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Du rejet à la reconnaissance : histoire d’un patrimoine havrais

Jade Maridort Architecte diplômée d'Etat, lauréate 2018 du prix du meilleur mémoire de communication publique

Publié le 25 Juin 2018

 

En 2005, l’UNESCO inscrit « Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret »1 sur sa liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité. L’annonce est aussi inattendue que controversée. Si les Havrais s’interrogent sur le sens de l’évènement, la critique se demande si « l’UNESCO n’est pas tombée sur la tête »2.

Aux yeux de nombreux Français, l’image du Havre a longtemps été réduite au paysage parfois hostile de son activité industrialo-portuaire. Lorsqu’il n’était pas totalement méconnu le centre-ville reconstruit n’était que trop associé à un certain imaginaire du communisme, bétonné de monotonie.

Le centre-ville reconstruit était rejeté par la population, perçu comme la mémoire d’un traumatisme et d’une perte d’identité culturelle. La ville d’avant est sacralisée, parfois fantasmée.

Cette considération nouvelle interroge tant par son caractère soudain que par sa signification. Au lendemain de la reconstruction, le centre-ville était majoritairement rejeté par la population locale. Des décennies plus tard, celle-ci continue de le percevoir comme la mémoire vivante d’un double traumatisme : au bilan matériel des bombardements, s’ajoute la perte de l’identité culturelle du centre historique, à laquelle l’architecture moderne, dont les codes ne sont pas compris à l’époque, n’aura jamais su se substituer. Le nouveau centre devient alors profane par opposition à une sacralisation de la « ville d’avant », dont le souvenir nostalgique renvoie parfois à une réalité fantasmée. Pour autant, cet ensemble urbain particulier fait l’objet d’un élan de revendications au milieu des années 1990, qui aboutira une décennie plus tard à la consécration de cet héritage moderne. Cette dynamique de re(con)naissance témoigne-t-elle d’une résilience de l’identité havraise ou est-elle le résultat d’une volonté prospective de renouveler le regard sur la ville ?
Le processus de patrimonialisation prend sa source dans une double conjoncture politique et culturelle : dès le milieu des années 1980, le patrimoine architectural moderne fait l’objet de travaux scientifiques à l’échelle internationale ; en 1982 la loi Defferre sur la décentralisation pousse les villes françaises à se démarquer pour attirer entreprises et travailleurs. Commence alors une bataille économique. Avec une arme déterminante : la communication. Dans cette nouvelle quête d’image urbaine, le centre-ville du Havre devient pour le maire communiste André Duroméa un « espace potentiel d’exercice du pouvoir »3.

Cette re(con)naissance témoigne-t-elle d’une résilience de l’identité havraise ? Résulte-t-elle d’une volonté prospective de renouveler le regard sur la ville ?

En 1994, la Ville cherche à promouvoir la valeur patrimoniale du secteur reconstruit au moyen d’une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP). Néanmoins, la revendication du « patrimoine Perret » comme élément fédérateur est encore loin d’être une évidence pour les Havrais quand, en 1995, l’opposition remporte les élections municipales. Il faudra le discours déterminé et déterminant de Joseph Abram pour réussir à convaincre le nouveau maire Antoine Rufenacht (RPR puis UMP) de s’engager dans le pari de l’inscription au Patrimoine Mondial de l’Humanité.
Les enjeux de la demande dépassent en effet la simple reconnaissance d’une valeur architecturale. Sur le plan scientifique, l’inscription confirmerait l’importance du patrimoine moderne à l’échelle internationale, en positionnant la France comme un précurseur. Sur le plan municipal, elle serait, en plus d’une réussite politique, la promesse d’un nouveau levier économique. Enfin, elle représenterait une preuve irréfutable pour défendre l’intérêt culturel du Havre auprès de ses habitants et du reste de la France.

Le pouvoir fédérateur du patrimoine Perret n’est pas une évidence pour les Havrais : surprise et incompréhension prédominent à l’annonce de l’inscription au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

Dès la fin des années 1990, derrière leur maire, une poignée de convertis met en place une véritable campagne de promotion du patrimoine havrais. Mais celle-ci n’est pas explicitement liée à la candidature, afin de limiter les risques politiques d’un refus de la part de l’UNESCO.
Différentes stratégies sont appliquées. La multiplication d’articles4, une exposition5 et la parution de L’encyclopédie Perret permettent de toucher le milieu professionnel et culturel, relais majeur d’opinion. Localement, les services municipaux – Ville d’Art et d’Histoire, communication, urbanisme et office de tourisme – sont mobilisés autour d’actions de rénovation et de sensibilisation avec un double objectif de légitimation et de développement touristique.

En imposant, label à l’appui, un regard différent sur sa ville, A. Rufenacht a suscité un engouement du grand public français, une nouvelle image qui, en retour, a influencé la propre estime des Havrais.

Comment expliquer, malgré ces efforts, la surprise et l’incompréhension qui prédominent chez les Havrais à l’annonce de l’inscription au Patrimoine Mondial de l’Humanité ? Ce décalage tient sans doute à la fois à la politique de discrétion de la municipalité, qui a gardé les habitants en marge du projet, et au désintérêt de la population, plus sensible au patrimoine ancien du XIXe siècle. Aujourd’hui, les retombées médiatiques et touristiques attestent de la réussite de la stratégie top-down adoptée par Antoine Rufenacht. En imposant « label à l’appui » un regard différent sur sa ville, il a réussi à susciter la curiosité et l’engouement du grand public français, véhiculant une nouvelle image qui, en retour, a influencé la propre estime des Havrais.
Cette histoire havraise constitue un cas paradigmatique où la « complexité » devient synonyme d’exactitude6. Un cas où la mécanique du regard est constituée de discours, d’images et de réalités façonnés par l’interaction de multiples acteurs et le croisement d’approches autant politiques que scientifiques, logistiques ou sociologiques.

 

* La mécanique du regard. Histoire du centre-ville reconstruit du Havre à travers les politiques de la ville de 1965 à aujourd’hui – Mémoire de master, séminaire Faire de l’histoire, sous la direction de Marie-Jeanne Dumont, Françoise Fromonot et Mark Deming – École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville, 2017

______________________

1 – Abram, Joseph (dir.) Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret. Proposition d’inscription du centre-ville reconstruit sur la liste du patrimoine mondial. Ville du Havre, 2003.
2 – Martin-Chauffier, Gilles. Paris-Match, 11-17 août 2005.
3 – Gravari-Barbas, Maria. « Patrimonialisation et réaffirmation symbolique du centre-ville du Havre. Rapport entre le jeu des acteurs et la production de l’espace », Annales de Géographie, t.113, n°640, 2004.
4 – Actes de la 4ème conférence internationale du Docomomo (Association pour la Documentation et la Conservation des édifices et sites du Mouvement Moderne) en 1997.
5 – Perret et la poétique du Béton, 2002.
6 – Au sens donné à ce terme par Edgar Morin. « La stratégie de reliance pour l’intelligence de la complexité », in Revue Internationale de Systémique, vol 9, N° 2, 1995.

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