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Quand l’incertitude fait système

Daniel Agacinski Chef de projet, département société et politiques sociales, France Stratégie

Publié le 06 Juil 2017

Il peut y avoir une forme de paradoxe à juger notre monde « incertain », alors que jamais sans doute il n’a été autant observé, scruté, sondé, quantifié, mesuré… En dépit de cette masse inédite de connaissances, nous partageons souvent l’impression de ne pas comprendre « ce qui se passe ». Ce n’est pas seulement l’avenir qui est incertain – il l’est toujours et nécessairement, puisque nous sommes dans l’ignorance aussi bien de ce qui va nous arriver que de ce que nous allons en faire – ; c’est le présent lui-même dont l’intelligibilité semble parfois se dérober.

Gouverner sans comprendre

Il faut donc supposer qu’il y a, dans les manières que nous avons d’appréhender ce qui nous entoure, quelque chose qui fait défaut, qui ne nous livre pas ce dont nous aurions besoin. On peut trouver cette défaillance à plusieurs niveaux. Tout d’abord, un savoir qui se donne sous la forme de la mesure, du chiffre, ne suffit pas pour nous faire accéder au sens du phénomène qu’on étudie.

Un savoir qui se donne sous forme de mesure, de chiffre, ne suffit pas pour faire accéder au sens d’un phénomène.

Ensuite, contrairement à la statistique publique – délibérément et historiquement construite pour donner à l’État des outils de connaissance portant sur les réalités qui sont ontologiquement de son ressort (un territoire, une population…) et adaptés à ses moyens d’action – le traitement automatisé des données massives, lui, révèle aujourd’hui des corrélations sans qu’il ait été nécessaire de formuler des hypothèses interprétatives préalables.

Dans les masses de données, la tentation est forte de ne prêter attention qu’à ce qui étaye nos préconceptions.

Antoinette Rouvroy parle de « gouvernementalité algorithmique » pour caractériser le régime de pouvoir qui prend appui sur ce type de corrélations, non-signifiantes en elles-mêmes, pour analyser la conduite des citoyens. S’en tenir à cette approche, ce serait se condamner à gouverner sans comprendre.

L’incertitude que nous vivons est peut-être moins l’absence que la coexistence de certitudes, contradictoires et étrangères les unes aux autres.

Et, dans ces masses de données, la tentation est forte de ne prêter attention qu’à ce qui étaye nos préconceptions. Le biais de confirmation, déterminant dans le fonctionnement de l’attention sélective, trouve donc un terrain très propice dans cet espace caractérisé par « l’infobésité ». Autrement dit, une information plus abondante ne prémunit en rien contre une sélection subjective des données que chacun considère comme pertinentes – ni donc contre la formation des désormais fameuses « bulles » dans lesquelles s’enferment différents groupes sociaux. L’incertitude que nous vivons est alors peut-être moins l’absence de toute certitude que la coexistence juxtaposée de certitudes contradictoires, étrangères les unes aux autres…

Je ne vois que ce que je crois

De ce point de vue, les interrogations consacrées à l’idée de « post-vérité » risquent de manquer un aspect important du phénomène : avons-nous d’abord un problème avec la notion de vérité ou avec celle, moins intellectuelle et plus affective, de réalité ? Quand nous ne parvenons pas à nous accorder sur les priorités de l’action publique, pensons-nous nécessairement que nos adversaires mentent ? Qu’il s’agisse de migrants morts en Méditerranée, du changement climatique, des violences et des incivilités, de la fraude fiscale, l’indifférence n’est-elle pas plus fréquente que la dénégation explicite ou le conspirationnisme ? Nul besoin d’échafauder un discours de réfutation de telle ou telle chose pour ne pas la voir, pour ne pas être affecté par elle, pour ne pas la considérer comme « réelle ».

Avons-nous un problème avec la vérité ou avec la réalité ? L’indifférence n’est-elle pas plus fréquente que la dénégation explicite ?

Inversant la phrase fameuse de l’apôtre Thomas, Madani Cheurfa résumait cette situation par la formule : « Je ne vois que ce que je crois ». Ce qui revient à dire que la polarisation de la société – déjà bien analysée, notamment aux États-Unis – en matière de valeurs concerne aussi, plus radicalement, la sensibilité aux faits. On se trouve donc dans un paysage caractérisé par des certitudes parfois fortes, mais partagées uniquement par des groupes cloisonnés, entre lesquels il n’y a pas toujours de communication possible.

Dès lors qu’on a le sentiment que cet ensemble n’apporte plus ce qu’il promet, la défiance peut devenir aussi systémique que l’était la confiance.

