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Nouveau président : nouvelle présidence ?

Stéphane Rozès Président de Conseils, analyses et perspectives (CAP), enseignant à Sciences Po et Hec

Publié le 15 Mar 2018

_Notre nouveau président exerce-t-il la présidence de façon nouvelle ?

Stéphane Rozès – Depuis des siècles, le politique nous assemble toujours de la même façon : au travers d’une « dispute commune ». Le commun doit se projeter dans l’espace, le temps, ou sinon dans une incarnation politique forte, de sorte d’y encastrer au travers d’une dispute politique, les différences d’origine ethnique, sociale et territoriale qui nous caractérisent depuis toujours.

Cependant, la vie politique et ses institutions sont protéiformes. Elles changent selon les capacités et les modalités de projections vers un réel sans cesse changeant. Il n’y a ni nouveauté ni retour du passé. Il y a un imaginaire de notre peuple qui agit souterrainement selon des modalités variables. L’histoire d’un peuple, ce sont des variations sur un même thème. Dans cette partition, « le souverain interprète le spectacle du peuple », remarquait déjà Hobbes.

Ainsi s’explique le paradoxe d’un jeune président qui peut en même temps parler de start up nation et convoquer régulièrement, rituellement, symboliquement et théoriquement notre tradition politique faite d’esprit républicain et de posture monarchique. Le soir de son élection, lors de son premier discours de président, il était adossé au Louvre – la royauté – et à la Pyramide – la culture séculaire -, avec la perspective des Tuileries et de la Concorde, hauts lieux de la Révolution, de l’Arc de triomphe, décision de Napoléon et tombeau du soldat inconnu de la Grande guerre. Avec, au loin, les tours du quartier d’affaires de la Défense emblématique du tournant vers le XXIème siècle.

Le nouveau président s’adosse au passé pour projeter le pays dans l’avenir. Il l’a dit devant le Congrès : « le premier mandat que m’ont confié les Français, c’est de restaurer la souveraineté de la Nation ». Il pourra ensuite reparler de l’Europe comme de la France en grand. Il promet de transformer la France à partir de ce qu’elle est. Ni le peuple ni la nation ne sont responsables de notre malheur, c’était le système politique et le sommet de l’État qu’il fallait changer pour renaître. Dès lors, il ne s’agissait ni de se soumettre ni de résister  à la mondialisation mais bien de renouer avec un destin qui ne soit pas forgé par des contraintes extérieures.

C’était reconnaître que notre dépression venait de la contradiction entre notre nation nécessairement projective pour se mettre en marche et un sommet de l’État qui utilisait l’Europe et la mondialisation comme une justification de réformes, dont Emmanuel Macron dira très justement à Bucarest que les Français les refusent quand elles semblent imposées de l’extérieur. Mais on peut transformer la France à partir de ce qu’elle est. Et comme elle est universaliste, elle doit se projeter.

« Le souverain interprète le spectacle du peuple. »
Hobbes

La raison profonde de la victoire d’Emmanuel Macron vient de ce qu’il a semblé, en réactivant notre imaginaire, nous permettre de nous réapproprier notre destin, quand le renoncement du président sortant semblait acter cette impossibilité. La question première n’était plus celle des modalités sociales de notre destin – qui structurent l’axe droite-gauche – mais le destin de notre pays face au monde extérieur. La nouveauté de ce président est qu’il pense la société comme un ensemble, culturel, politique et économique. Il assume la double dimension, spirituelle et temporelle, du pouvoir présidentiel. Quitte à se mettre en tension avec ce que fait son gouvernement.

Le nouveau président s’adosse au passé pour projeter le pays dans l’avenir.

_ Jupiter parle peu. Quand doit-il parler ? Pour dire quoi ?

SR – Le Président parle peu mais régulièrement et directement aux Français. Il contourne les corps intermédiaires, partis, journalistes et experts. Son adresse aux fans de Johny Hallyday est révélatrice d’une conception verticale et directe de la parole présidentielle. Plus les marchés et les réseaux segmentent horizontalement les individus, plus cette segmentation rend nécessaire une symbolique verticale du pouvoir qui permet à des individus tiraillés entre eux et en eux-mêmes de se retrouver dans une figure. « Vous aviez besoin de Johnny ! Mais Johnny avait besoin de vous ! ». Voilà une parole bonapartiste ! L’empereur disait : « Je tiens mon pouvoir de l’imagination du peuple. Quand j’en serai privé, je ne serai plus rien ». Le jeune président entretient la dimension symbolique de don et contre-don du politique qui lie le peuple et le monarque républicain. Il dit que la France est une « grande nation » qui a un avenir, que chacun y a sa place pourvu qu’il se mette en marche.

