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Portrait de Daniel Percheron.

LOUVRE-LENS : LE SENS D’UNE POLITIQUE CULTURELLE RÉGIONALE

Daniel Percheron président de la Région Nord-Pas-de-Calais (2001–2015)

Publié le 30 Nov 2015
Couverture Parole publique n°10.

Il existe au musée du verre de Sars-Poteries, dans l’Avesnois, une collection d’objets aux somptueuses couleurs, soufflés par les ouvriers verriers pendant les temps de pause : les « encriers-revanche­ ». Ainsi nommés, dans les débuts­ du xxe siècle, par des hommes qui souvent ne savaient ni lire ni écrire mais voulaient fabriquer pour leurs enfants­ un encrier encore plus beau que ceux qu’on voyait sur les bureaux de la direction.

Je ne sais si Pierre Mauroy, originaire de l’Avesnois, avait cela en mémoire quand en 1975, à peine élu président du tout nouveau conseil régional Nord-Pas-de-Calais, il négocia avec l’État le  cofinancement de deux centres dramatiques natio­naux et d’un orchestre symphonique appelé à devenir l’Orchestre national de Lille, symbole et acteur clé, avec son chef Jean-Claude Casadesus, de notre politique culturelle régionale. Rêve, revanche, recon­nais­sance, reconversion, relance, renais­sance… chacun de ces mots, en tout cas, pourrait être le mobile d’une aventure culturelle poursuivie sans rupture depuis maintenant quarante ans.

Paradoxe

Étonnant paradoxe : au mitan d’une crise qui dévastait ses industries traditionnelles, une région consacrait ses premiers crédits à la création et à la diffusion culturelles. Avec l’assentiment quasi unanime des élus de tous bords. Dans notre esprit, cet investissement culturel était à la fois un signal, un moyen de justice sociale et un ferment de développement territorial. C’était un geste de fierté et de confiance en l’avenir. Un affichage, sans doute. Un calcul, certainement. Un acte de relations publiques, possiblement. En tout cas, la volonté de montrer aux habitants de la région­ et à l’ensemble du pays que le Nord-Pas-de-Calais, dans ce domaine comme dans d’autres, voulait le meilleur et en prenait les moyens.

« L’investissement culturel était à la fois un signal, un moyen de justice sociale et un ferment de développement territorial. Depuis quarante ans, la culture accompagne notre reconversion. »

Car, en mariant la région avec la baguette magique de Jean-Claude Casadesus, Pierre Mauroy qui avait des mains de pianiste avait eu l’intuition que, pour traverser la désindustrialisation, les élus sociaux-démo­crates de la région avaient besoin d’alliés, de compagnons de route. C’est ainsi qu’une ambassade, qu’une escorte unique en Europe accompagnait l’effort de reconversion, de mutation économique, de renaissance de la région. Il n’y a aucune autre région en Europe où un orchestre et son chef signifient plus qu’un concert, où l’ambition culturelle traduit autant la volonté­ de vivre d’une région alors même que les hauts fourneaux s’éteignaient, les mines s’épuisaient, les usines textiles fermaient.

« Il y a un effet Louvre. L’action culturelle agit comme un gène de développement économique, une cellule-souche pluripotente. »

Invités à découvrir ce nouveau visage du Nord et s’y rendant frileusement, les journalistes culturels parisiens découvraient une région blessée mais chaleureuse, ambi­tieuse, volontaire, créative et avide d’avenir. Ils repartaient enthousiastes et l’écrivaient. Nous n’en espérions pas tant. Nous sommes restés une référence nationale en matière de politique culturelle régionale. Cette reconnaissance n’est pas une rente, c’est une responsabilité qui oblige. Dans la continuité : ma première sortie publique de président de région, en 2001, fut ainsi l’inauguration du musée de la Piscine de Roubaix, une piscine des années­ du Front Populaire devenue un musée­ ouvert sur une ville renaissante et participant à la renais­sance de la ville. Depuis quarante ans, la culture accompagne notre reconversion.

Cellule-souche

Le 15 octobre dernier, présidant pour la dernière fois la séance plénière du conseil régional, j’avais à mes côtés Jean Luc Martinez, le président-directeur du Louvre : dans la suite de l’installation à Lens du plus grand musée du monde sur un carreau de fosse au milieu des corons, il venait présenter l’arrivée à Liévin, en 2017, des réserves du Louvre. 200 000 œuvres dans la ville mitoyenne du musée, c’est un événement inouï – paradoxalement encore ignoré par France 3 –, nouvelle illustration de cette sorte de thérapie génique que constitue à mes yeux la décentralisation culturelle. Je n’attends pas du Louvre-Lens la création de milliers d’emplois, je lui demande, dans l’arrondissement français qui fabrique le moins de richesses pour l’économie de marché, d’être comme une cellule souche qui puisse modifier le programme génétique de l’arrondissement et le tourner vers l’avenir.

