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Information et opinion publique à Toulouse...à la fin du Moyen-Âge

INFORMATION ET OPINION PUBLIQUE À TOULOUSE… À LA FIN DU MOYEN-ÂGE

XAVIER NADRIGNY Archiviste-paléographe, professeur d’histoire en classes préparatoires au lycée Marcelin Berthelot (Saint-Maur-des-Fossés)

Publié le 11 Juil 2015
Parole publique N°9

Avant même l’avènement de l’internet, l’information faisait partie de notre paysage quotidien et de nos rites les plus habituels. Cette omniprésence est le résultat d’un processus historique à interroger.  

Un enjeu historiographique

Information et opinion publique sont deux thèmes explorés par Jürgen Habermas dans L’espace public, paru en 1962**. Le livre posait l’hypothèse d’une rupture radicale dans l’histoire de la communication : avant les Lumières, il n’y avait pas de débat politique structuré face au pouvoir. C’était l’époque de la « Représentation » dans la mesure où le pouvoir se représentait au double sens du terme, en se donnant à voir et en se présentant comme l’incarnation d’un pouvoir supérieur, ce qui interdisait toute critique de la part des dominés. Après les Lumières, se développe un « espace public » qui d’ailleurs n’est pas un espace – le terme d’Öffentlichkeit est mal traduit – mais se développe dans certains espaces : les salons, les cafés, où les personnes privées se réunissent afin de faire un usage public de leur raison.

“Peut-on nier toute capacité critique de la part des sujets du roi et des fidèles de l’Église ?”

Les modernistes ont été les premiers à réagir et à proposer des révisions partielles de la théorie. C’est seulement dans les années 1990 que les médiévistes questionnent le modèle pour leur période. L’enjeu est de taille : peut-on nier toute capacité critique de la part des sujets du roi et des fidèles de l’Église ? Surtout, quelles sont l’ampleur, la légitimité et la dimension sociale de cette critique ? Les clercs, les universitaires, les élites en général, sont-ils les seuls à émettre une opinion dissidente ? C’est bien l’enquête que de nombreux médiévistes, en France et en Allemagne, ont essayé de mener ; et c’est dans cette perspective que s’inscrit ce travail sur l’information et l’opinion publique à Toulouse à la fin du Moyen Âge.

“Entre la ville et le roi, l’information se fait tour à tour suppliante ou exigeante.”

Toulouse n’est pas une ville anodine. C’est une bonne ville, assez forte et assez riche pour inspirer la confiance du souverain, qui peut s’appuyer sur elle pour lever des fonds et des troupes. C’est aussi une ville périphérique située aux confins du royaume, près de la Guyenne anglaise occupée par les mercenaires du roi d’Angleterre qui menacent les villes et villages des alentours. C’est aussi une ville au fort particularisme, fondé sur le droit et la langue, fière de son passé, attachée à ses privilèges qui lui confèrent une certaine autonomie. Les capitouls en sont les principaux magistrats : depuis le xiiie siècle, ils sont fidèles au roi de France mais savent négocier âprement la confirmation de leurs statuts. Entre la ville et le roi, l’information se fait tour à tour suppliante ou exigeante. L’information circule aussi en ville, entre le pouvoir et le peuple mais aussi au sein de la population. Grâce à des registres du Conseil de ville et des comptabilités bien conservés, on peut se faire une idée des débats et des controverses qui ont agité la ville à cette période.

“L’information circule aussi en ville, entre le pouvoir et le peuple mais aussi au sein de la population.”

Les systèmes d’information à Toulouse

L’information passe par des canaux plus ou moins officiels. Les capitouls disposent de plusieurs messagers, notamment­ d’un ou deux messagers municipaux, officiers attachés à la ville, portant un écusson d’argent aux armes de la municipalité. Simples porteurs de lettres, ils ne sont pas habilités à négocier, contrairement aux « légats » et « ambassadeurs ». L’information combine l’écrit et l’oral : si les gestes et les paroles sont au cœur de l’information, l’écrit permet d’authentifier à la fois le message et son porteur. Même les ambassadeurs ne peuvent se dispenser de lettres, en particulier de lettres de créance et d’instructions qui encadrent la mission de l’envoyé. Le roi, les grands princes du sang, les officiers royaux font de même avec leurs agents.

“Pour avoir force de loi, la lettre royale doit être communiquée au peuple par le crieur public, qui est aussi un médiateur et sait expliquer les informations les plus impopulaires : levée d’impôts, mutations monétaires…”

La lettre royale se place au sommet de la hiérarchie des infor­ma­tions par sa légitimité et sa crédibilité. Les capitouls la reçoivent des mains des messagers du roi et la lisent à haute voix au cours du Conseil. Pour avoir force de loi, la lettre royale doit être ensuite communiquée au peuple par la voix du crieur public : celui-ci est un officier de la ville, qui reçoit une pension assez modique pour à la fois sonner du cor et lire les lettres officielles, celles du roi et des autres autorités. Issu souvent du milieu des marchands, il sait lire et surtout communiquer avec les autres habitants de la ville. Plus qu’une voix du pouvoir, le crieur est aussi un médiateur, qui sait expliquer les informations les plus impopulaires : levée d’impôts, mutations monétaires…

“Pour les autorités toulousaines, la rumeur est une source d’informations mais aussi un baromètre de l’opinion.”

