soma false positive drug test buy soma in the book brave new world what is soma

xanax and keppra interactions generic xanax xanax retard effect

weight loss center chicago phentermine phentermine 37.5mg phentermine torrance

can valium make you throw up valium online how much does valium sell for

xanax 2mg colors buy xanax xanax and cigarettes

what can i use instead of valium valium for anxiety hydroxyzine and valium together

weight loss while taking tramadol purchase tramadol can you mix oxy and tramadol

does phentermine interfere with depo shot phentermine 37.5mg is phentermine banned in uk

xanax per gatti buy xanax xanax and mood swings

can you smoke valium diazepam diazepam 5mg does valium help tmj

La désinformation fait partie intégrante de notre paysage stratégique

Florence Parly, ministre des armées

Publié le 06 Déc 2018

Fausses rumeurs sur la mort du chef, manœuvres d’intimidation : la manipulation de l’information fait partie de l’univers dans lequel les armées opèrent, depuis toujours. Mais les nouvelles technologies donnent à la manipulation de l’information une ampleur telle que des sociétés entières et des systèmes politiques peuvent être bousculés.

Lorsque les Soviétiques tentaient de faire croire que la CIA était à l’origine du virus du sida, il leur fallait des années de manipulations pour un résultat hasardeux : presque personne à l’Ouest ne lisait la Pravda et aucun journal européen ou américain sérieux n’était prêt à diffuser ce genre de choses. Avec Facebook, Twitter, Telegram, une puissance malfaisante peut susurrer à l’oreille des citoyens de nos pays démocratiques. Désormais, la menace est pour ainsi dire virale.

Une puissance malfaisante peut susurrer à l’oreille de nos citoyens. Désormais, la menace est virale.

Mais de quoi parlons-nous ? À force d’être employé par tous les camps, le terme fake news a perdu toute signification, toute portée. Il désigne tout à la fois une réalité avérée mais déplaisante ou une information inventée de toute pièce, il est devenu tout à la fois le symptôme, la cause et la justification du populisme. Macron Leaks, chaînes de mails, tweets robotisés, manipulation d’élection : la frontière entre information et désinformation s’estompe. Dans un monde où tous les supports se valent, où toutes les sources sont équivalentes, la limite entre le réel et l’imaginaire disparaît, parfois complètement. Ironie du sort, les fake news elles-mêmes ont réussi à être manipulées.

Quand tous les supports, toutes les sources se valent, la frontière entre information et désinformation, entre réel et imaginaire s’estompe.

Car la manipulation de l’information, c’est d’abord une arme puissante que peut utiliser n’importe qui contre nous. Elle crée défiance, crispation, haine de l’autre. Elle crée le flou, surtout, entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Elle sème le trouble et la zizanie. C’est une arme insidieuse, qui se niche dans l’esprit de nos concitoyens et remplace la critique raisonnée par la défiance à priori.
Ironie : la désinformation ne peut prospérer que parce que nous sommes libres de penser et d’écrire, habitués à lire des articles et regarder des reportages qui, parfois, défendent des opinions mais se basent toujours sur des faits.
Qui blâmer ? Ceux qui mènent, en stratège, les assauts de la désinformation, manipulent nos esprits et flattent, bien souvent, nos sens les plus bas ? Ou ceux qui s’en accommodent, l’entretiennent et l’encouragent ? Pour ma part, je les renvoie dos à dos. Mais l’objectif n’est pas de dénoncer des responsables : il s’agit de mesurer les conséquences de manipulations de l’information sur nos démocraties et de trouver des moyens de les combattre. C’est précisément l’objet du rapport commun du CAPS et de l’IRSEM qui m’a été remis début septembre*.

Un marketing du mensonge, une arme insidieuse remplace la critique raisonnée par la défiance a priori : dans un imaginaire où tout concorde, la désinformation s’auto-alimente.

Avec les nouvelles technologies, chacun peut trouver et même créer l’information. Les réseaux sociaux permettent d’alerter sur le harcèlement et le viol, de diffuser les images d’un peuple qui tente de prendre sa liberté mais aussi des messages de propagande barbare ou de banaliser l’occupation de telle province d’un pays étranger. L’information et les systèmes qui la transmettent sont devenus des enjeux de souveraineté nationale, aussi stratégiques que l’énergie, les transports ou la santé. Certains pays conduisent ainsi par la propagande et la manipulation une guerre qui tait son nom, sans distinction de frontière. Mêlant savamment le vrai et le faux, des centaines voire des milliers de comptes twitter agissent comme une blanchisseuse : répétée, répandue, la fausse information devient « vraie ».

Ainsi les Macron Leaks, des mails obtenus frauduleusement, ont été lâchés la veille du second tour de l’élection présidentielle. Fenêtre de tir savamment calculée : 48 heures où seuls les réseaux sociaux sont à la manœuvre, les médias traditionnels ne pouvant plus traiter la campagne. Des mails d’une banalité totale sur le quotidien d’une campagne électorale. L’imagination de certains entre alors en action, des mails sont fabriqués, des informations inventées. Et la blanchisseuse se met en marche : un tweet, dix tweets, mille tweets reprennent un mail inventé de toute pièce.

Ironie : la désinformation ne peut prospérer que parce que nous sommes libres de penser et d’écrire.

Cet exemple montre que rien n’est laissé au hasard, ni la date ni la cible ni les moyens. La désinformation est une arme précise, complexe et efficace : elle peut aussi viser nos forces, tenter de faire croire à leur inefficacité, saper leur crédibilité, dénoncer de supposés agissements.

