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Portrait d'Alain Badiou.

LE MOT RÉPUBLIQUE EST … UN FÉTICHE*

Entretien avec Alain Badiou Philosophe et dramaturge

Publié le 23 Juin 2016
Couverture Parole publique n°12

*Titre complet de l’article paru dans la Parole publique :

« Le mot république est à tout moment convoqué comme un fétiche »

 

Présent au festival d’Avignon en juillet 2015 avec la représentation quotidienne de sa République de Platon, Alain Badiou a travaillé avec Antoine Vitez avant d’écrire une série de pièces comme Ahmed le subtil (1984), Ahmed philosophe (1995), éga­lement jouées en leur temps à Avignon. Auteur d’essais sur le théâtre, romancier et polémiste, il a publié en 2012 sa République de Platon, résul­tat de six ans de travail, qui tout en n’étant pas une « traduction » au sens usuel, témoigne à la fois d’une proximité constante et d’un éloignement radical avec le texte grec. Il a répondu­ par écrit à quatre questions posées par Parole Publique.

 

La République n’est pas réductible à la simple forme de l’État. Il faut un combat permanent, notamment pour garantir l’égalité.

Pourquoi parler de la République en 2016 ?

Alain Badiou – Je vois à cela au moins deux raisons. La première concerne la valeur d’égalité. Aujourd’hui le mot « république » est à tout moment convoqué comme une sorte de fétiche évident, dont n’importe quelle tendance politique, même ouvertement réactionnaire et antisociale, peut se réclamer. On semble oublier que, prise dans son sens authentique – celui qui était déjà à l’œuvre dans la pensée et le programme de Robespierre ou de Saint-Just –, la République n’est pas réductible à la simple forme de l’État. On oublie, dans cet usage vraiment usé du mot, que pour s’assurer de ce que la masse des gens est réellement dans une république, il faut une sorte de combat permanent, notamment pour garantir sa seconde caractéristique : l’égalité.

Conçue comme vérité et résultat d’une politique, la République est la construction permanente d’un tout nouveau rapport social.

D’innombrables hommes politiques n’ont que « république » à la bouche alors même qu’ils soutiennent ouvertement que l’égalité est une « utopie dangereuse ». Si l’on croit qu’être républicain c’est être hostile à quiconque est musulman ou à quiconque est chez nous un réfugié qui fuit les horreurs d’une guerre civile, on se trompe lour­dement ! Conçue comme vérité et résultat d’une politique, la République est la construction permanente d’un tout nouveau rapport social. Et ce rapport exclut que la société tolère des choses du genre d’une différence salariale allant de 1 à 400, ou que, dans le monde tel qu’il est, 264 personnes possèdent autant que 3 milliards d’autres. Nous ne devons plus accepter que se réclament de la république des gens qui trouvent tout à fait naturel, vu la « concurrence » mondiale, que nous vivions en réalité sous la coupe d’une oligarchie capitaliste très restreinte, dont on voit tous les jours que nos gouvernements ne sont, comme le disait Marx, que les « fondés de pouvoir ».

Le projet de tous les républicains authentiques en France, des fondateurs à Jaurès, était la république universelle.

La seconde raison concerne la valeur de fraternité. L’idée que la république puisse être enfermée dans ses frontières, comme le fait qu’on vante son caractère national (les « valeurs françaises »), sont en réalité des aberrations. Le projet de tous les républicains authentiques en France, des fondateurs à Jaurès, était la république universelle. De même que les socialistes véritables ne voyaient le devenir d’une politique d’émancipation que dans la fraternité inter­na­tio­nale des prolétaires, les républicains non encore dévoyés savaient que les frontières, les barrières, les murs, les exclusions, les anathèmes, le nationalisme, sont en contradiction absolue avec ce que recouvre de puissance émancipatrice le mot même de « république ».

Frontières, barrières, murs, exclusions, anathèmes, nationalisme, sont en contradiction absolue avec la puissance émancipatrice du mot même de république.

Il faut donc parler de « république » soit pour restaurer, si c’est possible, sa force originelle, qui est opposée à l’usage dominant du mot aujourd’hui, soit, si ce contre-courant s’avère impossible, pour nous passer provisoirement de ce mot, ce qui vaudra mieux que de le prostituer.

Pourquoi La République de Platon… en 2015 ?

AB – La nécessaire méditation sur le mot « république » en vue, si possible, d’en sauver la valeur émancipatrice, passe bien entendu, au niveau philosophique, par une lecture et un commentaire contemporains des grands créateurs et défenseurs de ce mot. Platon s’impose alors. Certes, le titre de son livre, Politéia, ne signifie pas « république » au sens moderne du terme. Il signifie plutôt « la chose politique ». C’est une réflexion fondatrice sur ce qui pourrait constituer les caractéristiques d’une société juste : d’un bout à l’autre du livre, le mot « justice » est fondamental. Mais il est clair que, sauf à se contenter de dire que « république » ne fait que s’opposer à « monarchique », ce qui ôte au mot toute force contemporaine, c’est bien de la justice qu’il s’agit en définitive, d’une politique qui serait ordonnée, dans sa pensée, ses actions, ses victoires, à une notion exigeante de la justice.

