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Mona Ozouf

La République […] jamais dogmatique

Entretien avec Mona Ozouf Historienne, directrice de recherche au CNRS

Publié le 10 Nov 2016

Titre complet de l’article paru dans Parole publique :

La République a été une construction pragmatique,  jamais dogmatique

 

_La République, quand et comment la rencontrez-vous ?

Mona Ozouf – La République de mon enfance se confond avec l’école laïque. À l’époque, les Républicains sont ceux qui envoient leurs enfants à l’école publique. La laïcité fait partie des valeurs républicaines. Un bourg breton, entre les deux guerres, est fendu en deux, les laïques et les autres. On ne choisit pas l’épicier pour la qualité de son beurre mais pour sa décision d’envoyer ou pas ses enfants à l’école publique.

Je traverse mon enfance dans la perplexité, avec l’idée qu’il y a plusieurs demeures dans la République.

Fille d’instituteur, je vis dans le groupe scolaire à un bout de la commune. Les écoles privées sont à l’autre bout. Il y a une sorte de bipartition géographique de l’espace : on sait forcément de quel côté on est, celui de la République, de la laïcité, très grossièrement de la gauche. Mais, en Bretagne, tout le monde va à l’église, y compris le côté de l’école publique, et à l’église on entend le curé prêcher contre la République, Marianne la Morveuse…

Pour moi il y a un problème particulier. Ce que j’apprends à la maison est tout entier pénétré de culture bretonne : ma grand-mère vit avec nous, elle a sa coiffe et ne parle que breton, elle raconte les proverbes, les légendes, les manières d’organiser l’existence. En même temps, mes parents sont des militants régionalistes : ce que j’apprends à l’école républicaine, à laquelle j’appartiens quasi génétiquement, ne coïncide pas avec ce qui est dit à la maison. Dans la famille, les grands hommes ne sont pas ceux de l’école laïque et républicaine. Du Guesclin, dont j’apprends à l’école que toutes les filles de France ont donné une quenouille pour payer sa rançon, est considéré à la maison comme un traître.

Je traverse mon enfance dans la perplexité, avec l’idée qu’il y a plusieurs demeures dans la République. Je ne doute quand même pas de ce qui est l’essence de la République : l’abstraction des particularités. Une seule chose différencie les êtres : le mérite. À l’époque, le classement n’est contesté par personne, c’est un élément républicain. On ne parle pas trop des dons intellectuels. Il y a quelque chose de tout à fait libérant, nul ne trimbale son origine sociale. En vérité, ceux qui fréquentent l’école laïque sont quand même dans un éventail social très restreint, les enfants des notables vont aux autres écoles. Mais l’abstraction des particularités a deux versants, bénéfique et maléfique.

L’expérience de la République divisible, je l’ai faite à la maison.

Pour mes parents, c’est le maléfique qui domine : l’abstraction des particularités leur paraît une injustice, un mépris, un aveuglement. Dans le bulletin que mon père rédige pour les instituteurs, il défend la langue bretonne. Il pense que les prolétaires bretons subissent une double injustice puisqu’on les empêche de parler la langue qu’ils parlent dans toutes autres circonstances de la vie. Et il y a le mépris : dans ma famille vit l’idée que pèse sur les Bretons un sentiment de honte, d’archaïsme. De fait, les écrivains dont on parle à l’école républicaine n’ont pas montré de sympathie pour les particularités bretonnes. Cécité de l’État jacobin : dans la cour de l’école, on refuse les différences ; on punit les enfants surpris à parler breton dans le jeu de la marelle… Ces punitions n’existent pas dans mon école parce que le bourg est sur la frontière linguistique, de culture à la fois française et bretonne. Donc on vit un peu sur deux pieds.

L’évolution de la République est allée dans le sens des accommodements avec le principe des républicains purs et durs.

L’héritage breton s’est atténué au fil du temps, encore présent au collège et au lycée, plus du tout dans l’enseignement supérieur. Je suis venue à Paris. Ma mère a relâché sa consigne de faire tous les soirs une version breton/français et un thème français/breton. Ma grand-mère usait du français avec moi parce que pour elle c’était la langue de la réussite sociale, de l’ascension ; elle usait du breton avec ma mère pour les conversations privées. L’enfance dans le bourg breton c’est effectivement la découverte d’une sorte de double vie, à l’école et à la maison.

La loi de séparation de 1905 est devenue au fil des années une loi de collaboration, plus ou moins avouée…

Sans compter que la vie à l’église, troisième volet, était également inamicale aux cultures de l’école et de la maison. Au catéchisme, l’espace de l’église était quadrillé : les filles de l’école religieuse d’un côté, celles de l’école laïque d’un autre, avec un espace entre les deux pour bien marquer qu’on n’était pas du même monde ; même séparation entre les garçons. C’était l’espace de l’inégalité. En plus, mes parents étaient agnostiques et moi je devais répéter que, hors l’église, point de salut. J’étais très troublée. L’expérience de la République divisible, je l’ai faite à la maison.

