les remarques de Paul Valéry gardent toute leur actualité : « L’histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. […] L’histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout9. »

___________________

1 – Christian Heslon, « Anniversaires et psychologie des âges de la vie », Le Journal des psychologues, n° 261, octobre 2009.
2 – La Manufacture des Glaces de Saint-Gobain de 1665 à 1865, Charles Dounial Libraire, 1866.
3 – Interview au Chicago Tribune, 25 mai 1916.
4 – M. Hamon et F. Torres, Mémoire d’avenir. L’histoire dans l’entreprise, Economica, 1987.
5 – Citons les historiques de BNP Paribas, L’Oréal,Promodès, Saint-Gobain, Schneider, Suez, Vinci…
6 – Hubert Bonin, « L’histoire comme outil de légitimation politique de l’entreprise pendant la Grande Crise de la fin du XXe siècle (1974-1993) », in M. Crivello, P. Garcia et N. Offenstadt (dirs.), Concurrences des passés. Usages politiques du passé dans la France contemporaine, Publications de l’Université de Provence, 2006.
7 – B. Dänzer-Kantof, V. Lefebvre et F. Torres, avec le concours de M. Lucas, Un siècle de réformes du ministère du Travail 1906-2006, préface de J.-L. Borloo et G. Larcher, La Documentation française, 2006.
8 – Isabelle Cousserand-Blin, « Sagas d’entreprise. Un continuum transgénérationel », Communication & organisation, n° 40, 2011, pp. 21-35.
9 – Regards sur le monde actuel, 1931

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