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Débat citoyen et pédagogie des enjeux

Que croire ? Qui croire ?

Jean-Paul Delevoye Haut-commissaire à la réforme des retraites

Publié le 25 Juin 2018

L’avenir paraît illisible, imprévisible. Le présent est rempli d’interrogations. Le passé même est revisité : on rouvre d’anciennes cicatrices au nom d‘une histoire dont on découvre qu‘elle n‘est pas le reflet de ce qui a existé mais de ceux qui l‘on écrite. Le doute s‘installe.

Que croire ? La difficulté, pour les pouvoirs publics, dans ce monde tout en questions, c’est qu’on ne peut plus être manichéen ou pétri de certitudes, on est dans le peut-être. Pourtant chacun a soif de vérité. Le risque, on le connaît : ne croyant plus à une vérité collective, on va chercher sur les réseaux sociaux non pas la vérité scientifique mais la vérité qui nous convient, qui nous confirme dans nos préjugés ou nos préventions… C’est un réflexe bien connu : face à quelque chose d‘horrible, le cerveau cherche à vous protéger, il coupe tout, vous êtes dans la sidération ; face à une information contraire à vos valeurs profondes, vous entrez en dissonance cognitive et psychologique, pour sauver votre équilibre, vous chercher les arguments qui vous permettent de justifier vos actions… ou votre inaction.

L’impression s’installe qu’on n’existe pas par l‘adhésion mais par la résistance au système.

Qui croire quand tout ce qui s’apparente à une forme de pouvoir devient objet de suspicion et de contestation ? Quand s’installe l’impression qu’on existe non par l‘adhésion mais par la résistance au système et qu’émergent un peu partout des éruptions citoyennes que le politique n‘a ni perçues ni prises en compte. Aujourd‘hui, ce n‘est plus le pouvoir institutionnel qui stabilise. Il est de moins en moins possible pour les détenteurs de l’autorité d’imposer leur ordre par l‘obéissance et la conformité. Il est indispensable aujourd’hui de permettre à chacun de se construire une conviction, seule possibilité pour qu‘il puisse adhérer. Il faut retrouver le sens de la controverse. Passer de l‘obéissance à l‘adhésion, c’est passer du culte de l‘unité et de la conformité à la reconnaissance de l’unicité (de chaque interlocuteur) et de la diversité…

L‘autorité s’impose de moins en moins par l‘obéissance. Il faut permettre à chacun de se construire une conviction pour adhérer, passer du culte de l‘unité et de la conformité à la reconnaissance de la diversité.

La communication publique a longtemps eu pour seule fonction de valoriser ou de justifier des décisions politiques. Il faut désormais qu’elle soit une forme d‘autorité qui grandit celui qui l‘exerce et fait grandir celui qui la reçoit. Une communication apprenante. Aussi « grand » soit-il, roi, savant, ministre, journaliste, l‘émetteur ne vaut que s’il reconnaît le récepteur comme un interlocuteur, un acteur, un égal. À bien des titres le communicant public ressemble à l’agriculteur qui sait qu’il ne peut pas semer sur sol non préparé. Il doit prendre le temps de préparer le terrain – l‘opinion – pour qu‘il soit prêt à recevoir. C’est un choc de temporalité : il a fallu 15 ans pour que les Français comprennent que la ceinture de sécurité était un moyen de protéger, que fumer était dangereux pour leur santé. Pour le changement climatique, ce n‘est pas encore gagné…

Dans la communication publique ainsi comprise, l‘humilité est une vertu cardinale : l’émetteur doit se garder de communiquer sur… l’émetteur ; il ne s’agit pas de promouvoir des personnes mais de valoriser des causes. Des causes, pas des intérêts. Les causes transcendent les peuples, les intérêts les déchirent. Or souvent la communication institutionnelle est suspecte de défendre les intérêts des institutions, de leurs agents et, surtout, de leurs dirigeants.

On ne peut pas vivre sans un minimum de certitudes voire de croyances. Même infondées. C’est le problème.

Mais, dans ces batailles d‘influences dans lesquelles le public est désormais acteur, la puissance des moyens financiers à la disposition d‘intérêts catégoriels a pour pendant l’insuffisance et la diminution de la puissance budgétaire des autorités publiques locales, nationales et internationales – la Commission Européenne peut-elle avoir une lecture objective de l‘influence de Monsanto sur le glyphosate ? Ce déséquilibre crée le doute dans l‘opinion au point que tout expert ou tout juge devient suspect de soumission à des intérêts financiers ou à des préjugés idéologiques.
Qui croire ? Sommes-nous sûrs, nous-mêmes, de notre libre-arbitre ? La récente affaire Facebook Cambridge Analytica ne peut que renforcer ce soupçon de la capacité désormais donnée aux puissants de nous cibler avec une terrible précision en s’appuyant sur la maîtrise de banques de données, d’analyser et d’influencer notre comportement par une communication parfaitement manipulatrice : nous sommes entrés dans l‘économie comportementale. Un fabricant de Pokémon, vice-président de Google, disait : « Vous n‘avez plus de vie privée, vous êtes des limaces informaticiennes », vous laissez des traces partout et la vraie richesse, la puissance, c‘est de posséder des banques de données que vous abondez vous-même !

