tramadol cyclizine buy tramadol online without a prescription does tramadol show up as opiate in drug test

imodium and valium buy valium online valium produce sue±o

xanax and insomnia side effects buy xanax take a xanax calm down

ambien sleepwalking 2011 ambien online no prescription baku mutu udara ambien adalah

tramadol hcl half life buy tramadol online no prescription tramadol 50mg injection

zolpidem online Green Bay buy ambien why does ambien give me energy

vad Г¤r skillnaden mellan tradolan och tramadol tramadol buy tramadol suchtmittel

soma bay egypt information buy soma a soma de tres numeros consecutivos é igual a 240

soma vs dhewa buy soma soma veiculos em guaxupe

somo 655 manual soma medication elektronska bucka za soma

Les jeunes […] pour une République des différences

Entretien avec Anne Muxel Directrice de recherches, Cévipof (CNRS/SciencesPo)

Publié le 21 Oct 2016

Titre complet de l’article paru dans la Parole publique

Les jeunes : une citoyenneté critique pour une République des différences

 

_ La jeunesse ou des jeunesses ?

Anne Muxel – La jeunesse n’est pas une catégorie constituée. Elle est traversée de tensions, de contradictions, de fractures, d’expériences sociales et politiques très différentes. Mais on peut parler de la jeunesse, au singulier, dès lors que ce mot renvoie à un temps de la vie qui est pour tout individu un temps structurant de sa socialisation, un sas dévolu à la construction de son identité sociale et politique, à la réalisation de ses compétences professionnelles, à la construction d’une vie familiale.

Veiller dans le discours public à ne pas renvoyer une image homogène et homogénéisée de la jeunesse.

Ce temps dure désormais une quinzaine d’années, jusqu’à la trentaine. Occupant de plus en plus de place dans l’échelle et le continuum des âges de la vie, il est de plus en plus décisif dans la construction des valeurs, des repères à partir desquels on va se situer. C’est le temps pendant lequel les individus négocient la part d’héritage qui vient de leur famille, de leur milieu, de l’école de la République, des valeurs transmises par la culture de notre pays. Et l’enrichissent des expériences nouvelles auxquelles chaque génération est confrontée.

Manifestation de rue, vote protestataire et abstention ont acquis une forme de légitimité.

Mais chaque jeune vit ce temps d’apprentissage et de négociation selon sa condition, sa formation, son lieu de résidence. Il faut donc veiller dans le discours public à ne pas renvoyer – sinon imposer – une image homogène et homogénéisée de la jeunesse.

La devise républicaine sert une valeur absolument centrale pour les jeunes : le respect.

_Pourtant, les moyens d’échanges et de communication, les réseaux sociaux unifient la jeunesse : goûts, culture, loisirs, consommation, vocabulaire…

AM – En apparence. À y regarder de plus près, les pratiques culturelles et les outils numériques des digital natives débouchent aussi sur une volonté de se démarquer, de se distinguer, de se différencier, par exemple, au travers d’habitudes vestimentaires extrêmement codées.

Mais l’expérience centrale, commune à toute la jeunesse, est le parcours d’obstacles pour obtenir un poste à la hauteur des compétences acquises. Derrière l’insertion, il y a les questions de l’autonomie, de la reconnaissance des compétences, de l’utilité sociale. La difficulté d’intégrer le marché du travail est plus ou moins cruciale ou douloureuse selon les contextes sociaux et le niveau de formation initiale. Ce sentiment partagé de vulnérabilité sociale et économique est plus fort que dans les générations précédentes.

_Ce sentiment commun d’inquiétude face à l’avenir, de non-reconnaissance par les adultes, est-il fédérateur et moteur d’actions communes ?

AM – On peut voir dans la protestation un élément fédérateur pour une génération socialisée à la politique dans un temps où la manifestation de rue, le vote protestataire et même l’abstention ont acquis de nouvelles formes de légitimité. Mais un même malaise, un sentiment commun d’inquiétude et une même inclination à la protestation débouchent sur des réponses politiques différentes : manifs lycéennes, Nuit debout, Indignés… vote FN… voire violence politique jusqu’au-boutiste, révolte des banlieues, djihad… Autant de réponses et d’expressions politiques qui ont des conséquences très différentes sur la manière dont se voit et se vit la République…

L’idéal commun de respect des différences unifie les jeunes générations malgré leur diversité.

_ Justement, pour ces jeunes, qu’est-ce que la République ? Des valeurs ? Des mots ? Une abstraction ?

AM – Leurs attentes à l’égard de la République et les visions qu’ils en ont sont très différentes. On assiste à la montée d’une citoyenneté critique qui fait écho à la socialisation protestataire que j’évoquais. Cette posture critique n’est pas un rejet des valeurs de la République. Les jeunes peuvent même les mobiliser pour demander qu’elles soient mieux respectées. Il y a une forte déception à l’égard du personnel politique : dans une enquête en cours sur les 18-30 ans, je constate que l’évocation de mots qui renvoient aux institutions et à l’univers politiques – « politique », « gauche », « droite » – suscite très majoritairement des appréciations négatives. Mais cette distance à l’égard de la politique institutionnelle, ce relatif rejet de la politique politicienne, n’exclut pas une certaine croyance en la capacité de la politique de changer les choses. L’espérance n’a pas disparu des attentes politiques des jeunes, ils se montrent disponibles pour l’action collective. D’une certaine façon, ce rapport plus critique à la citoyenneté qu’ils ont institué conduit à une exigence démocratique plus marquée encore que dans les générations précédentes…

Une double tentation : contestation du pouvoir et de la verticalité du pouvoir ; demande de leadership autoritaire.

