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L’état peut-il gouverner les conduites ?

Sophie Dubuisson-Quellier Directrice de recherche au CNRS, Sciences Po - Centre de sociologie des organisations

Publié le 21 Mar 2017

Nous sommes régulièrement soumis à des injonctions de l’État pour changer nos conduites : manger plus sainement, faire de l’exercice, trier nos déchets, préférer les transports en commun, mettre en veille nos appareils électriques, arrêter de fumer.

Que signifient ces intrusions de la puissance publique dans nos vies privées ? À quelles conditions, avec quelle légitimité, l’État peut-il gouverner les conduites individuelles ? Avec quels effets ?

En économie libérale, l’État intervient sur les conduites individuelles au nom d’enjeux collectifs : sécurité, santé publique, climat, sécurité routière, surendettement.

La légitimité du gouvernement des conduites se trouve particulièrement questionnée dans le contexte des économies libérales où l’autonomie des individus est érigée en principe fondamental. Par conséquent, une telle intervention ne peut s’autoriser qu’en référence à des questions de l’État régalien, comme la sécurité des individus ou le bien commun. Si l’État entend intervenir sur les conduites individuelles, c’est au nom d’enjeux collectifs : sécurité, santé publique, réchauffement climatique, sécurité routière, lutte contre le surendettement…

Cette intervention tend à réduire les pratiques sociales à des choix qui peuvent être orientés en fonction de finalités de bien commun.

Le gouvernement des conduites s’accompagne donc nécessairement de la mise au jour de la contribution majeure des comportements individuels aux désordres collectifs, il est une forme d’intervention publique largement adossée à des outils de mesures de ces contributions individuelles. Symétriquement, l’État se positionne comme le seul opérateur capable de réguler à l’échelle collective les comportements individuels.

Désengagement de l’État ?

Il paraît donc difficile d’interpréter ce gouvernement des conduites sous l’angle d’un désengagement de l’État qui transférerait aux individus les responsabilités qui jusque-là lui incombaient, comme le font souvent les travaux anglo-saxons d’inspiration néo-foucaldienne. D’une certaine manière, ce gouvernement des conduites contient aussi des dimensions de l’État social, à travers les formes de solidarités qu’il entend organiser entre des conduites individuelles au nom des enjeux collectifs.

Par ses orientations symboliques et normatives sur les pratiques des entreprises, le gouvernement des conduites est aussi un instrument de régulation économique.

Par ailleurs, ces interventions de l’État nécessitent de rendre les conduites gouvernables. Le gouvernement des conduites correspond ainsi à des formes spécifiques d’intervention sur les comportements qui tendent à réduire les pratiques sociales à des choix qui peuvent être orientés en finalité : les conduites alimentaires, sexuelles, sanitaires, budgétaires peuvent être guidées à partir d’instruments qui orientent les choix des individus en fonction d’objectifs de bien commun.

Les classes populaires sont réticentes à l’idée que les seuls changements de leurs comportements les préserveront des risques.

Ces instruments divers ont en commun d’agir sur et par les choix : incitations économiques – taxes ou tarifs – qui rendent plus chers les mauvais choix ou baissent le coût des bons ; instruments d’information type campagnes d’éducation qui désignent les bons comportements et stigmatisent les mauvais ; étiquettes et logos qui guident les consommateurs vers les produits à privilégier ; nudges qui jouent sur les architectures de choix et les biais cognitifs pour faciliter l’accès aux bons comportements.
L’individu est ainsi constitué comme un être réflexif – car il connaît les effets négatifs de ses choix sur les problèmes collectifs – et responsable, car les choix qu’il opère ne sont  pas nécessairement faits uniquement en fonction de ses propres objectifs mais aussi de ceux de la collectivité.

Quelle portée ?

Notons enfin deux éléments importants du gouvernement des conduites. Le premier concerne sa portée. On pourrait s’étonner que se manifestent dans l’action publique des intentions de gouvernement des conduites qui s’avèrent compliquées à mettre en oeuvre et probablement limitées dans leurs capacités à modifier en profondeur les comportements des individus. C’est qu’il faut peut-être considérer ce gouvernement des conduites comme un moyen plus qu’une fin : s’il a des effets, c’est moins sur les individus que dans sa capacité à orienter normativement et symboliquement les pratiques des entreprises. Une taxe sur les sodas, un malus sur un modèle d’automobile, un message contre les produits trop salés ont des effets potentiellement puissants de stigmatisation sur les activités et les produits des entreprises. Le gouvernement des conduites est aussi et peut-être surtout un instrument de régulation économique par les orientations normatives qu’il contient sur ce que doivent être les pratiques responsables des entreprises.

Quelles limites ?

Le second aspect concerne les limites du projet. Les instruments de gouvernement des conduites tendent à les rationaliser, à les considérer indépendamment de leurs déterminants sociaux. Or, derrière les conduites se cachent des pratiques sociales fortement différenciées selon les appartenances sociales. Et les individus reçoivent très différemment ces injonctions : là où les classes moyennes sont plutôt dans une forme de bonne volonté vis-à-vis des prescriptions, les individus des classes populaires peuvent y être plus réticents. Ils n’ignorent pas qu’ils sont, bien plus que les autres, exposés aux risques de surendettement, de santé ou de dégradation de l’environnement. Dès lors, il leur paraît illusoire de penser que les seuls changements de leurs comportements les en préserveront.

Par ignorance des mécanismes sociaux pesant sur les pratiques qu’il cible, le gouvernement des conduites pourrait contribuer aux inégalités sociales.

Le gouvernement des conduites pourrait ainsi se révéler, sur certains aspects, fort éloigné des références de l’État social : par ignorance des mécanismes sociaux pesant sur les pratiques qu’il cible, il pourrait bien contribuer malgré lui aux inégalités sociales.

 

Dubuisson-Quellier Sophie (Dir.), 2016, Gouverner les conduites, Paris, Presses de Sciences Po

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