Après le passage du crieur public, la rumeur s’empare de ces informations officielles et les propage, leur assurant une publicité au-delà de la ville intra-muros où les lettres ont été publiées. La rumeur est un média bien connu des autorités toulousaines, qui la prennent au sérieux. Elle est une source d’informations, mais aussi un baromètre de l’opinion. Grâce à elle, le pouvoir mesure sa popularité, comme en 1419, lorsque le bruit court que les capitouls détournent l’argent public. Mais contrairement à la lettre authentifiée, la rumeur demeure une donnée peu fiable, et les capitouls cherchent souvent à la vérifier par une contre-enquête.

Information, pouvoir et opinion publique

L’information apparaît de prime abord comme un instrument du pouvoir, royal ou municipal. Pendant la guerre de Cent Ans, le premier objectif est la défense de la ville et du royaume. Par ses lettres, le roi et ses officiers ordonnent la levée des troupes, la réfection des remparts. La levée de l’impôt est d’ailleurs presque toujours justifiée par les nécessités de la défense. Les pouvoirs traquent aussi l’information pour mieux se protéger d’une menace éventuelle. Régulièrement, les capitouls envoient des espions dans l’arrière-pays pour suivre le mouvement des gens de guerre qui, Anglais ou non, pillent les campagnes et menacent l’économie toulousaine.

“Les nouvelles annoncées par le pouvoir sont liées à des ordres, comme si l’information ne pouvait s’affranchir de la sujétion.”

“Mais l’information construit aussi une opinion publique, en tout cas un discours critique structuré et légitime.”

L’information permet aussi de manipuler l’opinion. Ainsi, entre 1417 et 1419, Toulouse se trouve-t-elle prise entre deux feux : celui de la propagande bourguignonne, autour du duc de Bourgogne Jean sans Peur, et celui de la propagande armagnaque, autour du comte Bernard d’Armagnac et du dauphin Charles, fils de Charles VI et futur Charles VII. Les deux partis dépêchent plusieurs courriers à la ville afin de défendre leurs points de vue et rallier la municipalité. Ces informations contradictoires sèment le trouble dans l’esprit des capitouls qui n’arrivent plus à se faire une idée claire des événements parisiens. En 1418, ils doivent envoyer un homme à Paris afin d’enquêter sur le gouvernement du royaume. Enfin, l’information sert aussi à fidéliser les sujets, à conforter un loyalisme monarchique fait de rituels toujours recommencés. Ainsi en 1422, le roi Charles VII informe-t-il la ville de la mort de son père Charles VI. Le peuple est prié de se rendre à la cathédrale afin d’honorer sa mémoire. Dans tous les cas d’ailleurs, les nouvelles annoncées par le pouvoir sont liées à des ordres, comme si l’information ne pouvait s’affranchir de la sujétion.

“La critique est cependant codifiée : face au roi, elle doit prendre des voies détournées.”

Pourtant, il est des cas où l’information peut se retourner contre le pouvoir. L’information construit alors une opinion publique, en tout cas un discours critique structuré et légitime. Deux sphères l’autorisent. Le Conseil de ville d’abord, où les ordres royaux sont débattus et souvent critiqués. La rue ensuite, où la rumeur condamne et critique tel ordre, telle autorité. La critique est cependant codifiée : elle épargne les personnes sacrées, le roi et le dauphin, alors qu’elle se fait plus dure pour les princes du sang, les agents financiers et même les capitouls. Face au roi, la critique doit prendre des voies détournées. Ainsi, en 1438, un membre éminent du Conseil ose-t-il affirmer que la ville est « abandonnée » par le roi. Mais c’est pour mieux assimiler le roi à Dieu, qui abandonne son fils sur la croix pour mieux sauver le monde. Dans tous les cas, la critique sait s’adosser à des principes légitimes : la chose publique (res publica), l’honneur de la ville et du roi. Au Moyen Âge comme aux Temps modernes, on sait critiquer le pouvoir royal au nom des intérêts du souverain.

“Au Moyen Âge comme au xviiie siècle, la critique s’exprime dans les milieux ordinaires. Ce sont les codes et les tabous qui changent et déplacent la limite entre le dicible et l’indicible.”

Les travaux des médiévistes et des modernistes convergent sur un point : il faut nuancer fortement la rupture survenue aux temps des Lumières. Au Moyen Âge comme au xviiie siècle, la critique sait s’exprimer y compris dans les milieux ordinaires. Ce sont les codes et les tabous qui changent et contribuent à déplacer la limite entre le dicible et l’indicible.


* Cet article est le résumé, en partie revisité, du livre de l’auteur, Information et opinion publique à Toulouse à la fin du Moyen Âge, École des Chartes, 2013. Ce livre a été la base d’une conférence (en ligne sur : www.enc-sorbonne.fr) donnée le 10 mars 2015 à l’École nationale des chartes. ** Jürgen Habermas, Strukturwandel der Öffentlichkeit. Untersuchungen zu einer Kategorie der bürgerlichen Gesellschaft, Neuwied, 1962 ; L’espace public, archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, trad. fr. Marc B. de Launay, 1978 ; rééd. 1997.

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