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Je n’habite pas la France, j’habite la langue française

Denis Hirson Maître de conférences en anglais à l'Ecole polytechnique, écrivain

Publié le 02 Juil 2018

Sa première langue, c’est celle qu’on apprend sans le savoir. Comme le lait de sa mère, elle est absorbée par le corps tout entier, elle commence sous forme de gazouillis ; comme les pieds d’un bébé, elle s’enracine ; puis un jour, miraculeusement, elle fleurit. Sa première langue, c’est celle qui sort en premier.

Mais pas pour les Français, apparemment. Quand ils disent « ma première langue », ils font allusion à une langue étrangère, apprise, la plupart du temps, à l’école : « Ma première langue, c’est l’espagnol ».

Qu’en est-il alors de la langue française ? Quelle place imagine-t-on pour elle, si elle n’occupe pas la première ? Voici ce qu’en pensait l’illustre Père Bouhours, au dix-septième siècle1 : « De toutes les prononciations, la nôtre est la plus naturelle et la plus unie. Les Chinois et presque tous les peuples de l’Asie chantent ; les Allemands râlent ; les Espagnols déclament ; les Italiens soupirent ; les Anglais sifflent. Il n’y a proprement que les Français qui parlent ». Il a dit aussi : « Il n’y a guère de pays dans l’Europe où l’on n’entende le français et il ne s’en faut de rien que je ne vous avoue maintenant que la connaissance des langues étrangères n’est pas beaucoup nécessaire à un Français qui voyage. Où ne va-ton point avec notre langue ? ».

Pour le Père Bouhours, la langue française c’était un empire. Aujourd’hui, bien sûr qu’on ne se permettrait pas une telle suffisance. Il n’empêche, quand on parle français et a fortiori quand on l’écrit, il y a quelque chose qui se passe. Elle a tendance à croître, la langue, à se dilater, à remplir tout l’espace, comme le parfum de celle qu’on aime, comme l’air frais du printemps fait frémir la maison quand on ouvre les fenêtres après l’hiver. Alors que l’anglais s’étend à l’horizontale, s’inscrit concrètement dans les choses et les actes, la langue française, elle, monte à la verticale, tend vers le ciel et veut englober la terre.

« La connaissance des langues étrangères n’est pas beaucoup nécessaire à un Français qui voyage. Où ne va-t-on point avec notre langue ? » Dominique Bouhours (1628-1702)

Voilà peut-être pourquoi le Père Bouhours plaçait si haut la langue française, et peut-être en reste-t-il quelque chose. Si les Français ne la désignent pas comme leur première langue, n’est-ce pas parce qu’ils la considèrent toujours, secrètement, comme étant au-delà de toute catégorie ?

Francophonie

La francophonie et le rayonnement, c’est  comme le vin blanc sec et la crème de cassis, ou les cheveux et les bigoudis : ce sont des choses qui vont ensemble. Mais si le vin blanc sec peut se boire seul et si les cheveux d’une femme n’ont pas un besoin vital de boucler, la francophonie, elle, a besoin de rayonner pour exister. À cette fin, quantité d’administrateurs s’affairent quotidiennement autour d’elle comme des abeilles bourdonnant autour de la reine.

Il y a des sportifs qui s’y mettent aussi. C’est le commentateur de TF1 qui l’a dit, lors de l’annonce des nouvelles sportives de la journée. À la finale de Roland- Garros, « Stan the Man » Wawrinka, le Suisse romand, a gagné contre Djokovic le Serbe, après avoir battu Tsonga le Français. Et, au foot, la Belgique a gagné contre la France.
Il est agréable de voir jouer les Belges, mais le commentateur de TF1 ne s’en préoccupe pas plus que du jeu éclair de Wawrinka. Pour lui, il s’agit plutôt d’une histoire de langue. Car même si dix des vingt-cinq joueurs de l’équipe belge ont des noms à consonance flamande, il préfère l’ignorer : c’est une équipe francophone. Point. Donc, selon lui, la France n’a pas perdu, puisque la francophonie a gagné !

Elle a tendance à croître, la langue française, à se dilater, à remplir tout l’espace, comme le parfum de celle qu’on aime.

Ainsi magiquement sauvés des affres de la défaite, les supporters français peuvent aller dormir sur leurs deux oreilles (je me demande comment ils font, mais c’est une autre histoire), non sans avoir levé un verre à la santé de la langue française.

