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La laïcité, mur porteur de la République

Blandine Kriegel Philosophe, ancienne présidente du Haut Conseil de l'intégration

Publié le 21 Oct 2016

La loi de 1905 a correspondu à la consolidation de la République qui était encore l’exception française au cœur d’une Europe monarchique et impériale. Au lendemain de l’affaire Dreyfus, il s’agit de rappeler qu’il n’y a pas de privilège pour des corps séparés de l’État républicain, que l’Armée et l’Église doivent se plier aux lois de la République caractérisées par la liberté de conscience et le respect des droits des personnes.

Si l’institution de la laïcité a réussi si rapidement, c’est qu’elle venait de loin.

La loi de 1905 met fin au Concordat avec Rome signé en 1802 par Bonaparte. Elle cesse de reconnaître « la religion catholique comme celle de la majorité des citoyens français » pour classer l’ensemble des cultes, catholique, protestant, juif et même musulman dans les départements d’outre-mer, sous un statut de droit privé. Elle n’alloue plus de traitement aux ministres du culte, elle abandonne la nomination des évêques pour émanciper l’État d’un quelconque lien, de détermination ou de subordination, de financement ou d’intéressement, avec les Églises.

La séparation du spirituel et du temporel, incarnée au Moyen Âge dans la lutte des papes et des empereurs, a produit en France une longue tradition d’affirmation de l’indépendance de l’État et de l’espace public à l’égard de la religion.

Malgré la résistance d’un grand nombre de fidèles, elle a bientôt été acceptée par la majorité des Français comme une loi de neutralité et de tolérance. Certains même y ont vu une émancipation de l’Église, la chance d’un christianisme apostolique et missionnaire recentré qui trouvera son expression dans le Sillon d’un Marc Sangnier.

Spirituel et temporel

Si l’institution de la laïcité a pu réussir si rapidement, c’est qu’elle venait de loin. La séparation du spirituel et du temporel qui s’est incarnée au Moyen Âge dans la lutte des papes et des empereurs a produit en France une longue tradition d’affirmation de l’indépendance de l’État et de l’espace public à l’égard de la religion. Elle s’est affirmée dès le XVe siècle dans des écrits doctrinaux et des textes de droit (La Pragmatique sanction de Bourges). Tout au long du XVIe siècle et du XVIIe siècle, les légistes français édifient la charte d’une Église gallicane dont le principe fondamental est la séparation de la puissance temporelle et de la puissance spirituelle. Elle sera réaffirmée au XVIIe siècle dans la Déclaration des quatre articles, rédigée par Bossuet.

L’Ancien Régime a donné à ses sujets de toutes confessions un accès à l’espace public et aux charges publiques sans équivalent en Europe.

Le droit politique de l’État affirme son autonomie : il ne procède ni du droit canon ni du droit romain, mais de la construction doctrinale des légistes qui inventent la souveraineté de l’État, qui expriment l’indépendance extérieure de l’État à l’égard du Pape et de l’Empereur autant que sa consistance intérieure à l’égard des communautés féodales.

C’est de la plus grande crise que traverse l’unité française, les guerres de religion – un Dieu contre un Dieu, un prince protestant, Henri de Navarre, contre la France en majorité catholique – qu’est issue la solution originale imaginée par la France : l’Édit de Nantes de 1598. Cette victoire d’Henri IV n’est pas celle des réformés contre des catholiques, mais le succès des modérés des deux partis, des penseurs comme Michel de l’Hôpital, Montaigne et Jean Bodin, à qui l’on doit la doctrine de la souveraineté qui met l’État à l’abri des emprises impériales, féodales et cléricales. Dans Les Six livres de la République Bodin délimite un espace public neutre à l’égard des religions que, dans L’Heptaplomeres, il invite à coexister et à se comprendre en faisant dialoguer, déjà, des chrétiens, un juif et un musulman.

Neutralité de l’État

La France est allée plus loin qu’aucun pays en Europe dans l’affirmation d’une certaine neutralité de l’État. Non qu’une relation de tolérance religieuse n’ait été établie pour les catholiques dans l’Angleterre du XVIIe siècle, mais il n’est question que de protection des minorités face à une religion établie qui limite l’accès des dissidents aux charges publiques. Or, jusqu’à la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685, la France du XVIIe siècle accorde à Condé, Turenne et Rohan les charges militaires et publiques. Ainsi s’affirme l’indifférentisme de l’État à l’égard de la religion.

D’emblée, la laïcité est inscrite dans la profondeur de l’institution publique autonome. Elle est l’exception française.

L’idée, perdue avec la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685, sera reprise par la société civile du XVIIIe siècle dans la philosophie des Lumières et dans la franc-maçonnerie. Elle aboutira au rétablissement, avant la Révolution, de la liberté des cultes pour les protestants. Bref, sous l’Ancien Régime, en matière de charges publiques la France a donné à ses « francs sujets » de toutes confessions un accès à l’espace public et à ses responsabilités sans équivalent en Europe.

L’État républicain est devenu l’espace de rencontre et de coexistence de tous les Français. Et le service de l’État, le service public, devient le véritable pacificateur.

