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L'abstention, un échec de la communication territoriale

L’ABSTENTION, UN ÉCHEC DE LA COMMUNICATION TERRITORIALE

JEAN DE LEGGE consultant, ancien directeur de la communication de Rennes et Rennes Métropole

Publié le 13 Mar 2015
Parole publique N°8

C’est un record : au deuxième tour des municipales de 2014 la moyenne nationale d’abstention s’établit à 37,8 % et à 46,3 % pour les villes de plus de 100 000 habitants. Dans les grandes villes, si on ajoute les non-inscrits, moins d’un habitant sur deux s’est déplacé. Cette désertion interroge d’autant plus que les maires sont des élus de proximité qui bénéficient de cotes de confiance élevées.

L’analyse met en évidence les composantes sociales et générationnelles de l’abstention : moins de 25 ans, personnes sans diplômes, habitants des quartiers relégués ou des territoires en difficulté sont les plus abstentionnistes. Dans la plupart des villes de banlieue et des grandes villes françaises, les votants sont minoritaires. Nombre d’élus en sont conscients, la démocratie participative locale est appelée au secours d’une démocratie représentative défaillante.

Le malentendu gestionnaire

L’ampleur même de l’abstention montre qu’elle gagne les habitants qui utilisent les services municipaux et les ressources commerciales de la ville, saisissent les possibilités de sports, fêtes et divertissements, fréquentent les marchés, déambulent dans les parcs et lieux publics. Dès lors, l’abstention paraît moins l’expression d’un retrait généralisé de la vie locale que le symptôme d’un grand malentendu démocratique, lié pour partie à l’ambiguïté du statut politique de la gestion municipale et aux effets d’exclusion de la communication locale.

Les collectivités territoriales tentent de répondre aux besoins et attentes des habitants grâce à la qualité de leur administration, au travail de leurs agents et aux valeurs qui les animent. Ces derniers font marcher cette vaste entreprise de services que sont les villes et intercommunalités. Les espaces d’accueil et d’information, les services sociaux, les structures de quartier tissent des liens entre les habitants et leur commune et construisent largement le vécu de la proximité. L’image des élus et du maire repose, dans une large mesure, sur la qualité des services de l’administration et particulièrement sur la qualité de ceux qui reçoivent du public.

“Pour ceux qui votent ou se présentent, les élections municipales s’inscrivent dans l’imaginaire politique de la République. Les abstentionnistes ne partagent pas cet imaginaire politique.”

“Le discours de pouvoir est devenu la langue commune des gens responsables. Parler le territorial ou non, telle est la nouvelle segmentation entre habitants.”

Pour beaucoup d’habitants, le maire est d’abord le responsable du bon ou mauvais fonctionnement de l’administration municipale. Entreprise de services aux usagers, de soins aux personnes en difficulté, de spectacles pour rassembler et distraire, la ville est un univers de services dont l’efficacité dépend de sa bonne organisation. La compétence gestionnaire prêtée aux élus n’est pas comprise comme relevant du champ politique : le maire est un administrateur à qui les habitants demandent compétence et dévouement. Les votants réélisent souvent des personnalités dont ils ne partagent pas les étiquettes politiques. L’appartenance politique n’est pas une raison de mobilisation d’autant plus que les partis renoncent à représenter des forces sociales particulières : tous font campagne sur un intérêt général du territoire. Dès lors que le positionnement politique du candidat n’est pas un critère de choix, la bagarre électorale est sans objet. Ajoutons que le processus d’investiture est peu mobilisateur : souvent les candidats sont désignés par quelques personnalités et leur choix soumis aux militants des partis qui représentent moins de 1,5 % des électeurs.

La signification politique de l’élection est en jeu. Pour ceux qui votent et ceux qui se présentent, les élections municipales s’inscrivent dans l’imaginaire politique de la République: les habitants y tiennent la place de citoyens qui, par leurs votes, participent aux principes et aux valeurs de ce qui fonde la démocratie. Les abstentionnistes ne partagent pas cet imaginaire politique, ils n’arrivent pas à lier leur expérience concrète des services et leur usage de la ville à une symbolique républicaine abstraite. Certains disent, « voter n’a pas de sens » parce que la construction politique censée dégager le meilleur administrateur de la ville leur échappe. La bonne image qu’ils peuvent avoir d’une personnalité locale ou d’un maire sortant vient se heurter à la comédie électorale dont les codes et la charge démocratique et républicaine leur est étrangère.

Le territoire limité à sa bureaucratie et ses services, les déficits d’appropriation du surmoi républicain favorisent les dynamiques d’abstention. Les réponses des municipalités semblent inadaptées et renforcent la dualité entre supporters et contempteurs des élections.

