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LES MOTS DE LA PAUVRETÉ

TYPHAINE CORNACCHIARI Directrice de la communication, ATD Quart Monde

Publié le 05 Avr 2014

« Tu as lu l’article ? Les familles sont vraiment remontées. Comment on fait ? On lui écrit ? C’est fou quand même, le contact était bien passé avec cette journaliste. Elle est restée tout un après-midi­, elle avait une bonne relation aux gens… et voilà ».

Je reste un peu muette au téléphone. L’article­ en question, je me doute que c’est celui de Rue89 qui vient de sortir. Justement, je l’ai lu à l’instant, le sourire aux lèvres, en me disant que c’était vraiment un bon reportage, que ça ne trahissait pas les objectifs de notre prépivot1 culturel, que les photos étaient belles, qu’ils allaient être contents. J’ai l’habitude pourtant que nos membres soient mécontents de leurs interviews, qu’ils se sentent trahis, mais là, en toute objectivité (croyais-je), cet article ne semblait pas déformer les propos tenus.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »  Albert Camus

Je pousse donc mon interlocutrice à m’en dire plus. Et je découvre que l’article leur convient entièrement. La seule chose qui pose problème, c’est son titre : « Montessori, des quartiers riches aux enfants pauvres. » Les parents dont les enfants fréquentent le prépivot culturel se sont sentis trahis. Un papa dont la fille est en photo­ s’est offusqué : « Toute ma vie, je fais en sorte que les difficultés qu’on traverse n’en soient pas pour ma fille. Qu’elle ne s’aperçoive de rien. Et là, sur internet, sur la photo de ma fille, on la réduit à ça, à la pauvreté ! » Ce problème n’est évi­demment pas l’apanage de Rue89. Il se produit régulièrement. À chaque fois, la blessure est vive, profonde. Pour ces personnes qui manquent de tout, le vocabulaire est essentiel. La façon dont on les nomme eux-mêmes, dont on raconte leur histoire, leur action, eux qui se battent tous les jours contre la misère qui les ronge, est primordiale.

Les mots qui stigmatisent

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. ». Nombre de personnes en situation de pauvreté se recon­naî­traient dans cette citation d’Albert Camus. Elles s’estiment souvent victimes des mots employés pour les désigner. Comment nommer sans attribuer un rôle dont on ne peut plus sortir ? On pense bien sûr d’emblée au terme « SDF ». Certains l’estiment légitime parce qu’ils ont entendu des personnes sans-abri s’appeler comme ça, elles-mêmes. Pour autant, ce n’est pas parce que certaines personnes concernées adoptent le discours dominant que la terminologie est acceptable. Il est important que ceux dont on parle restent des personnes. Leur état de pauvreté, de « sans-abrisme », n’est que transitoire, nous l’espérons tous. Nous ne devons donc pas les réduire à ce statut. Elles restent des personnes sans domicile, nous n’avons pas le droit de les perdre dans l’anonymat des acronymes. De même les « pauvres » sembleraient définir les personnes d’abord par le critère de fortune. Elles sont à tout le moins des personnes « pauvres », au mieux des personnes « en situation de pauvreté », pour insister sur la possibilité de chan­gement de ce statut. « Assistés », le mot est péjoratif, tout le monde le reconnaît. Il implique une vision négative du Care. Cependant, même le positif Care est gênant : « on prend soin » de l’autre. On y sent des relents d’un pater­na­lisme peu compatible avec l’idée que chacun doit pouvoir rester acteur de sa vie.

“Comment permettre aux personnes de participer activement si le mot qui les désigne les place d’emblée d’un côté de la barrière qui ne leur donne aucun pouvoir ?”

On a besoin de mots pour comprendre les concepts évoqués, mais il faut y prendre garde. À ATD Quart Monde, les personnes qui ont connu ou connaissent la grande pauvreté sont appelées « Militants Quart Monde ». Le terme nécessite d’être expliqué – « militant » ayant un autre sens dans la société – mais on ressent tout de même d’emblée toute l’idée d’empo­werment chère aux États-Unis. Ce principe essentiel de nombreuses organisations communautaires vise à permettre à chacun de retrouver sa capacité d’agir. Dans beaucoup d’organisations françaises, les « publics » concernés sont appelés « bénéficiaires ». Comment concevoir une action qui permette aux personnes de participer activement si le mot qui les désigne les place d’emblée d’un côté de la barrière qui ne leur donne aucun pouvoir ?

