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Faire des citoyens avec des individus incertains

Entretien avec Yannick Blanc Haut-commissaire à l'engagement civique, président de l'agence du service civique

Publié le 21 Nov 2017

_Notre société vit-elle une crise de la citoyenneté ?

Yannick Blanc – En France, la notion de citoyenneté est profondément ancrée dans l’imagerie révolutionnaire. Elle renvoie au Serment du Jeu de Paume, à la Nuit du 4 août qui a vu l’abolition des privilèges, ou encore à la typographie tricolore de cette affichette placardée à la porte de tous les clubs révolutionnaires : « Ici, on s’honore du titre de Citoyen » !

En Grèce, à Rome, le citoyen se définit par l’exclusion, par des droits que les autres n’ont pas.

Notre désenchantement actuel vient de cet enchantement initial. Il tient à cet idéal renvoyant à une histoire héroïque. Nous avons le sentiment d’en vivre un état dégradé, qui s’inscrit dans un climat de nostalgie et de doutes. Tout cela nous conduit à nous interroger sur nos fragilités.

_Serait-ce que la définition de la citoyenneté n’est plus la même ?

YB – Si l’on se détache de la mythologie et de la littérature, on s’aperçoit que la citoyenneté se définit non par l’inclusion mais par l’exclusion. Chez les Grecs, être citoyen, c’est, en grossissant le trait, appartenir à un club aristocratique. À Rome, c’est une qualité, mais une qualité exclusive : c’est se distinguer de la masse par son appartenance à une communauté, à un corps, à une classe. C’est se définir, d’abord, par des droits que les autres n’ont pas.

À partir de la Révolution française, la souveraineté du peuple s’exerce dans le cadre de la Nation : la souveraineté devient indissociable de la citoyenneté.

C’est appartenir à l’une des trente-cinq tribus de Rome et voter avec elle, dans un système très clientéliste, où l’exercice d’une fonction élective est l’occasion d’accroître son rayonnement, son influence. C’est payer l’impôt – il ne faut jamais oublier cette dimension contributive. C’est se soumettre à la conscription. Enfin, c’est se penser protégé de l’arbitraire en se réclamant d’une puissance capable de défendre ses membres, comme l’illustrent ces mots rapportés par Cicéron, Civis romanus sum, « Je suis citoyen romain », répétés à l’infini dans une résistance toute stoïcienne par un prisonnier pour tenir à distance ses bourreaux.

Cette définition historique, classique, de la citoyenneté s’enrichit, avec les Traités de Westphalie de 1648, de deux notions : pour un État, celle de souveraineté et pour un peuple, celle de subordination à son souverain dont il est contraint d’embrasser la religion : Cujus regio ejus religio. À partir de la Révolution française, la souveraineté du peuple s’exerce dans le cadre de la Nation. Les soldats de Valmy ne crient pas « Vive la Nation française », mais « Vive la Nation comme principe politique » : la souveraineté devient indissociable de la citoyenneté !

Si cette citoyenneté est aujourd’hui un sujet d’inquiétude, c’est parce que son socle est en miettes.

Si cette citoyenneté est aujourd’hui un sujet d’inquiétude, c’est parce que son socle est en miettes. Ses prédicats juridiques, pragmatiques, ne sont plus opératoires. Ils ne peuvent plus être les mêmes.

_Pourquoi un tel bouleversement ?

YB – Parce qu’aujourd’hui, la société, l’école, l’économie… tout doit être « inclusif », alors même que l’usage de cet adjectif était encore largement ignoré jusqu’il y a quelques années ! Nous n’imaginons même plus défendre, nous battre, pour une citoyenneté qui ne le serait pas. L’idée qu’un individu, quels que soient ses aptitudes, ses handicaps, son parcours, sa situation, son origine, son orientation, puisse être laissé de côté, n’est plus concevable.

Désormais, nul ne peut être éthiquement exclu de la qualité de citoyen ! En ce sens, l’idéal de dignité humaine, d’égalité et d’extension des droits subjectifs, directement attachés à la personne, que nous défendons aujourd’hui, est aux antipodes du concept de citoyenneté dont nous avons hérité.

_ Peut-on sortir de cette contradiction ?

YB – Nous n’avons pas le choix ! Ce phénomène est irréversible ! Nous sommes contraints d’opérer un renversement total de notre mode de penser. Il faut redéfinir tous nos prédicats en réconciliant les droits de la citoyenneté exclusive, celle classique et historique dont je parlais tout à l’heure, avec l’individu d’aujourd’hui, porteur de ses droits subjectifs qui font de lui, contrairement à son ancêtre romain, un homme aux appartenances multiples, à l’identité fluide et insaisissable.

Nous devons réconcilier les droits de la citoyenneté exclusive avec l’individu d’aujourd’hui, ses droits subjectifs, ses appartenances multiples, son identité fluide et insaisissable.

Pour sortir de cette contradiction, il nous faut reconfigurer la citoyenneté autour de deux grands postulats : accueillir l’individu tel qu’il est, puis évaluer ce que peut être sa contribution au bien commun. C’est sur le levier de la contribution que nous pouvons agir, pour faire de cet individu incertain un citoyen.

