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Langues de bois, com' et liberté

L’info en continu […] percutée par le bruit et la fureur

Arnaud Benedetti Professeur associé, Paris-Sorbonne - Directeur de la communication de l'INSERM

Publié le 07 Juil 2017

Titre complet de l’article paru dans Parole publique

L’info en continu : la communication percutée par le bruit et la fureur

 

L’info en continu, ce flot incessant et accéléré de faits, de scènes, d’images, de commentaires, d’événements collisionne notre quotidien et notre perception de la réalité. Que change-t-il dans notre rapport au monde, à la société, à la cité ?

Cette info sans répit, cette connexion de tous les instants est essentiellement addictive.

Avec les chaînes tout-info, internet et les réseaux, la temporalité scandée et séquencée de l’information a basculé : l’info permanente, massive, en libre-service s’affranchit justement du temps pour l’envahir et se confondre avec lui. Époque lointaine que celle de ces espaces lents et longs entre le journal du matin, le JT de 13 h et celui du 20 h, entrecoupés de quelques flashs radiophoniques : plus lointaine encore l’époque de la presse écrite qui s’égrenait entre la parution du quotidien matinal et celui du lendemain… Ce sont là des bouleversements qui font rupture et dont on n’a pas fini de mesurer les effets.

Addiction

Premier constat : cette info sans répit, cette connexion de tous les instants est essentiellement addictive. Elle nous arrache à la réflexion, à la force du silence pour faire de chacun d’entre nous les témoins sidérés d’un live informationnel ininterrompu. Nous vivons, nous baignons dans un environnement qui stresse toujours plus notre relation à l’information par un débit dont la volumétrie exponentielle le dispute à l’hyper-vitesse.

Nous sommes littéralement assignés à notre statut de spectateur.

Cette sidération est au principe de notre aliénation collective, de l’anesthésie de nos capacités de réflexion et donc d’action. Nous sommes littéralement assignés à notre statut de spectateur. Là où l’information devrait nous éclairer, son omniprésence nous exfiltre du monde réel et nous projette dans un halo virtuel dont nous ne parvenons pas à interpréter le contenu faute de recul, encore moins à saisir le sens faute de temps. Le projet émancipateur de la société de l’information débouche sur une narration essentiellement chaotique.

Que retenons-nous de la campagne présidentielle, si ce n’est une perception confuse de coups de théâtres, d’incidents, de rebondissements, de postures démultipliées, dramatisées, dupliquées aux quatre coins d’un champ médiatique où la concurrence entre presse traditionnelle et nouveaux médias sociaux alternatifs fait rage.

Vitesse, viralité, ubiquité conditionnent la confrontation démocratique. Le projet émancipateur de la société de l’information débouche sur une narration chaotique.

La loi du on line

Deuxième constat : ce débordement informationnel lié à la vélocité et l’hyper-fluidité du web contraint les médias traditionnels à se ranger à la loi du on line. La course à l’info s’accélère, la compétition s’exacerbe car la technique dicte sa loi, formate les individus et aspire vertigineusement tous les acteurs : journalistes, communicants, politiques, citoyens… Ses caractéristiques – vitesse, viralité, ubiquité – conditionnent désormais par bien des aspects la confrontation démocratique. À la logique argumentaire, dialectique, se substituent, portées par la potentialité technologique, l’hybris émotionnelle, l’hypertrophie réactionnelle, la visibilité chronique.

La porosité multimédia homogénéise les traitements éditoriaux : une information séquencée, quasi marketée, aux formats nerveux, aux contenus fugaces.

Les nouveaux dispositifs numériques sont autant d’appels à l’événementialité, à la fabrication d’événements exclusivement dédiés à la production d’images, de buzz, de commentaires. Les ébats médiatiques ont remplacé les débats démocratiques. La porosité multimédia homogénéise les traitements éditoriaux, leur reproductibilité : une information séquencée, quasi marketée, aux formats nerveux, aux contenus fugaces se déploie heure par heure. La campagne présidentielle a vu ainsi se précipiter les épisodes, à l’instar d’une série dont le scénario s’abonde au prix d’un exercice proche de l’écriture cinématographique. Les arabesques de la dramaturgie, si attractives en termes d’audience, l’ont emporté sur les âpretés de la confrontation programmatique. Cette prédominance du « tout-info » exacerbe le caractère théâtral et la dimension personnelle des luttes politiques.

Feuilleton informationnel

Troisième constat : les stratégies de com’ des politiques sont happées par les exigences de l’information permanente. Tout se passe comme s’il s’agissait de nourrir toujours plus la machine événementielle. La maîtrise de la com’ ne résulte pas tant de la rhétorique ou de la dialectique que de la capacité à participer au feuilleton informationnel. Il s’agit d’alimenter la grammaire sans fin de l’écriture médiatique, de contribuer à l’agenda des médias qui est l’objet d’une concurrence effrénée entre acteurs publics pour y inscrire leur empreinte. La légitimité se télécharge ainsi à coups de visibilité.

La maîtrise de la com’ résulte moins de la rhétorique ou de la dialectique que de la capacité à participer au feuilleton informationnel.

La communication politique fonctionne désormais à l’image, aux coups, à la mise en scène : tel candidat exposera sa vie privée dans la presse people, tel autre ira sur le terrain défier son concurrent dans un lieu symbolique de la crise économique et sociale… L’offre de communication politique s’adapte ainsi aux exigences de la production de l’info. En réaction, bien plus qu’en proposition, elle s’indexe sur la temporalité de l’information, de la nécessité de son renouvellement, de la fièvre de son rythme échevelé. La communication n’est plus tant projet que réponse aux besoins d’un système médiatique révolutionné par la technique.

Rupture anthropologique

Quatrième constat : cette rupture est anthropologique, en ce sens qu’elle change l’homme. Il faut ici convoquer deux penseurs des années soixante : Mac-Luhan, qui annonça l’émergence du « village planétaire » sous l’effet conjugué de la télé et de la radio, a montré aussi combien les innovations technologiques pouvaient être anthropologiquement révolutionnaires : Jacques Ellul a vu dans l’homme postmoderne un produit de la technique, un être du présent, du seul présent, enveloppé dans un immédiat absolu qui le contraint à ne pouvoir se retourner, encore moins à se projeter…

La communication politique n’est plus tant projet et proposition que réponse et réaction aux besoins d’un système médiatique révolutionné par la technique.

Rendu possible par la technologie, « le tout-info » est un « tous à l’info », un processus qui nous détermine toujours plus à consommer ce flux tendu, agité, bruyant, instable, insatiable, qui défile sur l’écran de nos consciences abasourdies par tant de fureurs informationnelles, érigeant chacun d’entre nous en un téléspectateur, un auditeur, un internaute, parcelle anomique d’un méga-réseau, en quête d’un sens qui lui échappe…

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* Coauteur avec Priscille Rivière de La communication Éditions Economica 2017.

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