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Les commémorations

Marc Thébault Responsable de la mission attractivité, Communauté urbaine de Caen-la-Mer

DES RITUELS ET DES CIMENTS TERRITORIAUX

Publié le 26 Août 2019

Article publié dans le dossier « Anniversaires : mémoires d’avenir ? » coordonné par Philippe Deracourt et Bernard Wallon.

«C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme » aimait à chanter le célèbre philosophe Renaud. Mais qu’en est-il de la terre ou, du moins, des territoires et de leurs rapports avec l’homme ? Qui prend qui ? Qui façonne qui ? Et comment ? Par quels biais ou par quels évènements ?

Hypothèse : et si les célébrations et commémorations étaient, de fait, des rituels d’intégration, indispensables à vivre lorsque l’on est horsain ? Autant de questions à se poser pour le marketing territorial dont on sait désormais qu’il n’a de sens et de chance de succès que par ses actions endogènes, à base de (re)construction de fierté, de sentiment d’appartenance et d’engagement à forger et partager une destinée commune.

Le marketing territorial n’a de sens et de chance de succès que par des actions endogènes, à base de (re) construction de fierté, de sentiment d’appartenance et d’engagement à forger et partager une destinée commune.

Parisien d’origine, en charge de la direction de la communication de la ville de Saint-Étienne, je me souviens très bien du moment où j’ai ressenti, peut-être inconsciemment sur l’instant, que j’étais vraiment devenu un Stéphanois. C’était le 4 décembre 1998, le jour de la Sainte-Barbe. J’étais installé à Saint-Étienne depuis plusieurs mois mais je me sentais encore extérieur. Et puis sont arrivées ces célébrations, avec le cortège en ville qui encadrait la statue de la Sainte portée par des mineurs de fond en tenue. Je me souviens de la procession et de son arrivée au Musée de la Mine, jusqu’à la salle dite « des pendus ». Là, les musiciens, tout droit sortis du film Les virtuoses, eux aussi en grande tenue, se sont assis en demi-cercle et l’harmonie a entamé son récital, déclenchant une émotion collective parfaitement palpable. Sans doute ai-je vécu, malgré moi, ces instants comme de vrais rites initiatiques, avec leur part de cérémonie d’intégration, moi qui ne connaissais des traditions régionales que les gesticulations pseudo-folkloriques de territoires de pacotille données en pâture aux touristes.

Plus tard, en Normandie cette fois, j’ai de nouveau ressenti une émotion du même ordre, dans le cimetière américain qui surplombe Omaha Beach, à l’occasion du soixante-cinquième anniversaire du D-Day. Notamment devant cette scène, pas si rare là-bas, où des représentants de trois voire quatre générations d’une même famille se retrouvaient serrés les uns contre les autres devant l’une des dix mille tombes blanches du lieu. Il m’est alors apparu très clairement que le sentiment d’appartenance n’a rien d’intellectuel et que le lien qui nous relie à un territoire ne se décrète pas. Se sentir « du » territoire repose en fait sur une charge affective que l’on accepte de faire sienne. Et les temps de commémorations sont les instants privilégiés où surgit l’essence même d’un territoire, au-delà de la notion de « mémoire » dans ce qu’elle aurait de contraintes à subir.

« L’espace vécu, c’est l’espace vu des hommes, dans leurs déplacements mais aussi par toutes les valeurs qu’ils lui attribuent. Ce sont les hommes qui font les lieux, et non l’inverse » Armand Frémont

Et si un territoire était d’abord un échange immatériel ? Dans son célèbre discours du 11 mars 1882, dit « de la Sorbonne », Ernest Renan a ces mots : « Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune ».

Si je reviens à la Sainte-Barbe, je crois avoir vécu alors la singulière expérience d’ingérer, à très grande vitesse, le passé du territoire qui serait ainsi désormais le mien. Et, ma fonction de directeur de la communication de la ville m’y prédestinait, j’étais encore plus disposé à exprimer et à rendre concret mon souhait de continuer la vie commune avec la capitale du Forez et à en vanter tous les mérites. J’avais fait l’expérience de partager une émotion collective, au milieu d’hommes et de femmes dont on aurait dit qu’ils attendaient, pour moi, ce moment. Le regard en coin de certains dans ma direction me laissait à penser que cette cérémonie, peut-être, n’avait été organisée que pour moi ! J’ai aimé le croire.