_Il y a beaucoup d’analogies avec l’époque actuelle…

MO – Sorti de l’enfance, on est perplexe, on se bat avec des incertitudes. Il faut arbitrer entre des fidélités contradictoires. Mais à mes yeux, on le peut : la République, c’est cela.

Ce qui est important dans les fidélités contradictoires, c’est de déterminer les situations dans lesquelles il est bon, légitime, intéressant de faire abstraction des différences et les situations dans lesquelles faire abstraction des différences prive la vie de variété, d’intérêt et de saveur. La République a fini par imaginer cet arbitrage-là, qui est aujourd’hui remis en question quand on nous présente la situation actuelle comme revenue à une situation de guerre. En réalité, l’évolution de la République est allée dans le sens des accommodements avec le principe des républicains purs et durs.

L’ordre de la devise républicaine est le bon : c’est par la liberté qu’il faut commencer. C’est profondément lié à la laïcité.

Quand on entend aujourd’hui des républicains « purs et durs » vouloir revenir à la « vraie » République, on se frotte les yeux, parce que le principe républicain pur c’est le face-à-face entre l’individu isolé et l’État : si on en était resté aux principes de la vraie République, il n’y aurait jamais eu de syndicats ni d’associations ! Regardez la loi de séparation de 1905 : elle respire l’intransigeance dans son énoncé, « la République ne reconnaît aucun culte », mais elle est le résultat d’une série d’arbitrages juridiques compliqués et d’accommodements. Aujourd’hui la République subventionne l’enseignement privé, si bien que la loi de séparation est devenue au fil des années une loi de collaboration, plus ou moins avouée…

_Vous rencontrez aussi la République à l’école dans vos travaux sur les instituteurs avec Jacques Ozouf.

MO – La République que je fréquente à l’école, c’est celle que je vais retrouver dans l’enquête de Jacques Ozouf sur le travail des instituteurs d’avant 1914. Pour ces hommes et ces femmes, la consubstantialité de l’école et de la République est une évidence : l’école publique et l’apprentissage de la République, c’est la même chose. Si on les avait interrogés sur ce que sont les valeurs républicaines, ils auraient répondu sans hésiter : liberté, égalité. Moins fraternité, parce que le mot a des connotations plus chrétiennes. Pour définir leur école, ils disaient : « chez nous c’était l’égalité sur les bancs ». Définition très simple qui dit qu’on n’y sépare pas les guenilleux des jolis enfants bien habillés.

Dans l’unanimité à brandir les valeurs républicaines, il y a beaucoup d’hypocrisie, sinon de cynisme.

Ce qui est frappant chez ces instituteurs, tout attachés qu’ils soient à l’égalité, C’est le caractère principiel de la liberté. Tout le monde oublie à quel point il est difficile de faire vivre à la fois la liberté et l’égalité. Les instituteurs de la République sont très sensibles au fait qu’il n’est pas facile de les faire aller de pair. On peut très facilement déroger à la liberté au nom de l’égalité et déroger à l’égalité au nom de la liberté.

À la naissance de ces deux principes, sous la Révolution française, quand les constituants légifèrent, il leur arrive de sacrifier l’égalité au nom de la liberté. Pourquoi réserver le vote à des gens qui ont un certain revenu ? Parce que ce vote-là sera théoriquement libre, il ne sera pas dépendant d’un patron. Au contraire, les constituants dérogent à la liberté du père de famille au nom de l’égalité, quand ils légifèrent sur l’héritage : on ne peut pas privilégier l’enfant le plus tendre ou le plus méritant…

La République ne survit qu’enracinée dans des territoires différents, ayant chacun leurs spécificités.

À chaque fois, la liberté et l’égalité demandent des aménagements, une remise en cause de ce qui est la valeur principielle. Dans les propos de ces instituteurs, l’ordre de la devise républicaine est le bon : c’est bien par la liberté qu’il faut commencer. Pendant tout le dix-neuvième siècle, l’ordre de la devise a été l’objet d’une discussion infinie. Pour les philosophes, cela a été le point crucial. Pour les instituteurs de l’époque, la valeur première c’est la liberté, et c’est profondément lié à la laïcité : la liberté de croire ou de ne pas croire, de réserver son jugement, est la chose fondamentale dans la République, disent-ils.

_Et comment voyez-vous cette question aujourd’hui ?

MO – Dans l’unanimité à brandir les valeurs républicaines, il y a beaucoup d’hypocrisie, sinon de cynisme. Il y a de l’imposture quand un parti décide de s’appeler « les Républicains », comme s’il n’y en avait pas d’autres, quand le Front National brandit la laïcité comme un signe identitaire, une arme contre l’islam qui permet d’ignorer toutes les exclusions.

Les habitants des régions où il y a le plus de particularités de langue et d’histoire se disent à la fois fiers d’être de chez eux, d’être français et d’être européens.