Hexagone

Le mot hexagone, je l’ai entendu prononcer plusieurs fois dès mon arrivée en France. Je me suis dit qu’il devait s’agir d’une région, d’un département ou plutôt d’une île, peut-être d’une île aux abeilles : les hexagones et les abeilles ne vont-ils pas de pair ? J’ai eu envie de vérifier, mais finalement j’ai oublié.

L’anglais s’étend à l’horizontale, s’inscrit concrètement dans les choses et les actes, la langue française monte à la verticale, tend vers le ciel et veut englober la terre.

Il y avait tant de choses à comprendre, la langue française c’était des milliers d’éléments épars qui se précipitaient vers moi. Les gens me parlaient tellement vite qu’ils arrivaient en fin de phrase quand j’étais encore au milieu, voire scotché sur la phrase d’avant ; finalement j’étais complètement à l’ouest.

L’Hexagone. Il y avait peut-être des murs dont j’ignorais l’existence, quelque part à l’intérieur de la France, qui formaient un hexagone géant ?

Quand on m’a finalement aidé à élucider le mystère, je suis resté perplexe. La France toute entière, une forme hexagonale ? De loin, peut-être. De très loin. Mais, plus je regardais la carte de près, moins ça semblait vraisemblable.

J’y voyais plutôt une peau d’ours étendue, un torse massif, éventuellement une figure à géométrie variable, aux côtés inégaux. Elle semblait cabossée de partout, dotée d’extrémités comme le Finistère et les Alpes Maritimes qui s’étiraient de façon expressive et carrément non-hexagonale.

Ceux qui prétendaient le contraire me faisaient penser aux belles-soeurs détestables du conte, qui cherchent par tous les moyens à fourrer leur pied dans la pantoufle de verre (ou même de vair) de Cendrillon.

Un hexagone, la France ? Comment faire rentrer ses contours aux irrégularités naturelles à l’intérieur d’une forme si abstraite, d’une idée si épurée ?

La francophonie a besoin de rayonner pour exister. À cette fin, quantité d’administrateurs s’affairent autour d’elle, comme des abeilles autour de la reine.

La langue et le lieu

Je prenais congé d’Annik Hémery, une amie proche, chez elle. Pourquoi les histoires importantes arrivent-elles si souvent sur le seuil de la porte ? Nous parlions de nos ancêtres. Elle avait des racines bien françaises, mais aurait bien aimé qu’un Irlandais ou un Écossais fasse partie de son arbre généalogique. Puis elle m’a raconté l’histoire suivante.

Quelques jours auparavant, elle se trouvait presque seule dans le tramway dans l’est parisien, s’émerveillant de la ville, quand une vague d’écoliers a déferlé dans le wagon. Parmi eux, il y avait des Africains, des Maghrébins, des Asiatiques. Elle s’est sentie complètement envahie. « Mais où suis-je ? » s’est-elle demandé. « C’est ça, la France ? ». Désemparée, isolée, consciente d’être la seule Blanche dans le tramway, elle s’est renfermée sur elle-même. Mais, s’étant mise à écouter ces jeunes, elle s’est rendu compte que tous parlaient en français. Alors, elle a eu envie de les embrasser.

« Je n’habite pas la France », m’a dit mon amie. « J’habite la langue française ».

Autrefois, j’habitais la langue anglaise, même en France depuis des décennies.

Aujourd’hui, quand je m’assieds pour écrire, c’est la langue française qui me vient à l’esprit. Je me promène dans les rues, j’entre dans un magasin, je vais au marché et c’est le français qui me nourrit. J’entends un marchand de fruits dire « Des raisins sans pépins ! Je les ai enlevés ce matin ! » et me voilà branché. Je glisse d’emblée ses paroles dans mon cabas.

Autrefois, j’habitais la langue anglaise. Aujourd’hui, quand je m’assieds pour écrire, c’est la langue française qui me vient à l’esprit.

J’aime ce verbe, brancher. Il me fait penser non seulement à l’électricité, mais à un arbre. Un arbre branché qui porte les fruits du présent.

Un arbre d’ici, en francophonie.

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* Note de l’auteur J’ai réuni ici trois textes tirés de mon premier livre écrit directement en français au bout de 42 ans de vie en France, Ma langue au chat, Tortures et délices d’un anglophone à Paris, publié en 2017 aux éditions Points. J’y ai ajouté La langue et le lieu, texte inédit.

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1 – NDLR Dominique Bouhours (1628-1702), jésuite, grammairien, historien et écrivain religieux, est, entre autres, l’auteur de Doutes sur la langue francoise : proposez à Messieurs de l’Académie francoise par un Gentilhomme de province (1674)

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