Les classes moyennes ont les moyens de le croire. Les catégories populaires restent dans l’attente de la destination de la marche et de notre modèle social.

Le Président est convaincu de la force performative du Verbe. Même s’il ne semble pas éprouver le besoin de s’assurer d’une bonne compréhension de ce qu’il dit, cette assurance, cette constance et cette détermination commencent peu à peu à rencontrer le pays. Y compris les catégories populaires, plus sensibles à la dimension d’incarnation et à la verticalité en politique, parce qu’elle relie entre eux les individus insécurisés économiquement.

La raison profonde de sa victoire vient de ce qu’il a semblé, en réactivant notre imaginaire, nous permettre de nous réapproprier notre destin.

_L’incarnation avant le programme ?

SR – Oui, le macronisme est un avatar du bonapartisme. Il y a des périodes de notre histoire, comme aujourd’hui, où l’espace de projection n’est plus suffisant pour que puisse s’y déployer la dispute commune qui agit l’imaginaire français. Ainsi, l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron a-t-elle été favorisée par la relativisation du clivage gauche/droite, dont le fondement est la dispute sociale. Car il s’agissait de répondre à une question plus décisive : « La France peut-elle survivre ? ». Dans ces moments, le contenu des programmes alternatifs à dimension temporelle est relativisé au profit du contenu à dimension spirituelle de l’incarnation du commun. De ce point de vue, 2018 est l’inverse de 1968 et ressemble davantage à 1958.

Ce président assume la double dimension, spirituelle et temporelle, du pouvoir présidentiel.

_ Un pouvoir charismatique, solaire. Solitaire ? Un président et un peuple. Quelles limites ?

SR – Oui, solitaire. Il pourrait revendiquer la phrase de René Char : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». Héritier de l’imaginaire français, le Président n’aime prendre exemple ni sur une personne ni sur un personnage. Quelles limites ? Pour l’heure, il y a trois angles morts du macronisme.

Le premier tient à la nature de notre dépression et des rapports entre la Nation, l’État et l’Europe. Emmanuel Macron postule que la dépression du pays et la défiance des Français procèdent du dysfonctionnement des institutions, des pratiques du personnel politique, de l’épuisement du débat politique et des anciens clivages. Selon moi, il s’agit là d’un effet et non de la cause. La cause de notre dépression est la difficulté voire l’impossibilité pour les Français de déployer leur imaginaire dans une Europe procédurale où la gouvernance, par les règles juridiques et économiques, s’impose sans le préalable d’une dispute commune, a fortiori d’un consentement. Le sommet de l’État est animé par le « comment ? ». Il sort des gonds de la Nation, qui s’interroge au préalable sur le « pourquoi ?».

Plus les marchés et les réseaux segmentent horizontalement les individus, plus est nécessaire une symbolique verticale du pouvoir.

_ Le problème de la France et des Français, c’est donc l’Europe ?

SR – Pas l’Europe ! Ses modalités actuelles. La clé de la réussite européenne, c’est de faire bouger la France et l’Allemagne. Après la chute du Mur, dans une Europe éloignée du spectre de la guerre et libérée de l’ennemi totalitaire, la procédure est devenue une fin. L’imaginaire allemand, qui fait de la règle et de l’effort une finalité, prévaut dorénavant. Or, si Malraux a pu dire que les Anglais ne sont jamais aussi grands que quand ils sont seuls, notre Pays a perpétuellement besoin – des Croisades aux guerres napoléoniennes, des conquêtes coloniales à la construction européennes – « d’embrasser le monde », de s’y projeter comme un prolongement et dépassement de ce que nous sommes pour tenir ensemble la diversité qui lui est consubstantielle.

La dimension spirituelle de l’incarnation du commun relativise les programmes : 2018 est l’inverse de 1968 et ressemble davantage à 1958.

_L’unité française n’est possible qu’à travers des projections ?

