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Mai 1968 en 2018 : histoire d’une impossible commémoration

Philippe Artières Directeur de recherche Cnrs à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Publié le 26 Août 2019

Article publié dans le dossier « Anniversaires : mémoires d’avenir ? » coordonné par Philippe Deracourt et Bernard Wallon.

2018 a marqué le cinquantenaire du mouvement social qui a secoué la France en mai-juin 1968. L’événement était inscrit par Françoise Nyssen au calendrier officiel des commémorations nationales du ministère de la culture et de la communication. La notice rédigée par l’historien Patrick Talbot précisait : « Cinquante ans après ce soulèvement contre un gouvernement qui cherchait à inhiber la politique, on mentionnera ici seulement deux types d’opinions rétrospectives. Pour certains, il s’agit d’une “chienlit” entièrement négative car attentatoire sur tous les plans à des “valeurs” figées dans un ordre souverain ; pour d’autres, et parmi eux quelques “anciens combattants” hautement médiatisés, qui métamorphosent les enjeux initiaux (anticapitalisme, anti-impérialisme, anticolonialisme), il s’agit d’une “pulsion générationnelle”, plus avide de liberté dans la sphère culturelle que d’égalité ».

En 2008, la mémoire de 68 est au centre de la campagne présidentielle, mais le mouvement apparaît, à gauche comme à droite, un événement repoussoir.

Néanmoins, ce mois de mai résiste à ceux qui le détestent comme à ceux qui le trahissent et, à sa manière, il s’insère dans une lignée d’insurrections qui, depuis la Révolution française, s’échelonnent tout  au long des XIXe et XXe siècles. Il eut le mérite non négligeable de faire se rencontrer des hommes et des femmes qui ne se voyaient, ne se connaissaient ni ne se comprenaient et qui pourtant, dans une lutte commune, à la recherche d’un monde meilleur, s’exprimaient et échangeaient. Tous revendiquaient l’accès à une culture moins institutionnelle que proche de la définition qu’en donne Antonin Artaud dans ses Messages révolutionnaires : « une effusion raffinée de la vie dans l’organisme en éveil de l’homme ».

Mai 68 demeure un fanal lumineux et tenace sur le chemin d’une égalité que l’époque actuelle bafoue. Sans reprendre cette lecture des événements, les plus importantes institutions culturelles firent entrer au musée non pas seulement Mai 68 mais les Années 68 : les Beaux-Arts accueillirent une exposition intitulée Images en lutte (1968-1974) qui s’ouvrait sur les célèbres affiches de l’Atelier populaire de l’ex-École des Beaux-Arts ; la Bibliothèque nationale proposa une exposition sur la fabrique de l’iconographie photographique ; la Cité de l’architecture en monta une sur les effets de l’événement en ce domaine ; la Cinémathèque consacra une exposition à Chris Marker, l’auteur du fameux Le Fond de l’air est rouge ; le Centre Pompidou organisa trois semaines de rencontres, débats et forums en présence des étudiants de plusieurs écoles d’art, tandis que les Archives nationales ouvraient les cartons des Archives du pouvoir dans une double exposition à Paris et à Pierrefitte, profitant du fait que cet anniversaire correspondait au délai légal de consultation.

Les années 2000 modifient considérablement la vision. 1968 devient les « Années 68 », rendant la commémoration impossible : 68 a eu lieu aussi à Mexico, Berlin, Varsovie, Berkeley, Rio, Venise, Prague.

2018 fut incontestablement la plus large commémoration de 1968 et pourtant elle ne suscita pas l’intérêt escompté. Les numéros spéciaux de la presse ne firent pas recette… Bref le cinquantenaire fut un succès plus que relatif. Tout se passa comme si 68 était sorti de l’imaginaire social et définitivement à ranger dans les vitrines. Pour les politiques, il ne semblait pas opportun d’en parler, avant que les Gilets jaunes, à partir de l’automne, se mettent à occuper les ronds-points et à venir chaque samedi manifester sur les Champs-Élysées. Certains évoquèrent alors mai-juin 68, parlèrent de la jonction des luttes. Mais si l’occupation était une pratique commune, force est de constater que le lieu de manifestation choisi par les Gilets jaunes était précisément celui où le 30 mai 68 les partisans du Général De Gaulle avaient défilé en soutien au pouvoir, que le président Macron n’était pas l’homme du 18 juin et que le pays n’était pas en grève généralisée. Un embryon de commémoration en acte s’était esquissé mais non revendiqué par les acteurs eux-mêmes.

À bien y regarder, doit-on véritablement s’étonner de l’échec de cette commémoration en 2018 ? Depuis cinquante ans, le mouvement social de 68 échappe aux célébrations. Il n’y eut sans doute que le premier anniversaire pour rendre hommage au mouvement avec le 28 avril 1969, la démission du Général De Gaulle consécutive à la victoire du NON (52,41 %) au référendum : « Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République et relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat ? ». Cette année-là, on rendit aussi hommage aux morts de juin : l’étudiant Gilles Tautin, les ouvriers de Sochaux, Pierre Beylot et Henri Blanchet. Par la suite, d’autres commémorations vinrent interférer fortement avec son souvenir. En 1971, ce fut le centenaire de la Commune de Paris et de la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871. En 1988, année qui précédait le Bicentenaire de la Révolution française et son énorme déploiement d’énergie et de moyens, 68 fit pâle figure, d’autant que parut, en outre, le livre des deux journalistes Hervé Hamon et Patrick Rotman, Génération, qui réduisait le mouvement social à l’épopée d’une petite élite intellectuelle parisienne.

Au fil des ans, les contextes politiques ne favorisèrent pas non plus le succès des commémorations de 68 : en 1978, malgré un rabibochage des trois partis de gauche (PCF, PS, PSU) entre les deux tours, les législatives sont un échec d’une union de la gauche trop fragile, glaçant la commémoration des dix ans. En 2008, la mémoire de 68 est bien au centre de la campagne présidentielle, mais le mouvement apparaît, à gauche comme à droite, un événement repoussoir. Si Ségolène Royal se désigne comme une héritière de 68, elle récuse les modalités d’action et notamment la violence.

Commémorer 68 reviendrait à un acte mémoriel qui ne porte plus sur un événement datable mais sur un « moment » du passé, un « esprit du temps » qui échappe à toute inscription, un « souffle » non réductible à nos catégories de qualification du passé.

1998 est indéniablement une date importante. Un ensemble de travaux, à l’initiative en particulier de l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, parus au cours des années 2000, modifie considérablement  a vision des événements : 1968 devient les « Années 68 », rendant la commémoration impossible. La Commune étudiante parisienne et sa célèbre iconographie disparaissent derrière les multiples grèves dans les usines, les administrations et les commerces partout dans le pays. Et la France n’est plus l’unique lieu du soulèvement : 68 a eu lieu aussi à Mexico, Berlin, Varsovie, Berkeley, Rio, Venise, Prague.

Autrement dit, la commémoration en 2008 du quarantième anniversaire – pourtant marquée par une extraordinaire production éditoriale dans laquelle les témoignages laissent place aux ouvrages collectifs – en est l’illustration, l’impossibilité de la commémoration du mouvement se justifie à la fois par une re-périodisation et un double décentrage géographique. Commémorer 68 reviendrait alors à un acte mémoriel qui ne porte plus sur un événement datable mais sur un « moment » du passé, un singulier « esprit du temps » qui échappe à toute inscription, un « souffle » non réductible à nos catégories de qualification du passé.

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