Quel peut dès lors être la place des institutions publiques dans un tel paysage ? L’une des difficultés qu’elles rencontrent tient au fait qu’elles ne se situent pas au-dessus du monde social mais qu’elles en sont déjà et toujours parties prenantes. À ce titre, les informations qu’elles diffusent et les messages qu’elles délivrent s’insèrent généralement dans les mêmes flux et passent par les mêmes canaux que tout autre type de message. Si bien que les actes de communication des institutions publiques font face aux mêmes biais cognitifs, aux mêmes phénomènes d’attention sélective. Auprès d’un public favorablement disposé à l’égard de telle parole institutionnelle, il sera possible de transmettre un message pourvu d’une forme d’autorité. Inversement, face à ceux qui témoignent d’un rejet à l’égard de l’institution, toute communication peut rapidement devenir contre-productive.

La défiance, comme la confiance, fait système

Ce que nous avons examiné, à France Stratégie, en préparant le rapport Lignes de faille – et que nous allons continuer à étudier en 2017 dans le cadre d’un séminaire consacré à la défiance envers l’expertise – c’est la dimension systémique de ce rejet ou de cette défiance, ses ressorts et ses conséquences. On peut considérer qu’il y a eu, en France en particulier, après la Seconde Guerre mondiale et au cours des Trente Glorieuses, une sorte de confiance systémique entretenue par une solidarité étroite entre les institutions républicaines (en dépit de leurs agencements variés), la promesse de croissance économique et les corps d’élite chargés de concevoir et de mettre en oeuvre ces promesses – énarques, ingénieurs…, en un mot : experts. Et dès lors qu’on éprouve le sentiment que cet ensemble n’apporte plus ce qu’il promet, alors la défiance peut devenir aussi systémique que l’était la confiance. Par exemple, si la République annonce la croissance et que la croissance n’est pas au rendez-vous, on va douter de la République. De même l’Europe…

Il y a eu, durant les Trente Glorieuses, une confiance systémique entretenue par la solidarité entre institutions républicaines, promesse de croissance économique et corps d’élite chargés de la mettre en œuvre.

Il apparaît donc que la confiance ne peut naître que d’une relative adéquation entre ce qu’on attend d’un système institutionnel, ce qu’il promet, et ce qu’il délivre effectivement. D’où la question de savoir ce qu’on attend d’une institution – ce qui nous ramène à l’incertitude… De façon générale, qu’elle soit sociale, économique, régalienne ou politique, l’institution est ce dont se dote un collectif humain pour introduire de la stabilité, de la lisibilité et de la prévisibilité dans les relations entre les personnes, pour y réduire le champ des incertitudes, pourrait-on dire.

La confiance ne peut naître que d’une relative adéquation entre ce qu’on attend d’un système institutionnel, ce qu’il promet et ce qu’il délivre effectivement.

Si l’institution ne semble pas en mesure de tenir cette promesse, alors le sens même de la participation au collectif devient incertain : aujourd’hui nous mesurons en effet à la fois une inquiétude forte quant à la capacité de la société française à vivre durablement « ensemble » et « en bonne entente », un espoir de s’en sortir individuellement mieux que la société dans son ensemble, et un déclin sensible du consentement aux règles de la solidarité, notamment à l’impôt. L’une des conclusions du rapport Lignes de faille était que, face au caractère systémique de la défiance, aucune instance ne pouvait raisonnablement espérer seule renouer une confiance durable en se réformant, même de la façon la plus sincère qui soit, et qu’il fallait donc en appeler à une réponse plus globale, portant sur la définition de ce qu’on appelle habituellement le pacte social, donc de registre politique. Cela ne signifie pas pour autant que, notamment dans sa manière de communiquer, chaque institution publique n’a pas une responsabilité dans l’évolution du climat social.

Rendre le monde plus lisible

Dans la mesure où le rôle des institutions est de bâtir un monde partageable fait de relations intelligibles, autrement dit d’établir un ensemble d’objets (infrastructures, bâtiments, symboles, règles, valeurs, images, textes…) pouvant servir de référence commune à un « nous », elles doivent veiller à ce que les signes qu’elles émettent produisent cet effet d’habilitation, d’intégration de l’individu dans le collectif, et prévenir les effets de segmentation, d’exclusion ou de polarisation qui sont en contradiction directe avec cette finalité essentielle. Un communicant dont je tairai le nom se vante de dire à ses clients : « racontez des histoires mais n’utilisez pas d’argument, car tout argument ouvre la voie à un contre-argument» . Ce principe, qui peut s’entendre pour une marque privée, semble destructeur dans la sphère publique : c’est précisément parce que l’argumentation ouvre la possibilité de la controverse qu’elle permet d’appréhender le monde sous une pluralité de points de vue, de faire varier les perspectives et ainsi de le rendre intelligible.

Face au caractère systémique de la défiance, il faut une réponse plus globale, portant sur la définition du pacte social, donc de registre politique.

Façonner et éclairer les objets de notre monde commun de telle façon que des controverses soient possibles, plutôt que flatter nos préconceptions par des histoires qui les confortent : cela ne suffira pas nécessairement à faire exploser les bulles informationnelles, mais cela peut contribuer à les dégonfler.

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