Les mots qui discriminent

L’importance des mots est parfois mal comprise par les observateurs. C’est ainsi­ que le combat lancé en octobre dernier par une quarantaine d’organisations pour faire reconnaître la discrimination « pour précarité sociale2 » a pu sembler dérisoire à certains. Interloqués, ils ont parfois dénigré cette action en tentant de rappeler que le premier objectif des ONG devrait être de lutter contre la pauvreté. Pourtant nombreuses sont les histoires qui démontrent l’importance de la discrimination due aux mots : ainsi, dans cette classe de 6e, un enseignant ayant vu un cafard­ sortir du cartable d’un élève s’est mis à l’appeler « Monsieur Cafard », le jeune garçon s’est vu d’emblée mis à l’écart de toute la classe pour l’année entière. C’est terrible dans une classe, mais que dire dans une ville ? On pense à ce Maire qui désigne le projet de construction d’un immeuble de logement social à côté de l’ambassade de Russie comme « posant des problèmes évidents de sécurité ». Ce ne sont que des mots, mais ces mots définissent beaucoup plus que la politique de la ville. Ils confirment­ aux riverains qu’ils ont raison d’avoir peur, ils confortent l’amalgame pauvreté/dangerosité, condamnant ainsi les différentes classes sociales à toujours plus de distance, à cette méconnaissance qui est à l’origine de bien des maux d’aujourd’hui.

“J’ai fini par intérioriser ces mots, par croire que je ne valais pas grand-chose, une pauvre et rien qu’une pauvre quoi !”

Martine Lecorre, militante d’ATD Quart Monde, a expliqué ainsi le poids des mots dans sa vie au Festival du Mot de la Charité sur Loire en 2012 : « j’ai fini par intérioriser ces mots, par croire que ma vie ne valait pas grand-chose, que je ne valais pas grand-chose, que j’étais une idiote, une inutile, un « cas soce », une pauvre et rien qu’une pauvre quoi ! Je me suis résignée me disant que j’étais née du mauvais côté de la barrière, je n’avais pas les codes de l’autre monde. Je n’avais pas les mots pour dire l’injustice, les mots pour dénoncer. »

Les mots qui mettent en action

Alors une fois évoqués ces écueils, comment­ s’en sortir ? Comment continuer à évoquer ces sujets ? Parce que le problème est bien là. On ne doit pas éluder la pauvreté, ce mal qui ronge notre société sous prétexte de ne pas froisser les uns ou les autres. Une solution est peut-être tout simplement de laisser plus de place aux premiers concernés eux-mêmes ?

“De nouveaux mots qui prenaient sens dans ma vie et pouvaient aussi se transformer en actions.”

ATD Quart monde cherche depuis ses origines à permettre aux personnes en situation de pauvreté de sortir du récit de leurs malheurs pour obtenir une aide supplémentaire du travailleur social, de retrou­ver leur capacité à s’exprimer, à réfléchir avec d’autres. Cela passe notamment par des Universités populaires, temps de réflexion mensuels ou par des co-formations souvent organisées avec des collectivités territoriales pour les travailleurs sociaux, mais aussi avec des banquiers, des facteurs, etc. Ces formations sont un lieu de déconstruction des représentations entre des professionnels et des personnes pauvres, elles font progresser la compréhension mutuelle et les pratiques professionnelles. Martine Lecorre a participé à ces différentes actions et explique : « C’est alors que j’ai osé parler, écouter, dénoncer, contrôler mes propos. J’ai réfléchi et appris­ à croire que je n’étais pas une nulle, que mon milieu était porteur de valeur. De nouveaux mots qui prenaient sens dans ma vie et pouvaient aussi se transformer en actions ».

“Élaborer une écriture qui permette de nous faire comprendre, de nous faire connaître. Ce n’est pas facile. Qui peut comprendre ?”

Je laisserai le mot de la fin à une habitante d’un terrain menacé d’expulsion qui, lors d’un atelier d’écriture3, expliquait ainsi l’importance des mots pour elle : “Laisser des traces coûte que coûte, qu’aucun bulldozer ne pourra effacer. Se faire connaître aussi. Les gens ne nous connaissent pas, ils ne nous comprennent pas. Notre travail, c’est justement d’élaborer une écriture qui permette de nous faire comprendre, de nous faire connaître. C’est possible mais ce n’est pas facile. Qui peut comprendre ?”


1. Un prépivot est un groupe d’accompagnement des enfants de maternelle en dehors des temps de scolarité visant à favoriser la sociabilité et l’indépendance. 2. Voir www.jeneveuxplus.org 3. Cet atelier a abouti à la publication d’un livre dans la collection En un mot : L’épine sur les roses voir www.editionsquartmonde.org

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