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Islamophobie : quel(s) discours en Europe ?

Chloé Sebagh Lauréate 2017 du prix du meilleur mémoire de communication publique*

Publié le 10 Juil 2017

La nomination en 2015 du premier coordinateur de la Commission européenne pour la lutte contre l’islamophobie atteste de la reconnaissance de la problématique au sein de l’Union européenne. Mais le concept reste controversé.

Recensé dès le début du XXe siècle, le terme acquiert sa signification contemporaine en 1997 par le rapport du Runnymede Trust, Islamophobia : A Challenge for us All : « la crainte ou la haine de l’islam – et, par conséquent, la peur ou l’aversion de tous ou de la majorité des musulmans ». Cette définition a contribué à la reconnaissance internationale de l’islamophobie à partir de 2001, année où deux événements marquent l’histoire du terme : la conférence de Durban le consacre aux côtés de l’antisémitisme et les attentats du 11 septembre entraînent son utilisation massive dans les médias. Entretenue par une actualité à travers laquelle l’islamophobie est à la fois dénoncée et alimentée, cette utilisation a contribué à construire une thématique qui inclut aussi bien les peurs et les rejets générés par des assassinats et des attentats perpétrés au nom de l’islam que la situation socio-économique moins favorable des communautés musulmanes en Europe relatée par l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes.

“La crainte ou la haine de l’islam et, par conséquent, de tous ou de la majorité des musulmans”. Runnymede Trust 1997, (Islamophobia : A Challenge for us All)

Un concept controversé

Pourtant, bien qu’on s’accorde largement sur l’existence de discriminations à l’encontre de personnes en raison d’une appartenance réelle ou supposée aux communautés musulmanes, le concept est objet de controverses concernant son origine et sa portée, sa qualification comme racisme, ses causes et conséquences. Certaines questionnent son bien-fondé ou s’inquiètent de sa potentielle instrumentalisation contre la liberté d’expression, estimant que l’islamophobie constitue une arme pour interdire à terme la critique de l’islam et, in fine, redonner consistance au délit de blasphème. Inquiétude renforcée par la promotion parallèle du concept de diffamation des religions engagée par l’Organisation de la Conférence Islamique.

La thématique inclut les peurs et rejets générés par des assassinats et attentats perpétrés au nom de l’islam mais aussi la situation socio-économique moins favorable des communautés musulmanes en Europe.

Prendre position sur une réalité en la nommant et en la définissant n’est pas anodin. Alice Krieg-Planque1 a montré que la constitution d’une cause sous une dénomination précise conditionne sa recevabilité en tant que problème public : outil de construction de la réalité, du consensus ou de la conflictualité, du rassemblement comme de la division, le discours révèle les positions que les locuteurs entendent occuper ou rejeter. Au fondement de l’action politique, et acte politique lui-même, le discours constitue le passage obligé de toute tentative de légitimation.

Un racisme ?

Des organisations se sont ainsi engagées pour la reconnaissance de l’islamophobie comme forme de racisme individuel et structurel à combattre d’urgence : parmi elles, ENAR, réseau d’organisations antiracistes européennes créé à l’initiative de la Commission européenne, contribue depuis 1998 à donner un sens à la notion, à la diffuser et à la légitimer.

Certains s’inquiètent d’une potentielle instrumentalisation contre la liberté d’expression, estimant que l’islamophobie constitue une arme pour interdire à terme la critique.

Mais, si dans les vingt dernières années, les organisations antiracistes au niveau européen ont remporté des victoires (article 13 du Traité d’Amsterdam de 1997, directives de 2000, décision-cadre de 2008), l’antiracisme semble connaître un déclin, explicable par la priorité donnée à l’économie mais aussi par sa fragmentation idéologique : l’islamophobie est devenue un point de clivage entre les antiracistes.

Légitimation du concept

Dans ce contexte, le processus de légitimation de la problématique de l’islamophobie entrepris par ENAR peut s’analyser sous trois angles complémentaires.

  • Le premier est celui de la légitimité du locuteur, qui dépend de son statut social et de la manière dont il s’exprime. En adoptant un discours expert, empreint de références à l’Europe sur une cause considérée comme morale, ENAR a acquis une certaine autorité sur les sujets de discriminations et de racisme. Cette légitimité bénéficie à la cause qu’il porte, la reconnaissance de l’islamophobie et la nécessité de la combattre.

Des organisations se sont engagées pour faire reconnaître l’islamophobie, initialement définie comme discrimination religieuse, puis comme une forme de racisme.

  • Le deuxième angle, le cadrage discursif, analyse la manière dont le réseau présente l’islamophobie afin d’en faire un problème public européen. Sur quinze ans, le cadrage de la thématique fluctue. Exemples : l’augmentation du nombre de musulmans en Europe, évoquée en 2005, n’apparaît plus ensuite, car susceptible de desservir la cause défendue ; l’islamophobie, initialement définie comme une discrimination religieuse, devient progressivement « forme spécifique de racisme ». Pour ENAR, les discours médiatiques et politiques qui diffusent une image négative des communautés musulmanes sont la cause principale de l’islamophobie. La crise économique est un élément aggravant. Le réseau invite également à dépasser l’approche législative, à développer le rôle de la société civile – donc le sien. Mais, si son discours rappelle que l’islamophobie ne se confond pas avec la critique de l’islam, il n’évoque pas la dimension conflictuelle du concept, saillante dans le discours d’autres organisations.

L’islamophobie est devenue un point de clivage idéologique entre les antiracistes.

  • D’où l’importance d’un troisième angle, les stratégies discursives du réseau, son argumentaire sur l’islamophobie en situation de controverse. Trois arguments ressortent : la nécessité de combattre l’islamophobie en tant que racisme ; l’assimilation de la critique et du déni de l’islamophobie à une « laïcité de combat » discriminatoire qui prétend exclure tout symbole religieux de la sphère publique ; le changement présenté comme nécessaire et incontournable.

Le discours d’ENAR a constitué un levier puissant d’inscription de la thématique de l’islamophobie à l’agenda public. On peut considérer que le concept est désormais quasiment intégré au lexique du racisme. Mais la persistance d’une bataille sémantique est révélatrice des blocages actuels : en l’état, le concept d’islamophobie semble finalement contribuer à faire advenir autrement la dichotomie entre un « eux » et un « nous » que les discours antiracistes s’évertuent pourtant à combattre.

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* Prix Pierre Zémor, décerné par l’association Communication publique, pour son mémoire Islamophobie et organisations antiracistes européennes. Une approche discursive de la stratégie d’ENAR, Université Libre de Bruxelles 2016.

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1. Krieg-Planque, Alice, Analyser les discours institutionnels, Armand Colin, 2014.

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