_ Cette citoyenneté critique voire protestataire ne se projette-t-elle pas dans une sorte de république de « tribus », de communautés, de groupes ?

AM – La devise républicaine sert une valeur absolument centrale pour les jeunes générations : le respect. Mais il faut l’articuler à une autre notion : la différence et le respect de la différence. Plus qu’au projet républicain originel de fusion des différences dans un commun, les jeunes générations donnent priorité au vivre ensemble des différences. Cette vision « inversée » de la République, cet idéal commun de respect des différences, est peut-être ce qui unifie les jeunes générations malgré leur diversité. Mais, pour les politiques, il est très difficile de répondre à cette attente très forte et complexe.

Une citoyenneté critique, méfiante, exigeante et vigilante sur le pacte démocratique.

Parallèlement, la représentation politique est questionnée, parfois remise en cause. Le mouvement des Indignés comme Nuit debout contournent les médiations politiques et en appellent à la « démocratie réelle », la démocratie directe (même si les rouages de la représentation politique sont convoqués à travers l’organisation de comités, sous-comités…). Elle est aussi questionnée au travers de demandes de leadership autoritaire au sein de certains segments de la jeunesse. La montée des populismes partout en Europe est l’un des symptômes de cette crise de la représentation politique et de la défiance généralisée à l’encontre des partis de gouvernement. Parmi les tout jeunes électeurs, le vote frontiste est une réponse électorale significative. Un tiers des primo-votants se disent prêts à voter pour Marine Le Pen. Ce sont les plus de 65 ans qui expriment le moins d’intentions de vote pour le Front National.

77 % des jeunes considèrent que le vote est l’un des outils d’expression démocratique les plus utiles.

Il faut donc avoir en tête cette double tentation de la jeunesse : d’un côté, une contestation du pouvoir et de la verticalité du pouvoir : de l’autre, une demande de leadership autoritaire. Mais il n’y a là rien de spécifique : le vote jeune suit grosso modo les fluctuations et les réalignements de l’ensemble du corps électoral.

_La relation de ces diverses jeunesses aux institutions quotidiennes de la République est-elle purement fonctionnelle, utilitaire ? Est-elle chargée de quelque chose de positif, de négatif, de neutre ?

AM – Cela dépend des institutions. Les institutions régaliennes bénéficient plutôt d’opinions positives. L’armée est l’une des institutions qui suscite le plus de confiance chez les jeunes aujourd’hui. L’école continue de susciter plutôt de la confiance. En revanche, il y a un relatif divorce avec les institutions politiques de la République. Mais ce sont moins les institutions qui sont remises en cause que le personnel politique qui les incarne : 77 % des jeunes considèrent ainsi que le vote est l’un des outils d’expression démocratique les plus utiles. Mais la norme civique a changé : ce n’est plus un devoir mais un droit. Et on a le droit de ne pas voter ! L’abstention a acquis une légitimité sociale, elle devient active, protestataire, elle envoie un message politique. Les institutions sont utilisées à partir d’une grammaire de comportements et de normes qui est celle de cette citoyenneté critique à la fois méfiante, exigeante et vigilante sur ce que doit être le pacte démocratique.

Individualisés plutôt qu’individualistes, leur rapport à la politique est à la fois plus réflexif et plus affectif.

_Une république à la carte ? Plus d’individualisme que les générations précédentes mais plus d’attachement à des communautés de semblables, de pairs ?

AM – La socialisation politique des jeunes générations fait prévaloir une individualisation du rapport à la politique. Mais cela ne signifie pas que les jeunes se détournent de toute préoccupation pour la vie collective, voire pour les intérêts du pays. Sans doute davantage que les générations qui les précèdent, les jeunes ont à expérimenter de nouvelles formes d’articulation entre l’individu et le collectif. De ce point de vue, leur politisation se construit dans un rapport à la fois plus réflexif et aussi plus affectif à la politique. Ils sont individualisés plutôt qu’individualistes, dans le sens où leur expressivité politique individuelle s’articule à quelque chose qui rassemble, qui interpelle l’action publique, et qui doit avoir une efficacité dans la sphère sociale et collective. C’est une génération qui a intériorisé les droits de l’homme, qui voit dans la protestation et la mobilisation collectives des outils d’expression de la démocratie qui doivent être défendus.

La demande d’autorité peut avoir des débouchés problématiques en matière d’expression démocratique.

Il y a un bémol : on voit sourdre aussi une demande d’autorité qui peut avoir des débouchés plus problématiques en matière d’expression démocratique. Cette demande d’autorité peut s’expliquer chez certains par les difficultés d’intégration sociale et culturelle dans la vie adulte mais aussi par le malaise ressenti face à une société de plus en plus complexe, aux repères de plus en plus brouillés. Elle peut donc s’analyser aussi comme une demande sous-jacente de lisibilité et de décisions dont le leadership autoritaire peut être porteur. La radicalisation identitaire et religieuse de certains jeunes est une forme, une sublimation de cette demande d’autorité, une recherche de repères forts : allégeance à un dieu, à un État, à une hiérarchie spirituelle… ou militaire. Il faut y être très attentifs.

 

Propos recueillis par Pierre-Alain Douay

VotreParole !

Une proposition d’initiative, une idée originale à partager, un projet à faire connaître, ou bien même un sujet pour la revue Parole publique : dites-nous et nous vous contacterons.

Écrivez-nous
Cancel