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Une communauté mondiale du regard et des émotions

Jean-François Sirinelli Professeur émérite d'histoire contemporaine, Sciences Po Paris

Publié le 26 Août 2019

Article publié dans le dossier « Anniversaires : mémoires d’avenir ? » coordonné par Philippe Deracourt et Bernard Wallon.

Anniversaire est-il compatible avec universel ? On n’envisagera ici la notion d’anniversaire que sous son angle collectif, sans oublier pour autant une autre acception, relevant de la sphère du privé et de l’intime : commémorer, pour un individu, dans le cercle des proches, l’écoulement annuel du temps ou encore fêter, pour le même et dans le même cercle restreint, un événement heureux ou simplement marquant mais le plus souvent faste ou propice. C’est la face ensoleillée qui se trouve ainsi mise en valeur.

« Désormais, quand une bataille se livrera en quelque lieu du monde, rien ne sera plus simple que d’en faire entendre le canon à toute la terre ». Paul Valéry, 1931

Or là se trouve l’une des raisons qui rendent très rares les anniversaires collectifs de dimension universelle – même en ce XXIe siècle où la révolution informatique a démultiplié la force d’amplification des vecteurs culturels : force est de constater qu’une telle amplification concerne bien souvent les malheurs du monde, et donc l’ubac plus que l’adret, et que de tels malheurs ne sont assurément pas de ceux que l’on commémore, en tout cas en priorité. On les rappelle, certes, mais la notion d’anniversaire perd, pour ce qui les concerne, une partie de son effectivité. La mémoire du malheur s’est nourrie du choc de l’événement, et elle demeure le plus souvent présente sans qu’il soit vraiment nécessaire de l’entretenir par des cérémonies ou d’autres rituels de commémoration partagée. Mais, pour mieux saisir cette omniprésence du malheur et le parasitage mémoriel qu’il entraîne, encore faut-il remettre en perspective la montée en puissance d’une culture-monde.

Car l’un des traits majeurs de l’histoire universelle au fil de ces dernières décennies a bien été la poursuite et l’amplification de la métamorphose de la culture de masse en cette culture-monde. Culture consubstantiellement liée aux heurs et malheurs d’un monde globalisé, dont elle se nourrit en même temps qu’elle les alimente et qui ont ainsi une puissance de pénétration qui leur permet de subvertir jusqu’à la sphère privée. L’image massivement relayée et le son lourdement répercuté font, de fait, parvenir au coeur de cette sphère le bonheur des uns – les liesses sportives, par exemple – mais aussi, et surtout, les malheurs des autres : les émotions du monde s’agrègent désormais instantanément à cette culture-monde.

Les dernières décennies ont amplifié la métamorphose de la culture de masse en une culture-monde consubstantiellement liée aux heurs et malheurs d’un monde globalisé, dont elle se nourrit en même temps qu’elle les alimente.

Paul Valéry avait annoncé dès 1931 « le temps du monde fini », au sens de quadrillé, cadastré : désormais, aucune parcelle du globe n’échappait sinon au pas de l’homme, en tout cas à sa connaissance et à sa géodésie. Bien plus, observait-il, ce temps était aussi celui des « connexions » qu’établissaient des moyens de communication toujours plus denses – à cette date, la radio. Et de prédire : « désormais, quand une bataille se livrera en quelque lieu du monde, rien ne sera plus simple que d’en faire entendre le canon à toute la terre ». Une décennie plus tard, le rôle joué par la radio lors du second conflit mondial confirmait la prédiction et rajoutait au caractère universel d’un tel conflit. Vingt ans encore et le rôle joué par les médias dans la répercussion mondiale de la guerre du Vietnam confirmait cet autre pronostic de Paul Valéry dans le même livre, Regards sur le monde actuel : « les tonnerres de Verdun seraient perçus aux antipodes ». Cette guerre a été le premier conflit de l’ère médiatique, caractéristique qui a pesé sur son déroulement et son issue.

