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La République et le travail

Dominique Méda Professeure de sociologie, directrice de l'Irisso

Publié le 24 Oct 2016

Le statut du travail a constitué dès les débuts un enjeu de la République : l’année 1848 a ainsi été le théâtre d’un débat passionné entre partisans et opposants du droit au travail, clairement reconnu par la constitution de la Seconde République.

Le préambule de la constitution de 1946 a réaffirmé à son tour que « chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi », sans néanmoins que cette obligation ait jamais été rendue pleinement effective. En effet, le Conseil Constitutionnel a rappelé dès 1983, au moment où la barre des deux millions de chômeurs avait été franchie, qu’il ne s’agissait que d’une obligation de moyens et qu’il appartenait au législateur « de poser les règles propres à assurer au mieux le droit pour chacun d’obtenir un emploi en vue de permettre l’exercice de ce droit au plus grand nombre d’intéressés ».

Notre république « sociale » vit donc depuis lors dans ce paradoxe : le travail est de plus en plus considéré par les individus comme un moyen de gagner sa vie mais aussi d’exprimer ses capacités et son utilité au service de la société ; mais il fait de plus en plus défaut (plus de trois millions et demi de personnes sont aujourd’hui inscrites à Pôle Emploi en catégorie A, c’est-à-dire sans avoir aucune activité) et sa perte est de moins en moins appréhendée comme un risque social : c’est ainsi qu’il faut interpréter les tentatives ou les projets d’inciter les chômeurs à reprendre un emploi, de rendre leurs allocations dégressives, d’obliger les allocataires de minima sociaux à réaliser des tâches d’intérêt général en « contrepartie » du versement de minima sociaux.

Chômage, insécurité dans l’emploi, conditions de travail médiocres : les victimes sont conduites à voir dans l’Europe telle qu’elle s’est transformée la cause de leurs maux.

Consensus de Washington

Depuis le début des années 1980, en effet, dans la droite ligne des recommandations formulées par l’OCDE et dudit Consensus de Washington, l’idée selon laquelle la seule manière pour les pays de tirer leur épingle du jeu dans la globalisation serait d’obtenir la flexibilité à la baisse des salaires et de réduire le niveau de protection des salarié(e) s’est considérablement diffusée. La libre circulation des capitaux et la constitution de fonds et d’entreprises transnationales à la recherche de taux de rentabilité toujours plus élevés ont augmenté les pressions pesant sur les législations sociales et du travail, restées nationales, les mettant en compétition les unes avec les autres. Les principaux palmarès, tel celui de Doing Business qui organisent un benchmarking permanent, mettent à l’actif des pays la facilité de licencier et la modération salariale, faisant du travail le principal élément de concurrence entre les nations mais aussi en leur sein. En s’éloignant, au nom de la liberté économique, de l’égalité et de la fraternité, le statut du travail devient source de division de la République.

Il faut reconsidérer les effets délétères de la conception selon laquelle la compétition généralisée sur le coût et les protections du travail est le nerf de la guerre.

Telle est d’ailleurs la principale raison des fortes oppositions à la loi dite Loi Travail aujourd’hui : la crainte est de voir les entreprises d’une même branche, libérées du verrou que celle-ci pouvait encore mettre à la diminution du taux de rémunération des heures supplémentaires, se livrer une féroce bataille dont les victimes seront une fois de plus les personnes au travail. Ce sont elles aujourd’hui, au chômage, insécurisées dans leur emploi, coincées dans des conditions de travail médiocres, qui se tournent vers les discours qui semblent prendre en considération leurs maux et parlent dignité du travail et revalorisation des salaires et des protections. Ce sont elles qui sont conduites à voir dans l’Europe telle qu’elle s’est transformée la cause de leurs maux et qui finissent par accepter de penser qu’une rupture radicale avec cette même Europe pourra transformer leur situation.

Il est difficile de nier qu’il existe un lien entre les contraintes et les recommandations européennes (une partie de la loi El Kohmri était inscrite dans les recommandations à la France du Conseil européen au sujet de son programme national de réforme) : les exigences de réduction du déficit budgétaire diminuent fortement les marges de manœuvre des gouvernements et pèsent sur l’emploi. Mais plus généralement, ce sont les effets délétères de cette conception – selon laquelle la compétition généralisée sur le coût et les protections du travail est le nerf de la guerre – qui doivent être reconsidérés. C’est ce qu’ont fait, dans un relatif silence étant donné le caractère révolutionnaire de leur écrit, trois économistes du FMI dans le dernier numéro de la revue de cet organisme. Leur article intitulé Le néo-libéralisme est-il survendu ? met en évidence les conséquences dramatiques de la liberté des capitaux et des politiques d’austérité, prônant même le retour au contrôle des capitaux.

Il faut d’urgence une Europe capable de devenir une zone de haute qualité sociale, environnementale et démocratique.

Consensus de Philadelphie

C’est donc bien – de plus en plus de voix s’élèvent pour le dire – le prétendu Consensus de Washington qu’il faut remettre en cause pour que cesse cette casse sociale qui pousse les travailleurs, notamment des nations occidentales, dans les bras des partis d’extrême droite. C’est donc qu’il faudrait renouer avec ce qui prévalait auparavant et qui avait ouvert une longue période de prospérité et de paix relative : le Consensus de Philadelphie, noué au sortir d’une guerre épouvantable, et fondé sur l’idée qu’il n’y a pas de paix sans justice sociale et sans conditions de travail dignes pour tous.

Une Europe sociale, intégrée et solidaire, est une condition de survie pour le type de république auquel les Français sont attachés.

Ces idées doivent retrouver des lieux d’application, sinon au niveau international grâce à l’édiction de normes sociales plus strictes par l’OIT, au moins au niveau d’une Europe renouvelée, capable de devenir une zone de haute qualité sociale, environnementale et démocratique, une Europe sociale, économique et fiscale intégrée et solidaire qu’il nous faut, de toute urgence, décider de construire. Cette Europe solidaire, ne nous y trompons pas, est une condition de survie pour le type de république auquel les Français restent fondamentalement attachés.

En s’éloignant, au nom de la liberté économique, de l’égalité et de la fraternité, le statut du travail devient source de division de la République.

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