Au champ de bataille physique se superpose maintenant un champ de bataille informationnel que nos armées ont depuis longtemps théorisé mais dont l’ampleur et les moyens sont inédits. Comment combattre la désinformation ? Comprendre la manipulation de l’information, c’est comprendre Don Quichotte, c’est entrer dans une logique parallèle où tout fait sens, où l’introduction du réel est vaine. Sancho a beau voir des moulins à vent, le dire, le répéter, Don Quichotte voit des géants à combattre. Sa raison est grippée dans un imaginaire où tout concorde. De même, la désinformation s’auto-alimente, toute intervention du réel est moquée. Et Bachar Al-Assad, dictateur qui a massacré son peuple, devient pour les personnes manipulées une Dulcinée parée de toutes les vertus.

L’information et les systèmes qui la transmettent sont devenus des enjeux de souveraineté nationale, aussi stratégiques que l’énergie, les transports ou la santé.

Comment répondre à la désinformation sans reprendre les techniques méprisables des adversaires ni renier les fondements de notre démocratie ?

D’abord, nos services de renseignement nous permettent de pénétrer le champ des perceptions de nos adversaires, de comprendre et donc d’agir, de détecter les comptes twitter ou agents virtuels qui relaient les fausses nouvelles et amplifient la désinformation. Des moyens existent pour repérer et confondre les bots, nous les mettons en œuvre.

Nous avons, aussi, des spécialistes qui savent faire comprendre et accepter l’action de nos forces auprès des acteurs locaux, gagner ainsi leur confiance et faire porter notre voix : Centre interarmées des actions sur l’environnement, commandement de la cyberdéfense, ces experts contribuent à détecter et déconstruire les tentatives de manipulation de l’information.

Au champ de bataille physique se superpose un champ de bataille informationnel depuis longtemps théorisé mais d’une ampleur inédite.

Ensuite, nous avons la capacité et la détermination d’innover. Légalement et technologiquement. Il faut saluer le travail essentiel des médias qui s’organisent pour mettre en place des organes de certification ou de fact checking.

Et nous développons des solutions techniques prometteuses pour prévenir, détecter et déconstruire les manipulations. Bientôt, l’intelligence artificielle permettra de signaler et de contrer la diffusion d’une information inventée, de dénicher les faux comptes et de garantir notre sécurité digitale. Ces technologies servent à nos militaires tout comme la formation de nos agents et à la bonne hygiène cyber que chacun doit acquérir. Car la cybersécurité, en prévenant les hackings, obstrue les sources de fantasmes et de passions déraisonnées. Nous ne devons nous passer d’aucun savoir ni d’aucun talent. Qu’est-ce que la manipulation de l’information, finalement, sinon le marketing du mensonge utilisé à des fins étatiques et anti-démocratiques ? Mon ministère fait donc appel à des prestataires du secteur privé pour renforcer nos capacités d’identification et de détection.

Nous avons la capacité et la détermination d’innover. Légalement et technologiquement. En coopération avec le secteur privé et avec nos alliés.

Enfin, nous devons nouer des partenariats. On ne parviendra pas seul à abattre le mensonge, l’histoire l’a maintes fois montré. Ce combat est un travail d’équipe, de coopération. Entre les ministères, d’abord, sous la conduite du Premier ministre, notamment le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et le ministère des armées.

Avec les acteurs privés, ensuite, qui doivent être en mesure de détecter et de stopper les avalanches de contre-vérité : la lutte contre l’utilisation d’internet à des fins terroristes a permis de grandes avancées dans nos relations avec les géants d’internet, les GAFA. Continuons.

Avec nos alliés, aussi, qui sont autant touchés que nous, l’Union européenne et le G7. Car la désinformation fait partie intégrante de notre paysage stratégique et ce rapport montre sans ambiguïté l’implication russe dans les campagnes de désinformation qui touchent les pays occidentaux. Mais, comme l’a rappelé le Président de la République, il est aussi plus nécessaire que jamais d’établir un dialogue avec la Russie sur l’architecture de sécurité européenne. Cette discussion doit porter aussi sur la manipulation de l’information. Le rapport du CAPS et de l’IRSEM, qui objective les choses, sans faux-semblants ni tabous, nous donne la base d’un dialogue franc sur cette question d’intérêt commun pour la Russie comme pour l’Europe.

L’implication de la Russie est établie. Mais il est indispensable de dialoguer avec elle sur l’architecture de sécurité européenne, donc aussi sur la manipulation de l’information.

Dans ses derniers instants, Don Quichotte retrouve la raison et la sagesse. Avec du travail, de l’innovation, de la coopération, la liberté d’informer reprendra ses droits et, par notre vigilance, la frontière entre la réalité et l’imaginaire se rétablira.

 

* NDLR Ce texte est issu d’un discours prononcé le 4 septembre 2018 lors de la remise du rapport Les manipulations de l’information, un défi pour nos démocraties. Rapport conjoint du Centre d’analyse, de prévisions et de stratégie (CAPS, ministère de l’Europe et des affaires étrangères) et de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM, ministère des armées) ; Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, Alexandre Escorcia, Marine Guillaume, Janaina Herrera. Septembre 2018.

VotreParole !

Une proposition d’initiative, une idée originale à partager, un projet à faire connaître, ou bien même un sujet pour la revue Parole publique : dites-nous et nous vous contacterons.

Écrivez-nous
Cancel