L’urgence d’une autre communication publique

Bien sûr, le développement économique, le développement urbain, la vie sociale et culturelle d’une ville et d’une agglomération renvoient à des enjeux et des choix éminemment politiques. Mais, dans les faits, la vie locale peut apparaître comme une sorte de laboratoire de la dépolitisation : la professionnalisation de la vie politique induit une mutation vers le discours d’expertise. Conséquence de la mondialisation et de la décentralisation, pour attirer les investisseurs les territoires doivent se montrer sous leur meilleur jour, valoriser les équipements et les infrastructures, mettre en avant les startups et les entreprises qui réussissent, persuader de la qualité de la formation et de l’environnement de recherche, insister sur la créativité des acteurs culturels, décrire les ressources cachées liées à l’identité exceptionnelle d’un territoire évidemment peuplé de gens positifs, entreprenants, ouverts et méritants…

“Face au discours clos de la raison territoriale supérieure, l’habitant ne peut que se soumettre ou se démettre, acquiescer ou s’exclure.”

Pour associer un vocabulaire de positivité au territoire la parole institutionnelle se pare d’atours identitaires. Les messages ayant trait aux politiques publiques et à la promesse de cité heureuse deviennent l’expression de l’histoire du territoire, de ses qualités cachées et de ses ressources de psychologie collective. Il s’agit de produire une raison territoriale supérieure. Le discours de pouvoir est devenu la langue commune des gens responsables. Parler le territorial ou non, telle est la nouvelle segmentation entre habitants. Il y aura ceux dont la position sociale leur permettra de comprendre cette langue  et ceux qui ne pourront y entrer. Et ces derniers refusent de faire semblant de parler le langage des pouvoirs locaux.

“Les messages de la communication publique territoriale s’adressent plus à ses commanditaires et à l’environnement institutionnel qu’à la population.”

Elus et communicants n’ont pas d’état d’âme à penser la communication comme une pédagogie, entérinant la volonté de prendre les habitants dans un discours unique censé créer un ordre local. On est loin d’Hannah Arendt qui définit « Le sens de la vie publique, (comme) un monde commun mais vu de places différentes », ouvrant ainsi une légitimité à tous les points de vue et rappelant que le conflit des perceptions est consubstantiel à la vie politique.

Les élus, sentant l’importance de la population qui échappe à leur discours, multiplient les initiatives de proximité. Mais les réunions d’habitants et les tentatives de démocratie participative restent souvent une simple modalité de la parole pédagogique. La présence des habitants et de leurs questions ne sont qu’une occasion de rappeler que les projets présentés sont inéluctables face aux défis de l’avenir et sont la traduction technique de l’intérêt collectif, à opposer aux intérêts particuliers et à la courte vue individualiste des habitants…

Pour refouler les contradictions, pour intégrer dans la collectivité, rien de mieux que le storytelling, la mise en récit permettant de présenter les décisions dans la cohérence et la continuité d’une histoire locale à laquelle les habitants sont priés de s’identifier. Le récit est autoritaire dans son principe même, il s’oppose aux offres narratives diverses et contradictoires qui seraient nécessaires pour faire vivre la sphère publique. Il est légitime de poser l’hypothèse que, face à l’imposition du discours clos de la raison territoriale supérieure, l’habitant ne peut que se soumettre ou se démettre, acquiescer ou s’exclure.

“Les habitants n’ont pas à parler comme le pouvoir, les places ne sont pas échangeables.”

Il est temps de renverser les problématiques, c’est-à-dire de quitter la volonté pédagogique au profit de l’écoute préalable, afin de construire les messages en fonction des représentations des distants et des exclus, de ce qu’ils disent et se disent entre eux. Tenir compte des cibles auxquelles on s’adresse, c’est l’abc du marketing. Cette règle est souvent oubliée par la communication publique territoriale : les messages s’adressent plus à ses commanditaires et à l’environnement institutionnel qu’à la population. Rappelons aux communicants et aux élus que les habitants n’ont pas à parler comme le pouvoir, les places ne sont pas échangeables. Les habitants n’instruisent pas de dossiers, leur expression n’est pas documentée, comme on dit, mais ce qu’ils disent constituent des messages à entendre et à décrypter. Ce qui est en jeu, c’est le sens de la parole de l’autre, la présence dans la ville de sujets dont la similitude et la diversité des histoires ou des représentations compose une parole sociale à comprendre et à prendre en charge.

“Plus que jamais, il faut tenir compte de l’opinion des absents, faire parler les muets, donner à voir la complexité du corps social et ses contradictions.”

La communication publique territoriale ne peut se limiter à porter des doxas expertes et des images de cité heureuse. L’actualité récente devrait nous inciter plus que jamais à considérer la communication comme une politique publique qui doit s’élaborer en réponse aux messages des habitants, à leurs attentes, à leurs représentations et à leur imaginaire. Plus que jamais, il faut tenir compte de l’opinion des absents, faire parler les muets, donner à voir la complexité du corps social et ses contradictions. Il s’agit de renouveler le contenu de la vie publique locale et de l’imaginaire démocratique à partager. C’est à cette condition que la communication publique peut être l’outil politique de la cohésion sociale et l’expression crédible d’une collectivité républicaine.

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