Viser non à séduire mais à convaincre, à créer une dynamique d‘adhésion ; rassurer, accompagner, motiver, mobiliser et, surtout, responsabiliser.

Que croire ? L’homme ne peut pas vivre sans un minimum de certitudes voire de croyances. Même infondées. C’est le problème. La disparition de croyances fait émerger de nouvelles croyances qui enferment. C’est pourquoi la communication publique ne doit pas avoir pour but de séduire, d’attirer – et d‘enfermer – dans un camp de croyants, mais de convaincre, de retrouver un chemin, de créer une dynamique d‘adhésion. Qui dit chemin dit but. Et but désirable : où avons-nous envie d‘aller ? Martin Luther King n‘a pas dit « j‘ai un plan » mais « j‘ai un rêve ». Oui, la communication doit être porteuse d‘un rêve. Pas d’un rêve technologique ou numérique. D’un rêve humain. Nos enfants ne s‘émerveillent plus de l‘intelligence de l‘artisan, du peintre ou de l‘artiste, on banalise tout. La communication doit nous redonner le désir, la gourmandise du futur.
Ce n’est pas évident : par exemple, tout le monde est convaincu que les jeunes n‘auront pas de retraites, que celle des anciens diminuera. Cette anxiété n‘a rien à voir avec la réalité : notre système de retraite est aujourd’hui pratiquement à l’équilibre. Il faut savoir analyser ce climat pour concevoir le contenu, optimiser la recevabilité, l’efficacité de la communication. Comment rassurer, accompagner, motiver, mobiliser et surtout responsabiliser ?

La consultation citoyenne doit donner au citoyen le temps et les moyens de comprendre les enjeux.

Car c’est quand le consommateur se sent responsable qu‘il devient une puissance. Ce sont les consommateurs qui ont poussé au bio, qui ont amené Lactalis à sortir du silence. Ce sont les citoyens qui aujourd‘hui doivent être responsabilisés par la mobilisation d‘une intelligence collective. Pas dans l’urgence et le n’importe quoi : la consultation citoyenne doit fournir au citoyen le temps et les moyens de comprendre les enjeux. Je suis pour un processus délibératif de jurys qui donne aux gens les éléments de connaissance et de contexte indispensables pour comprendre le sujet. C’est ainsi que le gouvernement australien a constitué des jurys citoyens qui ont abouti à un référendum sur les droits aux aborigènes ; que l’Irlande a procédé avec le droit pour l‘avortement.

Le politique est-il là pour guider le peuple ou pour le suivre ? On ne surfe pas très longtemps sur la crête d’une vague.

En matière de communication, la difficulté tient, dans une société diverse, à ce qu’un même message puisse tenir compte de la singularité des récepteurs. S’agissant des retraites, responsabiliser les acteurs et éclairer leurs décisions implique à la fois des simulations individuelles et des simulations collectives pour visualiser les enjeux d’ensemble : si on ne s’inscrit pas dans un projet de société, il est à craindre que les jeunes n’en viennent à refuser de financer un système dont ils pensent qu’ils ne bénéficieront pas et que les retraités s’enferment dans un égoïsme générationnel. La communication publique doit retrouver la dynamique du collectif. En matière d’impôt, par exemple, il est essentiel de revenir au sens de la contribution, de la solidarité : payer un peu plus de CSG pour les retraités, c’est donner un peu plus de pouvoir d’achat aux actifs ; et se plaindre en sortant de l’hôpital de la qualité des repas, c’est oublier que la collectivité a dépensé 20 000 euros pour vous sauver de l‘infarctus !

Combiner et créer des dynamiques qui échappent au manichéisme binaire, un rôle essentiel pour la communication publique.

Car la communication publique est une bataille de dynamiques. La dynamique des peurs peut avoir son utilité, dans le domaine de la sécurité routière, par exemple, mais peut être négative lorsqu‘elle tétanise les comportements. La dynamique des actes doit être en cohérence avec les enjeux annoncés, car nos concitoyens sont devenus des Saint-Thomas. Regardons le divorce constaté entre progrès économique et progrès social, regardons les éruptions citoyennes, la résistance des peuples et la contestation des démocraties. Victor Hugo disait qu’il y a « des moments où la foule peut écraser le peuple ».
Ce qui conduit à la question : le politique est-il là pour guider le peuple ou pour le suivre ? En fonction de la réponse, la communication est totalement différente. On peut bien sûr épouser l‘air du moment. Mais on ne surfe pas très longtemps sur la crête d’une vague. Le laboureur met plus de temps à creuser son sillon, mais il récolte une moisson. Pour convaincre, pour construire une conviction, il faut tenir le même sillon avec constance.
Combiner et créer des dynamiques qui échappent au manichéisme d’un monde binaire : le rôle de la communication publique va être de plus en plus important. À condition d’être porteuse d‘un repère de sincérité qui permette de se construire une conviction. Dans un monde de plus en plus offert aux manipulations et aux manipulateurs, on aurait besoin de références, de crédit, d’intérêt général. Mais le monde d‘aujourd‘hui semble bien davantage préoccupé par l’intérêt des marchés que par l‘apaisement des peuples. Attention.

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