SR – Oui. Mais attention – c’est le second angle mort du macronisme – on ne peut pas dire que « le premier mandat que m’ont confié les Français, c’est de restaurer la souveraineté de la Nation » et, en même temps, qu’il y a « une souveraineté européenne ». La souveraineté est indexée sur un peuple. Or il n’y a pas un mais des peuples européens.

Si l’Europe recule économiquement et se replie politiquement, c’est que sa gouvernance et ses politiques sont contraires au génie européen. Depuis l’Antiquité, depuis la Mare Nostrum, ce qui fait le génie européen et donc la pensée occidentale, c’est d’être un bouquet de peuples qui pensent différemment les équilibres entre le bon, le juste et l’efficace. Ce qui conduit en ce moment le monde à sa perte, et singulièrement l’Europe, c’est la prétention naïve que l’efficacité économique rapproche les peuples et fait les sociétés.

Notre dépression tient à la difficulté de déployer notre imaginaire dans une Europe procédurale. Notre pays a besoin d’embrasser le monde, de s’y projeter pour tenir ensemble la diversité qui lui est consubstantielle.

On a pensé fusionner les peuples au sein de l’Union par des politiques monétaires et budgétaires uniques, mêlant par le haut l’universalisme et la transcendance française à l’ordo-libéralisme allemand. Prévaut l’idée que pour faire bouger l’Allemagne il faudrait d’abord lui donner des gages de rigueur budgétaire. Cela empêche notre transformation. Pour tenir les déficits, on est amené à qualifier les investissements des collectivités territoriales de dépenses à raboter. On confond la stratégie et la prospective, les fins et les moyens. La dette en France est comme un privilège de l’État, un attribut de la souveraineté nationale ! Pour les Français, « dette » n’est pas l’homonyme de « culpabilité » (schuld). Pour les Allemands, la finalité depuis 1945 est d’abord économique : c’est la rigueur qui tient ensemble les Allemands. Le surmoi de l’Allemagne d’après-guerre l’empêche – encore – de se projeter comme la nation dominante en Europe. Les Allemands ont l’illusion que l’économie ce n’est pas la politique. Il faut leur rappeler que ce qui fait la force de l’Europe, c’est l’assemblage de la diversité culturelle, politique, économique et sociale. L’important c’est ce qu’on a à faire ensemble. Et l’État est l’instrument de ce faire-ensemble. La complémentarité doit permettre des politiques européennes communes, pas avec des politiques uniques qui donnent aux peuples européens le sentiment que leurs destins leur échappent, les déstabilisent politiquement et provoquent des régressions anti-démocratiques.

Le troisième angle mort du macronisme, c’est que seule l’incarnation présidentielle relie la verticalité politique du pouvoir et l’horizontalité des marchés et réseaux. Chacun voit le monde extérieur à partir de son monde intérieur. Le monde intérieur d’Emmanuel Macron est celui du « en même temps ». Cela induit une pensée très féconde du point de vue philosophique, sociologique et politique. Mais le risque, c’est de ne pas voir les constantes, ce qu’il y a de pérenne dans la façon dont les peuples s’approprient le réel par leur imaginaire.

Le Président croit que la symbolique du politique et la force performative du verbe suffisent à entraîner.

Le souverain n’est pas l’auteur, il n’est que l’interprète du peuple. L’incarnation présidentielle n’est pas une fin mais un moyen au service d’un imaginaire singulier, d’un modèle français qu’il faut transformer à partir de sa cohérence. Or le Président Macron n’aime pas se laisser enfermer…

« Je suis de tempérament monarchiste et d’esprit républicain. »
Napoléon

_Un pouvoir, même charismatique, ne peut se contenter de disciples. Même Jupiter doit se trouver des alliés, des relais…

SR – Manifestement, Emmanuel Macron croit que la symbolique du politique et la force performative du verbe suffisent à entraîner par le bas les échelons intermédiaires. Pour mettre le pays en marche, il n’explicite pas beaucoup, comme si l’image qui rassemble devait suffire. Si on précise, on segmente ! Et cela peut déconcerter. Napoléon disait : « Je suis de tempérament monarchiste et d’esprit républicain ». Au Président la monarchie, la symbolique, la vision. Aux législateurs, aux élus et aux territoires, la République. En même temps. Il pense que la symbolique prime. Ca n’est pas faux dès lors qu’une renaissance européenne permet de limiter la tension entre la symbolique que porte Emmanuel Macron et la politique de son gouvernement.

 

Propos recueillis par Pierre-Alain Douay

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