« Le Louvre-Lens est le musée de France qui accueille le plus de publics populaires. »

En octobre dernier, La Voix du Nord rele­vait qu’entre juin 2014 et juin 2015 le nombre d’emplois créés dans l’arron­dis­sement de Lens était le plus élevé de toute la région, notamment grâce à l’hôtellerie et la restauration, et que l’emploi n’y dimi­nuait plus. Oui, concluait l’article, il y a un effet Louvre. L’action culturelle agit comme un gène de développement économique, une cellule-souche pluripotente qui peut à la fois induire du tertiaire, attirer les industries de demain, attiser l’esprit d’entrepreneuriat. L’affaire pourtant n’était pas gagnée d’avance : au-delà du lourd engagement financier consenti par le Conseil régional, il s’agissait en quelque sorte d’apprivoiser une population – le bassin minier – forgée par le labeur physique et qui vivait sa culture dans la proximité et la convi­via­lité. C’est pourquoi tous les habitants de la région­ ont le droit de flâner gra­tui­tement dans la Galerie du temps voulue par Henri Loyrette, au milieu de 4 300 ans de création et de chefs-d’œuvre de l’huma­nité. On y revient, on emmène sa famille. Le Louvre-Lens est le musée de France qui accueille le plus de publics populaires. Je ne sais s’il faut parler de reconquête ou de revanche mais le message est clair : à ceux qui ont vraiment été des damnés de la terre et à leurs descendants, nous disons qu’ils sont des citoyens à part entière, qu’ils peuvent et qu’ils doivent eux aussi penser et parler au futur.

Renaissance

Depuis Pierre Mauroy, les présidents successifs de cette région ont eu à cœur de mettre l’exception culturelle française au service de la renaissance du Nord-Pas-de-Calais. Je crois que nous avons relevé le défi : je suis convaincu que s’il n’y avait pas eu Casadesus, il n’y aurait jamais eu Euralille, cette turbine tertiaire de la métropole. Je sais que s’il n’y avait pas le Louvre-Lens, on n’attendrait pas aujourd’hui la naissance d’une communauté urbaine­ du Bassin minier de 800 000 habi­tants. Avec l’ambition culturelle, renaît dans les territoires du Nord Pas de Calais, après sa métropole lilloise, l’ambition métro­po­li­taine avec les grandes fonctions qui feront le vingt et unième siècle.

« Inclure notre région dans le mouvement mondial de la création en n’excluant aucun de nos habitants des bénéfices de la beauté. »

Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit aucunement d’une vision politisée ou partisane de la culture. Notre vision est un projet de liberté absolue pour les créateurs et de justice dans l’accès aux produits de cette libre création. Notre politique culturelle est régionale dans son assise et universelle dans son dessein : inclure notre région dans le mouvement mondial de la création artistique et culturelle en n’excluant aucun de nos habitants des bénéfices de la beauté. À l’image de notre emblématique Orchestre national de Lille, ambassadeur de l’art dans tous les coins du Nord, ambassadeur du Nord dans tous les coins du monde. S’associer à des marques culturelles mondiales qui disent, après une désindustrialisation si douloureuse, que notre territoire a droit à la même chose que les autres. C’est dans le même esprit que, pour la première fois dans la décentralisation culturelle, 100 chefs-d’œuvre du château de Versailles sont exposés à Arras de septembre 2014 à mars 2016. Que nous venons­, avec Jack Lang, de signer pour installer à Tourcoing une antenne de l’Institut du monde arabe dans une ancienne école de natation. Et si le Centre Pompidou ne viendra pas à Maubeuge, il s’en est fallu d’un mois… et d’une élection municipale. Redisons-le : on ne peut pas parler création d’entreprises, qualification de la popu­la­tion, hub au niveau des grandes infras­truc­tures de notre région, si on n’a pas cette volonté de s’associer à des marques culturelles mondiales qui disent, après une désindustrialisation si douloureuse, que notre territoire a droit à la même chose que les autres et peut-être… à un peu plus que les autres.

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