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La francosphère, c’est la francophonie à l’heure de la mondialisation

Entretien avec Dominique Wolton, directeur de la revue internationale Hermès

Publié le 28 Juin 2018

_Quelle place pour la francophonie dans la mondialisation ?

Dominique Wolton – Réduire la francophonie à un simple regroupement entre la France et ses anciennes colonies, c’est mal connaître sa genèse et sa géopolitique. Des racines du 16e siècle jusqu’au colonialisme des 19e et 20e siècles, le noyau historique a beaucoup évolué. Aujourd’hui, la mondialisation est une chance pour la francophonie car elle lui permet de retrouver un horizon historique et culturel : présente sur tous les continents, appuyée sur la pluralité des identités et des langues, elle devient un symbole de la diversité culturelle à défendre et à construire. La francosphère, c’est la francophonie à l’heure de la mondialisation. Pas un vestige mais une chance pour l’avenir. Ses multiples points d’appui sont autant d’atouts pour amortir les chocs liés à la mondialisation qui, souvent, bouleverse les identités et déstabilise les cultures. Avec le temps, les logiques politiques ont laissé place à des problématiques culturelles : le dialogue entre les racines mondiales de la francophonie et celles des autres aires linguistiques devient un outil privilégié de la cohabitation culturelle.

En dehors de la France, le français n’est jamais langue première. Le défendre, c’est défendre l’indispensable pluralisme des langues régionales maternelles.

_Quelles valeurs porte cette communauté linguistique ?

D.W – Si la langue sert à communiquer, elle transmet aussi les valeurs qu’elle porte : la langue française est indissociable de l’idée de liberté politique et d’émancipation. Autant l’anglais connote avec la modernité – économique -, autant le français connote avec les problématiques d’intérêt général. À condition de ne pas découpler communication et politique, langue et valeurs : il serait dangereux, dans la francophonie, de donner priorité à la lutte pour les valeurs, au détriment de l’intérêt pour la langue. Plus il y a d’ouvertures à d’autres dimensions que linguistique, plus il faut préserver la langue. En dehors de la France, le français n’est jamais langue première. Dès lors, défendre le français, c’est d’abord défendre la nécessité des langues régionales maternelles, le pluralisme linguistique indispensable pour demain. La mondialisation est une chance pour la francophonie, car elle l’oblige à retrouver ses racines mondiales. La francophonie est une chance pour la mondialisation, car elle lui apporte, au travers d’une langue porteuse de valeurs universelles, un moyen pour aider à construire la cohabitation culturelle de demain, et donc la paix.

_Le dialogue des civilisations, en somme ?

D.W – Tout à fait. La langue française est le ciment d’une large communauté humaine qui vit aux quatre coins du monde et pratique des cultures diverses. De grandes et célèbres figures de l’histoire universelle ont contribué à forger le patrimoine commun du monde francophone qui s’est enrichi de la philosophie des Lumières, de l’aspiration à davantage d’égalité, de liberté et de fraternité. Tous ces idéaux, véhiculés par une langue française partagée, ont été enrichis des valeurs issues de tous les pays de l’espace francophone. La francophonie est un laboratoire de la diversité culturelle, un outil du dialogue des civilisations, un des espaces de cohabitation indispensable pour démentir la funeste prophétie du choc des civilisations. Elle est un exemple du pluralisme des modèles politiques et culturels, un acteur des trois espaces linguistiques (lusophone, hispanophone, francophone) et du rapprochement avec l’arabophonie et la russophonie.

La mondialisation est une chance pour la francophonie qu’elle oblige à retrouver ses racines mondiales.

La francophonie est aussi un acteur de cette laïcité de tolérance à construire pour desserrer le lien entre politique et religion : en contribuant à sortir de l’universalisme abstrait comme du communautarisme et des multiples formes d’affrontement des identités culturelles, elle favorise la cohabitation entre majorités et minorités religieuses, sociales et politiques. Bref, la francophonie est un des terrains d’expérimentation des nouveaux liens à construire entre identité et communauté, mondialisation et communauté internationale, diversité culturelle et universalisme.

La francophonie est une chance pour la mondialisation : au travers d’une langue porteuse de valeurs universelles, elle aide à construire la cohabitation culturelle, et donc la paix.

_Quelle place pour les migrations dans la francophonie ?

D.W – La migration doit être revendiquée comme un instrument de valorisation de la francophonie en prenant en compte le double mouvement d’aller et retour entre les pays d’origine et les pays d’accueil, sans oublier les pays de transit. Toute personne qui migre apporte sa culture, son savoir-faire, ses économies, crée de la richesse et partage des valeurs. Comment cette ressource humaine peut-elle s’intégrer et répondre aux défis du développement dans un monde globalisé ? Les migrations, des nantis et des pauvres, sont depuis toujours la richesse de l’humanité et un élément fondamental du développement national et international. Une richesse culturelle incomparable, surtout après la mise en application de la Convention de l’Unesco pour la protection et la promotion des expressions culturelles de 2005. Les migrants participent à la mutation de l’espace francophone et contribuent à lutter contre une logique transversale d’exclusion et de ségrégation.

_ La francophonie en Europe : un atout ?

D.W – C’est par le biais du politique autant que par celui de la langue que se construiront les nouveaux rapports entre francophonie et Europe. De même que l’Europe a cessé de coïncider avec l’Occident, la francophonie a cessé d’être exclusivement liée à la langue française. Elle est aussi le symbole de la diversité culturelle comme atout pour une autre mondialisation. On assiste à une complémentarité entre « communauté de langues » et « communauté de cultures reconnues dans leurs diversités ». En Europe, le projet politique l’emporte sur la diversité des langues et des cultures. La francophonie, c’est l’inverse : une langue commune pour 84 États et gouvernements que beaucoup de choses séparent par ailleurs.

La francophonie est un laboratoire de la diversité, un outil du dialogue des civilisations, un exemple du pluralisme politique et culturel.

Il est important que les acteurs de la vie intellectuelle, économique, sociale et culturelle de pays européens, francophones ou non, explicitent le lien qu’ils entretiennent avec la langue française et, par-delà, avec les pays et les cultures des pays francophones d’Europe, d’Afrique, d’Amérique et d’Océanie ainsi qu’avec les autres aires linguistiques luso-hispano-arabo et russophones.

De même que l’Europe a cessé de coïncider avec l’Occident, la francophonie a cessé d’être exclusivement liée à la langue française.

Propos recueillis par Bernard Wallon

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