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Moins il y a d'histoire, plus il y a de mémoire(s) par Régis Debray

MOINS IL Y A D’HISTOIRE, PLUS IL Y A DE MÉMOIRE(S)

RÉGIS DEBRAY Philosophe, écrivain, directeur de la revue Médium

Publié le 16 Nov 2014
Couverture PAROLE PUBLIQUE N°7

Je m’exprime ici en qualité de médiologue qui s’occupe des faits de transmission. La transmission est le contraire de la communication. En tout cas son complément, puisque que la communication s’occupe à faire passer une information dans l’espace et la transmission à la faire passer dans le temps. Ce qui est beaucoup plus difficile.

La mémoire et l’histoire

Quand Michel Wieviorka vante les mémoires­ qui viennent fouiller dans les coins obscurs du récit national, tirer au jour ce qui était sous le tapis, donner la parole aux faibles, je retrouve le vieil éloge de la société civile contre l’État auteur de récits­ formatés, imposés du haut. C’est une position de sociologue qui s’occupe de la société. Mais pas de la politique. Qu’est-ce que qu’un politique ? C’est un homme d’action. En quoi consiste l’action d’un politique ? À transformer un tas en un tout, à évoquer quelque chose qui a une unité et une continuité, c’est-à-dire à créer du commun.

“L’action d’un politique consiste à créer du commun.”

Créer du commun, cela veut dire trouver ou créer un grand schème, un mythe unificateur. Le problème, c’est que la mémoire­ est toujours militante et partielle. Les mémoires s’écrivent au pluriel. Elles constituent une privatisation du récit qui, de national, devient patrimonial : à chacun sa mémoire, en concurrence avec celle du voisin. L’ensemble, la ligne de fuite, s’estompe : moins il y a d’histoire, plus il y a de mémoire(s) ; moins il y a de projet historique, plus il y a de commémorations historiques, plus ou moins folklorique. On n’évoque plus un prototype à égaler, un défi à relever, mais un lieu de mémoire à visiter, un paragraphe de plus dans le Guide Bleu.

“La mémoire est toujours militante et partielle. Les mémoires constituent une privatisation du récit qui, de national, devient patrimonial.”

Convoquer de l’imaginaire, du mythe

La problématique du présent dossier illustre­ ce que les psychanalystes appellent injonction paradoxale : les communicants sont sollicités pour trouver “les ciments d’un récit mobilisateur” mais ils doivent “éviter les raccourcis simplistes qui offrent une écriture fantasmée de notre société et de son histoire”. Or, un récit qui parle au citoyen, qui donne de l’élan, c’est un récit qui convoque de l’imaginaire, du mythe.

“Les mythes sont les âmes de nos actions. Les fables font bouger les peuples. Il n’y a pas d’histoire sans quelque chose de fabuleux.”

Les historiens professionnels n’aiment pas les mythes. Ils veulent du scientifique. Ils ont oublié Valéry qui disait que l’histoire est elle-même un mythe, puisque c’est toujours avec des partis pris qu’on sélectionne des faits, des chronologies. Les mythes, pensent-ils, sont un dangereux produit de l’intellect. Mais ils disent aussi que sans mythe il n’y a pas d’action. Les mythes sont les âmes de nos actions : ne pouvant agir qu’en nous mouvant vers un fantôme, nous ne pouvons aimer que ce que nous créons. Les fables font bouger les peuples et les gens. Il n’y a pas d’histoire sans quelque chose de fabuleux. C’est par cela qu’on trouve le chemin unificateur.

Les pas du temps

Ma deuxième observation concerne les pas de temps, le rythme, le cycle temporel. Le problème de la communication, c’est évidemment son instantanéité, son immédiateté : le temps court dévore le temps long. Ce qui mène très vite à l’impossibilité de construire un récit intelligible. Quand je lis la presse sur la crise de la Crimée, je trouve des reportages très intéressants. Mais rien sur 1054 et 1204, les deux moments­ clés sans lesquels on n’y comprend rien. 1054, le schisme qui coupe l’Europe en deux, d’un côté les Orthodoxes, de l’autre les Latins, l’espace polono-lituanien d’un côté, l’Ukraine de l’ouest et l’espace orthodoxe russophone de l’autre. Et puis 1204, quelque chose de terrible, le sac de Constantinople par les Croisés. Pour nous, c’est très lointain, là-bas c’est très actuel, c’est dans les mémoires. Les Latins défont les Orthodoxes, ils violent, ils pillent. Cela crée comme un ressentiment…