À partir de la Révolution, une série de dispositions garantiront ce cheminement de l’esprit et des institutions laïques : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789, avec le célèbre article X sur la liberté d’opinion et des cultes ; la Constitution civile du clergé en 1790 ; la laïcisation de l’État civil et du mariage en 1792 ; une première séparation de l’Église et de l’État en 1795. On ne comptera plus les hommes politiques protestants : Necker, Guizot, Waddington, Jules Ferry, Freycinet, Stegg, Rocard. De même, les juifs pleinement émancipés par la Constituante donneront plusieurs généraux à la Grande Armée, des députés sous la monarchie de Juillet et une pléiade de ministres et de conseillers d’État sous la Troisième République.

Cette laïcité est une forme de tolérance qui n’est ni celle de la paix d’Augsbourg faisant dépendre la confession des sujets de celle de leur prince (Cujus regio eius religio), ni celle de la simple tolérance des minorités. D’emblée, la laïcité est inscrite dans la profondeur de l’institution publique autonome. Elle est l’exception française : pas la sécularisation anglosaxonne des libertés individuelles et du droit des minorités, mais l’affirmation de la neutralité de l’État. Ici, la laïcité a répondu à un contexte d’opposition entre des millions de personnes. Au XVIe siècle, en France, les protestants étaient minoritaires dans le peuple mais majoritaires dans les élites. À l’opposé, dans les pays anglo-saxons, les catholiques sont rapidement devenus une minorité. De même aujourd’hui en France, la religion musulmane est minoritaire mais constitue la seconde religion en nombre.

L’État républicain est ainsi devenu l’espace de rencontre et de coexistence de tous les Français. Et le service de l’État, le service public, devient le véritable pacificateur. Dans la République, il n’y a plus que des Français. La projection laïque dans l’école contribuera ardemment à l’assimilation des nouveaux arrivants, qui sont moins inscrits dans la différence religieuse (Polonais, Italiens, Espagnols et Portugais) que dans les différences ethniques rapidement dépassées par la scolarité obligatoire. L’unification des Français sera ainsi réalisée autour d’un État laïque, neutre et respectueux de la liberté de conscience. « Vous n’êtes point l’apôtre d’un nouvel évangile ; la législation n’a pas voulu faire de vous ni un philosophe ni un théologien improvisé » écrivait Jules Ferry aux instituteurs le 17 novembre 1883.

Questions pendantes

Tout a-t-il été réglé ? Non. Le consensus a laissé pendantes la question scolaire, la question des édifices du culte, la question de l’instruction civique et des établissements publics. Or, ces problèmes pendants entrent en résonance avec des problèmes nouveaux : remontée des intégrismes ; repli identitaire de la part d’immigrants ou d’enfants d’immigrants qui ont le sentiment souvent justifié que le pacte d’intégration n’a pas fonctionné pour eux ; culturalisme et différentialisme qui mettent sur le même plan toutes les traditions ethniques et culturelles même si elles transgressent les valeurs fondamentales de la République.

Lorsque les principes fondamentaux sont perpendiculairement heurtés, la République ne doit pas faiblir mais tenir.

Au nom de l’acceptation de l’autre, le respect du vivre ensemble sous les mêmes lois a été mis en cause : affaire du voile, accroissement de l’insécurité et de la violence particulièrement contre les femmes et les enfants, désanctuarisation de l’école sont autant de témoignages inquiétants de ces difficultés. Cette situation pousse les citoyens à réfléchir sur la hiérarchie des normes et sur les véritables fondements de la République, que sont la liberté, l’égalité et les droits fondamentaux de l’humain, déclarés en 1789. Ne sont-ils pas des piliers plus stables et plus intangibles que les libertés déclinées à partir d’eux, liberté de circulation, de conscience ou de croyance ? Lorsque les principes fondamentaux sont perpendiculairement heurtés, la République ne doit pas faiblir mais tenir ! Mais nous devons aussi faire preuve de générosité en aidant à la construction d’édifices du culte pour les musulmans, comme à la formation d’imams respectueux des lois de la République.

La laïcité bouscule et transcende le communautarisme dont tout humain est issu par ses communautés naturelle, ethnique, confessionnelle.

La laïcité a une valeur éminente, nécessaire. Elle dit qu’il y a quelque chose d’infiniment respectable dans les croyances, dans toutes les convictions venues de toutes les cultures, dès lors qu’elles acceptent de se respecter mutuellement. Mais si l’État n’a pas à légiférer en matière religieuse, il doit concentrer toute la force de la puissance publique pour maintenir la neutralité sans partage de l’espace public, contre tous les prosélytismes sectaires qui veulent agir par la persécution, l’intimidation ou la terreur.

La laïcité bouscule et transcende le communautarisme dont tout humain est issu par ses communautés naturelle, ethnique, confessionnelle. Elle demande à chacun d’entre nous, pas seulement aux immigrés récents, un effort d’intégration qui est un effort de volonté, de consentement à la paix sociale et à la loi civile. Elle ne nous appelle pas à renoncer à ce que nous sommes, à oublier d’où nous venons, elle nous appelle à dépasser ensemble les particularités pour nous rassembler dans un espace plus large, plus neutre et plus ouvert où nous pourrions être associés… Cette laïcité ouverte à toutes les grandes religions qui chacune ont eu et auront à combattre leur intégrisme mais qui se retrouvent dans leur aspiration universelle à la dignité des humains, cette République de paix et de respect, c’est le message le plus constant de la laïcité en France… Clairement, en France, la laïcité est le mur porteur de la République.

 

Cet article est issu d’une intervention dans le cadre du colloque Claude Erignac organisé le 15 septembre 2016 à la Sorbonne par l’association du corps préfectoral et consacré à La République laïque : toujours et pour toujours ?

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