_Peut-on encore parler de citoyenneté au singulier ou faut-il parler de citoyennetés, au pluriel ?

YB – La réponse se trouve dans les modalités de la contribution du citoyen à la société. Doit-il contribuer au bien commun d’une façon uniforme ou apporter ce qui fait sa singularité ? Cette problématique se retrouve dans le débat sur l’avenir du service civique. Ceux qui veulent le rendre obligatoire ont du mal à s’émanciper de la tradition, celle du militaire ou du militant, pour laquelle l’engagement signifiait l’effacement des individualités. Or, l’engagement est devenu un levier d’affirmation de l’individu dans la société.

Il nous faut reconfigurer une citoyenneté active : accueillir l’individu tel qu’il est, puis évaluer ce que peut être sa contribution au bien commun.

Pour retrouver le chemin d’une citoyenneté active, il faut s’appuyer sur les compétences et les parcours de chacun et voir comment cette diversité peut être utile à la société. Le jeune qui rejoint aujourd’hui le service civique n’est tenu de satisfaire à aucun prérequis, il est accueilli pour ce qu’il est, et peut-être même dans l’incertitude de ce qu’il est… C’est dans la relation qui se noue entre cet individu incertain et le projet auquel il contribue, que le jeune volontaire estime avoir changé, grandi, mûri… En quittant le service civique, il sait qu’il peut être utile à la société.

_En attend-il en retour ?

YB – Oui. Et c’est un changement fondamental. La contribution du militaire, du militant, était sacrificielle. L’individu incertain d’aujourd’hui attend de son engagement des contreparties allant bien au-delà des vieilles recettes symboliques : médaille, diplôme, uniforme, rituel…

La démocratie inclusive qui est désormais notre idéal s’incarne moins dans les institutions et leurs règles, davantage dans les pratiques et leur éthique.

La première contrepartie attendue, c’est la reconnaissance de son identité, de sa singularité, de sa place dans la société. Elle est fondamentale. La seconde, c’est une aide, un coup de pouce, pour son parcours de vie. Le jeune en service civique n’attend pas de son engagement une rémunération immédiate, mais le considère comme un capital pour l’avenir. À ses yeux, il a contribué au bien commun, il est donc porteur de capacités. Et celles-ci doivent être opposables à un futur recruteur. C’est pourquoi nous allons généraliser l’évaluation des compétences acquises par les jeunes pendant leur service civique.

_Faut-il en conclure que notre société ne connaît plus de devoirs, mais que des droits ?

YB – Il n’est pas sûr que la dialectique des droits et des devoirs soit encore l’axe de la citoyenneté. Le devoir est une injonction à se soumettre. Dans une société où il n’existe plus de normes partagées, il devient difficile de parler de devoir. Lorsqu’il existait une conscription universelle, chacun savait qu’il devait faire son service militaire. C’était son… devoir. Aujourd’hui, ce que l’on attend des individus, c’est leur contribution singulière au bien commun. C’est davantage une obligation qu’un devoir.

_Cela signifie-t-il que le citoyen d’aujourd’hui n’appartient plus à une communauté politique ?

YB – Hier, on considérait cette appartenance comme la base, le fondement de la citoyenneté. Aujourd’hui, elle en est plutôt la résultante, puisque ce qui fait le citoyen, c’est sa contribution au bien commun.

_Mais ce qui fait le citoyen, c’est bien sa participation par son vote à l’élaboration de la loi…

YB – Cette idée a longtemps été une fiction… utile. Ce n’est plus le cas. Les citoyens sont aujourd’hui convaincus du contraire. Ils n’ont pas du tout le sentiment d’être associés à l’élaboration de la loi. Pour que cette fiction soit possible, il fallait que les citoyens aient le sentiment d’avoir au Parlement des représentants qui leur ressemblent. Cette identification n’est plus possible, puisque la société est désormais composée d’individus aux appartenances multiples et à l’identité fluide.

La contribution du militaire, du militant, était sacrificielle. L’individu incertain d’aujourd’hui attend de son engagement des contreparties. Et d’abord la reconnaissance de son identité, de sa singularité, de sa place dans la société.

On constate aussi tous les jours la tension politique générée par l’insertion de notre droit dans le droit international. C’est même tout l’enjeu démocratique de la construction européenne. Le double lien démocratie-représentation et démocratie-souveraineté s’est affaibli et c’est la démocratie elle-même qui vacille. Nous cherchons à la revitaliser par la démocratie participative, qui multiplie les formes de consultation des citoyens, et par la démocratie contributive, qui élargit le cadre de leur pouvoir d’agir. La démocratie inclusive qui est désormais notre idéal s’incarne moins dans les institutions et leurs règles, davantage dans les pratiques et leur éthique. Les gardiens de nos institutions s’interrogent gravement sur la citoyenneté, mais c’est ailleurs que les citoyens cherchent les ressorts de la vitalité démocratique.

Propos recueillis par Pierre-Angel Gay

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