Que doivent être les dirigeants de la Cité pour que la politique soit juste ?

Platon est comme tout le monde situé dans le temps, dans une certaine forme de société. L’effet de cette situation est de restreindre le champ de sa réflexion à la question suivante : que doivent être les dirigeants de la Cité pour que la politique soit juste ? Nous savons aujourd’hui, à partir notamment des analyses marxistes des sociétés, que ce n’est pas le tout de la question. Cependant on constate que ce que dit Platon des caractéristiques d’une direction orientée vers la justice demeure absolument d’actualité : sobriété, lutte décisive contre toutes les formes de corruption, désintéressement (on ne doit mettre au pouvoir que des gens qui ne le désirent pas), absence d’opportunisme et d’esprit de concurrence, considération de tous les problèmes à la lumière de ce qu’est l’orientation juste, etc.

Au théâtre, les questions politiques, artistiques, existentielles sont exposées au public de façon à la fois profonde et stylisée.

Je me suis aperçu, en retravaillant le texte, qu’il suffisait d’universaliser ces caractéristiques, de dire qu’elles doivent être celles de tous ceux qui s’engagent dans une politique dont la norme est la justice, pour nous rapprocher immé­dia­tement d’un sens acceptable du mot « république ».

Pourquoi une pièce de théâtre ?

AB – Il y a depuis longtemps un lien essentiel entre le théâtre et le vrai sens des mots « république », « démocratie », « socia­lisme », ou, finalement, « communisme ». C’est qu’au théâtre, les questions politiques, artistiques, existentielles, incarnées par des types humains présents sur la scène, sont exposées au public de façon à la fois profonde et stylisée, de façon à ce que le public puisse penser les conflits, prendre parti, se mobiliser dans telle ou telle direction.

La République de Platon pose la question de savoir si la pensée politique, sous sa forme émancipatrice, peut être le résultat du collectif humain tout entier.

De façon générale, on peut dire que la discussion est l’âme de la vraie politique. Une réunion, une vraie réunion, confronte, sur un problème dont chacun connaît et accepte­ les termes, aussi longtemps qu’il le faut, les positions en présence et tente de parvenir à un accord large, qui exprime le fait que les arguments en sa faveur ont une résonance suffisamment universelle pour entraîner une décision presque unanime, si tous les participants sont de bonne foi. Le théâtre est en accord imaginaire avec ce processus réel.

De ce point de vue, le théâtre est une école politique qui devrait être obligatoire. Platon l’a si bien compris que lui qui, pour des raisons esthético-politiques, était hostile au théâtre de son temps, a néanmoins écrit sa pensée sous la forme de dialogues, encore aujourd’hui souvent représentés au théâtre. Je n’ai donc eu qu’à styliser un tout petit­ plus la République de Platon, à la mettre à la hauteur du style théâtral contemporain, pour disposer d’un texte apte à susciter dans le public une vive attention sur les questions en jeu, notamment celles liées aux questions du genre « Qu’est-ce que la justice ? » ou « Comment émanciper la conscience publique ? ».

Pourquoi avec les habitants d’un quartier d’Avignon ?

AB – Cette proposition, venue de la direction du Festival, m’a immédiatement paru en complète conformité avec les intentions de mon travail sur le texte de Platon, et même, si j’ose utiliser un argument un peu étrange, avec les intentions de Platon. Le livre que j’ai publié sous mon nom, mais qui porte le titre La République de Platon, pose en effet la question de savoir si la pensée politique, sous sa forme émancipatrice, peut être le résultat du collectif humain tout entier. Il ne s’agit donc clairement pas de s’adresser à des spécialistes, ni en ce qui concerne la politique, ni en ce qui concerne la philosophie. Pourquoi dès lors confier les lectures publiques de ce texte uniquement à des spécialistes du théâtre ?

Quelque chose de plus, un théâtre où l’on pense devant vous, et où vous partagez, immédiatement – sans médiation – cette pensée.

Quand il est question de l’idée politique, du salut de la vie humaine, de la justice, il doit être clair qu’on adresse à tout le monde un travail qui, symboliquement, doit lui-même apparaître comme réalisé sous une juste loi collective. D’où ce très « républicain » assemblage de trois artistes chevronnés, des élèves d’une école de théâtre et de volontaires venus de la ville. Le texte a en outre été présenté en entier, jour après jour, devant un public lui-même « républicain », en ce que, cette leçon de justice étant gratuite, pouvait y venir qui voulait. Le résultat a été, de l’avis général, une complète réussite. On peut certes qualifier cette réussite d’artistique. N’étions-nous pas tous, sous les arbres d’un jardin, dans la représentation, l’imaginaire, la leçon pleine de charme, par tous dite et par tous écoutée ? Mais justement, il y avait là quelque chose de plus, un théâtre où l’on pense devant vous, et où vous partagez, immédiatement – sans médiation – cette pensée. Où qu’il soit, Platon n’a pu que se réjouir.

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