Une antinomie entre communication et histoire

Je pense qu’il y a une antinomie entre les lois de la communication et les lois de l’intel­li­gi­bi­lité historique. S’il est vrai que le citoyen a de moins en moins de mémoire – effet, sans doute, de l’état de l’enseignement de l’histoire aujourd’hui –, l’histoire mondiale a de plus en plus de mémoire­. Parce que chaque civilisation tend à retrouver ses marques, que ces marques sont d’ordre religieux, et que les religions sont des longues mémoires. Ainsi, il y a de plus en plus de mémoire dans l’histoire collective et de moins en moins de mémoire­ dans les individus. Mais, à l’école, on n’étudie pas les chronologies longues, la diversité des civilisations, l’histoire des faits religieux. Il est donc normal qu’on y comprenne de moins en moins de choses. Un souvenir : la façon dont le projet de la Maison de l’histoire de France, à l’origine, a été refusé quasi unanimement par les historiens « sérieux », au nom de la science : « Assez de fables édifiantes, il n’y a pas de continuité dans l’histoire de France ! ». Un peu comme si un professeur commençait un cours sur la physique des corps matériels en disant qu’il faut éviter les vieilles obsessions de la masse et de l’énergie. Je récuse cette justification : je tiens qu’il y a une unité, une continuité, un fil directeur, un point de fuite. Le problème c’est que, pour le mettre à jour, il faut évidemment un peu d’imaginaire…

“Il y a une unité, une continuité, un fil directeur, un point de fuite. Pour le mettre à jour, il faut un peu d’imaginaire…”

Pixellisation de l’histoire

Ce qui m’a inquiété, c’est l’idée des historiens qu’il faut détricoter, décomposer, éclater, décadrer le tableau de l’histoire de France. Or, un tableau c’est un ordonnancement de rapports, une unité d’ensemble problématique. Je vois dans cette approche un effet technologique lié à l’audiovisuel : la pixellisation ! Dorénavant, un tableau n’est plus un ensemble, ce ne sont que des pixels. Il n’y a plus de mosaïque, plus de personnes morales – la France, la classe ouvrière. Parce que ce n’est pas filmable, pas quantifiable, parce que ça ne se voit pas.

“Les grands piliers fondateurs du discours français se sont érodés et ils ont produit des détritus : le droit du sang, la xénophobie.”

Dans notre ère patrimoniale, chacun se replie­ sur son particulier. Celui qui a dit « La Révolution est un bloc » ne connaissait pas la télévision. Il était d’avant la pixellisation, il était de l’époque de la synthèse républicaine. Il faut être un peu artiste pour imaginer une synthèse républicaine, il faut un peu d’imaginaire, un peu d’élan, pour faire un profil avec des gribouillis.

La Nation, le Peuple, l’État

Mon dernier point sera pour évoquer le mot Peuple. Comment faire un peuple avec des populations ? Comment faire une nation avec des régions ? Comment faire une géographie nationale avec des territoires ? Ces grandes catégories du répertoire historique français, le légendaire français que nous sont la Nation, le Peuple, l’État, l’Intérêt Général, ont été mis de côté par les politiques, ceux-là mêmes qui sont supposées l’intégrer dans leurs discours et dans leurs actions. Il existe un phénomène de géomorphologie qui est le détritus : en s’érodant, les roches changent de composition chimique ; à l’extérieur, le minerai garde sa forme, à l’intérieur tout a changé. Les grands piliers fondateurs du discours français se sont érodés et ils ont produit des détritus : le droit du sang n’est pas le droit du sol, la xénophobie n’est pas la nation­ républicaine. Les détritus des mots et des valeurs qui ne sont pas utilisés en haut tombent en bas, comme des boues alluvionnaires… Et se retrouvent dans les urnes. Parce que les grands piliers fondateurs de la mémoire ont été abandonnés par ceux qui en avaient la charge. Qui parle désormais de la continuité d’un discours national ou même d’un être collectif, d’une singularité collective ?

“Déserter le temps historique, avoir honte de son passé, cela se paye cher. Ce passé n’est pas perdu pour tout le monde, il y a des gens pour le récupérer et en faire quelque chose d’autre.”

Déserter le temps historique, cela se paye cher : on retrouve des détritus qui portent le même nom que la pierre d’origine mais qui n’ont pas le même sens. Parce que le mot a été mis de côté, considéré comme ringard, archaïque, périmé, suspect… Les amnésies, cela se paye. Avoir honte de son passé, cela se paye. Ce passé n’est pas perdu pour tout le monde, il y a des gens pour le récupérer et en faire quelque chose d’autre.


  Propos recueillis par Pierre-Alain Douay.

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