L’emphase d’aujourd’hui cache aussi l’ignorance. Nos républiques présentent des visages différents : nos actuelles institutions auraient fait bondir les gens de la troisième République. La renonciation au légicentrisme absolu au profit d’un Conseil Constitutionnel qui fait passer les droits avant la loi est une idée absolument étrangère à l’arrangement institutionnel de la Troisième République.

Nos républiques se sont succédées avec des fortunes inégales. Les deux premières ont fini lamentablement en se confiant à un dictateur. La troisième a été la plus coriace – elle a franchi l’épreuve d’une guerre mondiale atroce – mais la plus souple aussi, c’est celle qui a procédé à plus de révisions ou d’accommodements du principe républicain, en revenant très largement sur la méfiance que les républicains « intégristes » portent aux associations partielles, aux corps intermédiaires. La quatrième est morte dans son jeune âge, de faiblesse et de trouille. La cinquième a inventé un arrangement institutionnel tout à fait nouveau.

La seule manière d’intégrer des populations qui arrivent avec une culture différente, c’est l’école.

Laquelle de ces républiques correspond au modèle ? Il n’y a pas de modèle. Le modèle issu de la Révolution a connu mille et un accommodements. Maintenant, quand on parle de république, on a tendance à pourvoir le mot d’une sorte de solennité qui ne correspond au fond à rien du tout car elle englobe des valeurs contradictoires.

Laïcité fermée ou ouverte, cela ne veut rien dire.

Une des caractéristiques de notre République est l’abstraction de toutes les particularités. Or la République ne survit qu’enracinée dans des territoires différents, ayant chacun leurs spécificités. Le grand problème est de savoir si tout ça peut vivre ensemble. La réponse est oui. Une étude réalisée aux alentours de 2000 dans différentes régions françaises donne des résultats très intéressants. Première question : êtes-vous très fier d’être de chez vous ? En tête des réponses positives, la Corse puis la Bretagne. Deuxième question : êtes-vous très fier d’être français ? Bretagne et Alsace. Troisième question : êtes-vous très fier d’être européen ? Alsace et Bretagne. Ce sont les habitants des régions où il y a le plus de particularités de langue et d’histoire qui se disent à la fois fiers d’être de chez eux, fiers d’être français et fiers d’être européens.

_Des communautés fières de leur quartier, de leur histoire propre, peuvent-elles faire république ?

MO – Imaginez que l’on dise que ce n’est pas possible, qu’il y a une incompatibilité absolue entre les musulmans et la république. Quelle est la conclusion ? On entre dans la guerre des civilisations. Au contraire, si on veut faire république, même si cela n’est pas facile, il faut faire que les choses aillent le moins mal possible.

La ligne à ne pas franchir, c’est de transformer une des croyances possibles en croyance absolue et despotique.

C’est ce que ne font pas les laïques exaltés qui, par exemple, veulent interdire aux mères de famille qui portent un foulard d’accompagner les enfants pendant les sorties scolaires. La seule manière d’intégrer des populations qui arrivent avec une culture différente, c’est l’école. Est-il raisonnable de faire de l’école un lieu infranchissable pour une mère de famille voilée ? Pour les mères musulmanes qui viennent à la fête de l’école faire des gâteaux, écouter leurs enfants sur les estrades réciter Victor Hugo, c’est un moment extraordinaire. Est-ce qu’au nom d’une conception extrémiste de la laïcité on va mettre ces gens dehors ? C’est un très mauvais usage de l’idée républicaine. La République n’a jamais voulu dire ça.

Il a fallu des siècles aux catholiques pour faire leur transaction avec la démocratie. Cela invite à considérer la chose avec patience et dans la durée.

La laïcité, c’est la séparation du politique et du religieux : on met de côté les opinions des individus sur la vie éternelle et l’au-delà. Laïcité fermée ou laïcité ouverte, cela ne veut rien dire : la laïcité est aussi une neutralisation de toutes les conceptions du bien, toutes jugées légitimes. Aucune n’a le droit de s’absolutiser par rapport aux autres. Si on est laïque, on vit dans un régime de pluralité, la ligne à ne pas franchir c’est de transformer une des croyances possibles en croyance absolue et despotique. La raison elle-même peut être despotique, il peut y avoir une tyrannie de la raison.

Il faut tenir bon sur cette conception de la république. Il faut bien vivre avec différentes croyances. Savoir si l’islam est capable de faire sa transaction avec la démocratie, c’est un problème qui nous dépasse tous largement. Il a fallu des siècles aux catholiques pour faire cette transaction… Cela invite à considérer la chose avec patience et dans la durée. Et de ne pas dire d’emblée que ce n’est pas possible. L’histoire montre que la République a toujours été une construction compliquée, pragmatique mais jamais dogmatique, ce qui serait en contradiction avec la liberté.

Propos recueillis par Bernard Wallon.

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