En ces années 1960, le parachèvement du monde « fini » est devenu une réalité historique : c’est bien « toute la terre » qui est concernée, ou, pour le dire autrement, la totalité du monde. Et cette décennie se clôt symboliquement sur le premier événement-monde vécu en direct et en commun : les pas de Neil Armstrong sur la Lune en juillet 1969. L’instantanéité créée par la retransmission de l’alunissage fédéra, quelques heures durant, l’immense majorité des nations du monde. Seule la Chine s’était exclue du processus. C’est bien « l’humanité » qui était concernée et Neil Armstrong l’exprimait en utilisant le terme dans ses premiers mots au moment de fouler le sol lunaire. Ces pas constituaient une nouvelle étape de l’histoire de notre planète comme espace « fini ». Surtout, cette retransmission confirmait que cet espace était d’autant plus « fini » que pouvaient désormais s’y donner les mêmes spectacles en quasi instantané, qu’un événement pouvait être simultané pour le plus grand nombre. Cette nouvelle donnée historique s’intégrait dans un processus inédit encore plus large, que résumait à la même époque l’anthropologue Margaret Mead par un constat que les décennies suivantes allaient confirmer : « nous approchons d’une culture mondiale ».

1969. Le premier événement-monde vécu en direct et en commun, les pas de Neil Armstrong sur la Lune, fédéra, quelques heures durant, l’immense majorité des nations du monde.

Un demi-siècle plus tard, une telle culture mondiale – démultipliée par la prolifération de l’image et du son comme par l’apparition et l’installation quasi immédiate en position hégémonique de ce nouveau vecteur culturel qu’est internet – n’est plus seulement celle de l’ouïe mais plus encore celle du regard : il y a eu constitution d’une communauté mondiale du regard. Et, dans ce regard, force est de constater que le malheur, qui foudroie et tétanise, marque plus largement, et probablement plus profondément, que le bonheur et la joie partagés. Comme nombre de téléspectateurs européens, les amateurs français de football avaient ainsi, dès 1985, vécu cette instantanéité des malheurs du monde à travers la retransmission de la fin de la Coupe d’Europe des clubs champions au stade du Heysel, à Bruxelles : les affrontements entre supporters et la bousculade qui s’ensuivit entraînèrent 38 morts et près de 150 blessés. Bien plus, la houle mortifère qui parcourut ce soir-là une partie du stade devint, dans les foyers des téléspectateurs, une onde de choc venue d’ailleurs, un malheur vécu ensemble puisque vu ensemble, ensemble signifiant ici à la fois en direct et en commun.

Déjà, en 1972, les Jeux olympiques de Munich avaient été le moment de l’irruption de la mort quasiment en direct. C’est désormais le terrorisme qui prenait acte de cette dilatation par la communauté du regard. Désormais, beaucoup plus que par le passé, autant que les catastrophes découlant des débordements soudains de la nature, c’est la violence déchaînée – et subie – par les hommes qui sera ainsi répercutée aux quatre coins de la planète : s’en dégage une sorte de géopolitique du malheur, avec ses zones létales, bientôt en progression accélérée, et ses oasis. Dans cette terreur adossée à la culture-monde, les attentats du 11 septembre 2001 ont été une étape historique, constituant ce qu’André Glucksmann a appelé un « Guernica sur CNN ». Le « Verdun » aux antipodes de Paul Valéry trouvait là une sorte d’aboutissement, tout comme son « monde fini » de 1931 était devenu, soixante-dix ans plus tard, un monde connecté et globalisé. Ce n’est plus seulement la « totalité du monde » qui s’impose à ses parties constitutives ; celles-ci sont désormais devenues un tout, et le monde « fini » est devenu un monde total, une communauté des émotions sinon toujours partagées, en tout cas perçues de concert.

Toute réflexion historique sur les anniversaires ne passe donc pas seulement par une sorte de dialectique entre la sphère privée et les frontières de l’État-nation ; elle doit prendre en considération cette communauté mondiale du regard et des émotions communes mais aussi le fait que – dans tous les mécanismes de souvenir partagé et dans tous les processus pour accroître la surface d’un tel partage – cette communauté oscille entre l’heur et le malheur, qui n’entretiennent assurément pas le même rapport avec le souvenir, la mémoire, ainsi que tout ce qui est mis en œuvre pour les perpétuer.

2001. Dans cette terreur adossée à la culture-monde, les attentats du 11 septembre sont une étape historique : connecté et globalisé, le monde « fini » est devenu un monde total.

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Derniers ouvrages parus

Les Révolutions françaises. 1962-2017, Odile Jacob, 2017

Vie et mort de la Ve République. Essai de physiologie politique, Odile Jacob, 2018

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