Plus tard, le hasard m’a mis sous les yeux une phrase qui disait à peu près que « l’espace vécu est bien plus qu’un ensemble de lieux où vivent des personnes ou des groupes. Son étude doit également prendre en compte toute la charge de valeurs qui se projettent des hommes aux lieux et des lieux aux hommes ». Elle était d’Armand Frémont, grand géographe normand, disparu il y a quelques mois, qui a enseigné pendant des années à l’université de Caen une vision novatrice de la géographie, autour de son concept, développé dans les années 70, « d’espace vécu ».

Un territoire est aussi perceptions, représentations et interactions. Les commémorations sont les instants privilégiés de partage où surgit l’essence même d’un territoire, au-delà de la mémoire.

Armand Frémont a fait souffler le vent des sciences humaines sur la classique géographie en proposant de passer d’une géographie physique, et rationnelle, à une géographie plus humaine, plus sensible et, pourquoi pas, avec un rien d’irrationnel. De son point de vue, une région – entendre bien sûr « territoire » – ne peut se réduire à une réalité pensée comme objective. Un territoire n’est pas que relief, végétation, densités humaines, modes d’habitat, activités économiques, usages, etc. Il est également perceptions, représentations et interactions. Car la « réalité » est aussi façonnée par celles et ceux qui y vivent, leurs « perceptions » et leurs habitudes de vie façonnant le territoire et le redessinant aussi sûrement qu’ont pu le faire les forces telluriques ou l’érosion. L’espace est donc considéré comme « vécu » dans le sens où il est « vu, perçu, ressenti, aimé ou rejeté, modelé par les hommes et [qu’il projette] sur eux des images qui les modèlent. C’est un réfléchi. Redécouvrir un territoire, c’est donc chercher à la saisir là où elle existe, vue des hommes ».

Laissons Armand Frémont expliquer plus en détail son concept. « La définition de l’espace vécu est […] assez simple : c’est l’espace vu des hommes, non seulement dans leurs déplacements qui constituent l’armature de leurs espaces de vie, mais aussi par toutes les valeurs qu’ils attribuent à ces espaces en tant qu’hommes. […] L’espace est ainsi porteur d’une charge d’humanité qui fait que, par un glissement abusif, on lui prêtera parfois une personnalité (la personnalité d’une ville ou d’un pays ou même d’un département), un esprit (« l’esprit des lieux ») voire une âme. Il est plus juste d’affirmer que ce sont les hommes qui font les lieux, et par conséquent l’espace, et non l’inverse, même si chaque lieu a sa matérialité propre. L’espace matériel ou objectif, est ainsi paré d’une enveloppe culturelle, mais les deux restent indissociables. […] Sur un même espace, en des mêmes lieux, les hommes ont des représentations multiples et variées ».

Si l’histoire d’un territoire n’a pas offert de tels instants, il sera bon de les imaginer. Toute histoire doit avoir un début.

Ainsi, commémorer est bien plus qu’un regard en arrière et, définitivement, bien plus qu’une régulière servitude dont nous serions condamnés à revivre l’immuable et sclérosé cérémonial. Commémorer n’a de sens, en tous les cas du point de vue territorial, que s’il s’agit d’un instant de partage de culture, de vécu, éclairant l’instant présent (d’où venons-nous ?) et appelant chacun à accepter de poursuivre la route commune. En ce sens, c’est à la fois un rituel et un ciment, un instant d’émotion et non un culte, un rite plus qu’une coutume, une ouverture vers l’Autre et jamais un repli sur soi. Il va sans dire que si l’histoire d’un territoire n’a pas permis d’offrir de tels instants, il sera alors bon de les imaginer. Toute histoire doit avoir un début.

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