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Moyen âge : la démocratie, déjà ?

Jacques Dalarun Directeur de recherche au CNRS, membre de l'institut de France

Publié le 06 Juil 2017

Le Moyen Âge occidental est d’ordinaire considéré comme un trou noir de la démocratie. Certes, on peut citer telle ou telle assemblée nordique des hommes libres, le régime communal lié à la renaissance urbaine ou le début du parlementarisme anglais avec la Grande Charte. Mais ces tentatives ne pèsent guère face à la suprématie du principe dynastique dans les monarchies qui, par le biais de la féodalisation, s’insinua jusqu’aux plus infimes détenteurs d’une parcelle de la puissance publique.

Vicariat

Il en est tout autrement dans la sphère religieuse. La chasteté à laquelle l’appareil ecclésial était tenu rendait par principe impossible une transmission des charges par le simple jeu de la filiation biologique. Il fallut inventer. Ces tâtonnements sont visibles dans la Règle de Saint Benoît, les communautés de Fontevraud ou de Grandmont, la Correspondance d’Abélard et d’Héloïse, les Ordres nés de Dominique de Guzmán, de François et de Claire d’Assise.

La chasteté à laquelle l’appareil ecclésial était tenu rendait par principe impossible une transmission des charges par filiation. Il fallut inventer.

Le gouvernement médiéval est toujours un vicariat : l’élection par les hommes ne fait que révéler l’élu de Dieu. Electio désigne l’acte de choisir, sans présupposer la procédure suivie, mais le terme résonne de la dilectio, l’amour de Dieu pour ses élus. Certes, l’élection ne suffit pas à faire la démocratie : le Moyen Âge a aussi connu les monarchies électives et, une fois élu, l’abbé bénédictin a tout du monarque. Mais le fait est qu’au XIIIe siècle, les fondateurs d’ordres religieux révolutionnèrent la « gouvernance » : les communautés régulières médiévales ont été des laboratoires du processus électif et délibératif.

Le gouvernement médiéval est un vicariat : l’élection par les hommes ne fait que révéler l’élu de Dieu.

On peut en écrire l’histoire comme un progrès : de l’imposition du supérieur à sa désignation par la communauté, de l’unanimité au scrutin, de la sanior pars à la maior pars. Sans oublier les procédures de contestation ou de déposition des supérieurs indignes et le passage de mandats viagers à des mandats à durée déterminée. Ni les rémanences : l’élu reste aujourd’hui celui qui a reçu l’« onction » du suffrage universel.

Règle du jeu

Les communautés régulières se définissent par une règle du jeu régissant de manière contractuelle les relations intracommunautaires. Dans la Règle de Saint Benoît, compilée vers le milieu du VIe siècle, tout part de « l’abbé, celui qui est digne d’être à la tête du monastère » et « agit dans le monastère à la place du Christ ». Mais la procédure de désignation n’apparaît qu’au chapitre 64 (sur 73). Cette place tardive est fréquente dans les textes rédigés du vivant du fondateur : lui-même s’est imposé par son charisme et a souvent prévu la désignation de son successeur. Il faut que le fondateur soit proche de sa fin, voire que plusieurs générations de supérieurs aient passé, pour qu’on s’inquiète de mettre au point une procédure de désignation. « Dans l’ordination de l’abbé, qu’on considère toujours cette raison : que soit institué celui que la toute communauté, selon la crainte de Dieu, élit d’un commun accord, ou encore qu’une part même petite de la congrégation élit d’un plus sain conseil (sanior pars) ».

L’élection ne fait pas la démocratie : une fois élu, l’abbé bénédictin a tout du monarque.

Ce « commun accord » révélant la volonté divine procédait le plus souvent de la délibération ou du ralliement d’une partie à l’autre. Dans une démocratie bien réglée, les élections sont in fine unanimes, puisque le résultat est unanimement admis. À défaut, la part d’un « plus sain conseil » peut être déterminée par un critère d’âge, d’autorité, d’ancienneté dans la communauté. Le corpus des règles monastiques s’est constitué en vase clos. L’habit, la liturgie collective, le travail partagé, le réfectoire, le dortoir commun, le conseil réuni par l’abbé pour entendre l’avis des moines avant de prendre sa décision : toutes ces mesures avaient un effet incorporant. Si une obéissance aveugle était due à l’abbé, Benoît répète à l’envi que l’abbé est responsable et comptable de ses frères et de leurs fautes – devant Dieu –, qu’il doit l’emporter par l’exemple, qu’il doit servir et non dominer, qu’il doit être aimé plutôt que craint. Selon l’Évangile, celui qui détient le pouvoir doit être au service de ceux qu’il gouverne. L’élection de l’abbé par la communauté naît d’un rapport pastoral qui joue de l’inversion du haut et du bas, de la tête et des membres.

Au XIIIe siècle, les communautés régulières médiévales ont été des laboratoires du processus électif et délibératif.

Règle bénédictine

En 817, Louis le Pieux imposa la Règle bénédictine à tous les monastères de l’empire carolingien. Le plus ancien coutumier de Cluny, dans la première moitié du XIe siècle, prévoit que « l’abbé est élu par toute la communauté en présence de l’évêque du diocèse et du seigneur dont l’abbaye dépend, sans aucune faveur ni aucun argent ». En réalité, il fallut attendre 1049, qu’un abbé mourût sans avoir désigné de successeur, pour qu’enfin un abbé de Cluny soit élu par les moines selon la procédure qui avait la préférence de la Règle bénédictine : l’unanimité. La communauté se réunit dans la salle du chapitre, chante un psaume et dit une oraison. Les « frères spirituels » élisent alors l’abbé. Le prieur remet à l’élu le bâton pastoral. C’est bien la communauté qui installe l’abbé dans ses fonctions. Le lendemain, l’évêque s’enquiert de l’unanimité du choix. Le surlendemain, il bénit l’élu, au milieu des litanies, des oraisons et du Te Deum.

Dans une démocratie bien réglée, les élections sont in fine unanimes, puisque le résultat est unanimement admis.

De bout en bout, ce processus liturgisé affirme l’indépendance de Cluny : l’évêque ne fait que ratifier l’élection. Alors que la transmission d’abbé en abbé réclamait des témoins nombreux, clercs et laïcs, pour consolider la décision individuelle d’un mourant, l’unanimité communautaire suffit désormais à faire l’abbé et renforce donc la monarchie abbatiale : le corps fait bloc autour de la tête, puisque la tête émane du corps.

Cîteaux

Dans la charte de Cîteaux, fondée en 1098, le principe d’unanimité pour l’élection des abbés n’est plus invoqué mais les moines sont exhortés à respecter l’élection : « Quelque personne qu’élisent les moines, de quelque des communautés de notre Ordre qu’elle provienne, qu’ils l’acceptent sans opposition ». La procédure électorale devait être celle de la sanior pars. La charge abbatiale est viagère mais la déposition d’un abbé déméritant est prévue avec un luxe de détails. La véritable innovation est le « chapitre général » qui réunit chaque année à Cîteaux les abbés de tous les monastères : le dispositif marque un point d’équilibre entre l’autonomie des communautés locales et la cohésion d’une congrégation de monastères qui se constitue en Ordre. Par leur présence exclusive au chapitre général, leur contrôle personnel sur les abbayes filles, leur contrôle collectif sur Cîteaux, leur rôle prépondérant dans l’élection de son abbé, leur possible pression dans les élections des autres supérieurs, les abbés forment au sein de l’Ordre un appareil qui se réserve le monopole de tous les rapports verticaux ou transversaux. Et toute la procédure est réservée aux moines de chœur, aux clercs. Les convers, travailleurs manuels de plus humble extraction sociale, sont exclus du dispositif.

L’unanimité communautaire suffit à faire l’abbé et renforce la monarchie abbatiale : le corps fait bloc autour de la tête, puisque la tête émane du corps.

C’est avec les Ordres mendiants (Dominicains et Franciscains) que se mettent en place, au XIIIe siècle, des dispositifs qui, bien au-delà de la désignation du supérieur, peuvent légitimement être identifiés comme relevant du régime démocratique : mandats à temps déterminés, multiples procédures de contrôle voire de déposition des responsables, chapitres des dirigeants alternant avec les chapitres des représentants des frères, dotés à tour de rôle des mêmes pouvoirs délibératifs, etc.

Pas de modèle

Il serait absurde de voir dans la démocratie une invention des communautés religieuses médiévales. Les expériences évoquées ont surtout la vertu de nous rappeler qu’il n’existe pas de démocratie idéale, un modèle athénien désincarné. Si enseignement il y a, ce n’est pas que la démocratie est le régime qui vient naturellement à toute communauté humaine– mille cas contraires le démentent – c’est que la démocratie est sans cesse à inventer ; qu’elle est, chaque fois et chaque jour, originelle ; qu’elle ne peut être qu’endogène, en dépit des influences qui prétendent peser sur son éclosion. Puisqu’elle s’invente de l’intérieur, cette démocratie aux cent visages ne s’exporte ni ne s’importe. Elle ne saurait naître ni d’un modèle ni d’une contrainte, quand bien même celle-ci déborderait de bonnes intentions. Elle procède non pas d’une pression, mais d’un vide, d’une liberté conquise, d’un espace offert à l’imagination.

S’inventant de l’intérieur, cette démocratie aux cent visages ne s’exporte ni ne s’importe.

Le lien entre démocratie médiévale et démocratie contemporaine ne saurait se réduire à la lente chronique d’une désacralisation, d’un désenchantement. Quelles traces la dilection, l’unanimité, la saniorité, la liturgie, l’onction, le vicariat, le pastorat ont-ils laissé dans la légitimation de nos formes politiques et dans notre gouvernementalité : voilà les vraies questions, si tant est que l’histoire serve à éclairer notre présent et non à le justifier.

Dans l’Ordre des Sœurs pauvres, des femmes élisaient leur dirigeante selon une règle rédigée… en 1253.

Le Moyen Âge n’est qu’un moment de l’invention démocratique mais plus qu’un balbutiement. « Que l’élection de l’abbesse revienne librement à la communauté. » : l’article de la Règle du monastère de Longchamp, inspirée par Isabelle de France, sœur de Saint Louis, fait écho à la Forme de vie de l’Ordre des Sœurs pauvres rédigée par Claire d’Assise en 1253. Des femmes élisaient librement leur dirigeante selon un texte normatif élaboré par des femmes. En France, l’exclusion des femmes de la vie politique en France a duré au niveau national jusqu’en 1944. Le Moyen Âge n’était pas si arriéré.

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