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Débat citoyen et pédagogie des enjeux

DÉBAT CITOYEN ET PÉDAGOGIE DES ENJEUX

JEAN-PAUL DELEVOYE Président du Conseil économique, social et environnemental

Publié le 11 Juin 2013

Nous vivons une période à la fois passionnante et préoccupante que l’on qualifie généralement de crise. Pour ma part, je conteste l’idée que notre société soit en crise. Je préfère le terme de métamorphose. Quand on sort d’une crise, on retrouve la situation ex-ante. Quand nous sortirons des turbulences actuelles, la société n’aura plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Ce phénomène de mutation s’est déjà produit dans l’histoire de l’humanité lorsque des bouleversements énergétiques se sont liés à des bouleversements de modes de communication, à l’image de l’imprimerie et des médias de masse. Nous ne soupçonnons pas encore aujourd’hui la puissance des connexions entre la numérisation et la transition énergétique déjà amorcée. En attendant, la formidable aspiration au progrès née du siècle des Lumières s’éteint car le progrès apparaît comme un facteur de risques et non d’opportunités.

En période de métamorphose, le futur n’est plus la projection linéaire du présent mais sa contestation. Et bien souvent la destruction précède la création. Ce qui donne aux personnes en responsabilité un rôle fondamental : faire naître une espérance individuelle et collective pour l’avenir qui soit plus forte que la douleur présente de la perte ; ouvrir des débats dont la finalité ou l’effet peut remettre en cause les structures et les procédures sur lesquelles chacun appuie son statut, sa compétence, son pouvoir.

« Le progrès apparaît comme un facteur de risques et non d’opportunités. »

C’est un véritable défi pour les responsables politiques, parfois tentés d’exploiter les peurs et les humiliations plutôt que de créer des espérances, et préférant souvent le confort des réponses à l’inconfort des questions. Winston Churchill disait : « L’homme politique pense à la prochaine élection, l’homme d’État pense à la prochaine génération ». Au-delà des débats politiques classiques pour la conquête du pouvoir, il y a aujourd’hui des enjeux politiques qui nous dépassent et nous obligent à nous dépasser. Le premier concerne la démographie et le fossé intergénérationnel qui se creuse dans la plupart des sociétés. En Europe, la part des personnes âgées passera de 10% en 2010 à plus de 30% aux alentours de 2060 ; en Chine, la population active devrait se dégrader à une vitesse accélérée à partir de 2020. Cette recomposition de la pyramide des âges à l’échelle mondiale pose la question de la solidarité entre générations, des retraites, des investissements pour l’avenir. L’autre choc démographique est constitué par l’explosion de la classe moyenne en Asie (3 milliards de consommateurs potentiels à l’horizon 2030) et dans les pays émergents, qui questionne les stratégies des entreprises autant que la capacité de charge de la planète, et pose un immense point d’interrogation sur l’équation production/consommation. Enfin, d’ici 2050, l’Europe aura besoin de cinquante millions de travailleurs étrangers pour équilibrer sa population active. L’intégration est à terme le sujet politique le plus lourd. Dans tous les pays d’Europe il faudra bien pourtant le poser et le régler de façon apaisée avec les forces vives de la nation. Le problème probablement le plus compliqué d’un point de vue politique, est de faire vivre ensemble des personnes et des populations de plus en plus hétérogènes. Ce n’est pas un problème d’ethnie, ni de culture, mais souvent de situation : il suffit d’observer dans nos villes l’échec de la mixité sociale avec des quartiers cumulant des records de taux de chômage, d’échec scolaire et de précarité. Dans ces conditions, la cohabitation est moins une opportunité d’intégration qu’un risque de confrontation. La précarité provoque le réflexe égocentrique de repli. Mais la société ne peut se réduire à la confrontation ni même à l’addition des intérêts particuliers, elle doit tendre à une mise en commun, à une réussite collective. Le cœur de la démocratie c’est la mobilisation pour des causes. Les causes grandissent les peuples, les intérêts les déchirent. Encore faut-il proposer une espérance collective, faute de quoi la porte sera ouverte à ceux qui gèrent les peurs en divisant la population et en manipulant les émotions. Si le XXe siècle fut celui des nationalismes, il faut tout faire pour que le XXIe siècle ne soit pas celui des populismes.

« Le cœur de la démocratie, c’est la mobilisation pour des causes. Les causes grandissent les peuples, les intérêts les déchirent. »

Partout la démocratie de convictions cède le pas à la démocratie d’émotion, la rumeur l’emporte sur la vérité. Les classes politiques ne mesurent pas à quel point elles fragilisent la démocratie en cherchant à gagner des électeurs au risque de perdre des citoyens, laissant ceux-ci devenir des consommateurs du politique et du service public, de la République et du collectif. Sans espérance collective, une société est comme une voiture qui roule de plus en plus vite avec des phares qui éclairent de moins en moins loin. Avons-nous une vision très précise de la direction que nous sommes en train de prendre ? Comment la société européenne va-t-elle se reconstruire dans la perception de plus en plus en forte du déclin occidental et la remise en cause de son efficacité économique ? Comment échapper aux réflexes suicidaires : plus on craint l’avenir, plus on se replie sur le court terme ; plus on doit penser monde, plus on pense village ; plus on doit penser à l’autre, plus on pense à soi… Avec la montée des humiliations comme l’accroissement des inégalités et de la précarité, du chômage ou de la surqualification pour des emplois sous-payés, on constate un peu partout des mouvements spontanés de colère et d’indignation. Et la pire des humiliations dans une société moderne, c’est de se sentir inutile dans une société qui a besoin de compétences et de talents, c’est d’être pauvre dans un pays riche.

Voir les lignes de force émergentes

On a tendance à regarder notre quotidien sans voir les lignes de force qui émergent. En dix ans, la Chine est passée de 4 à 10 % du marché mondial, le Japon de 15 à 8 %, l’Europe de 34 % à 25 %, les États-Unis restent à 23 %. Les États-Unis et l’Europe, avec chacun un peu moins de 5 % de la population mondiale, consomment respectivement 16 % et 11 % de la production mondiale, quand la Chine ne pèse que 3,6 % de la consommation pour 20% de la population mondiale, et l’Inde 1,8 % pour 18 % de la population ! Imaginez que la Chine double sa consommation, la pression sur les matières premières, la tension géopolitique… Avec des taux de croissance annuelle de 4 %, le pouvoir d’achat doublait en 20 ans ; à 1 %, il faudra 70 ans ! Pour la nouvelle génération, la relation au patrimoine va donc changer ; elle ne sera plus dans l’acquisition, mais dans l’usage. Nous devons réfléchir à une relation nouvelle, non matérielle. Au moment où la science allonge notre espérance de vie, ayons l’obsession de donner de la vie à notre temps. Si l’on accumule moins, peut-être doit-on partager plus ; si l’emploi marchand ne peut être partagé par tous, comment mettre en place une économie solidaire qui maintienne la socialisation et rende aux gens le sentiment d’être utile ? Comment passer de la performance à l’épanouissement ? La compétitivité change d’échelle et de contenu. Le CESE travaille sur les nouvelles croissances et l’économie immatérielle. A côté des 500 000 emplois perdus dans l’industrie française, on oublie les 750 000 emplois créés dans l’économie immatérielle. Comment fertiliser ces formidables initiatives ? Je rappelle souvent la belle formule des indiens Kogies : « On entend le bruit des arbres qui tombent, jamais celui des arbres qui poussent ». Quel peut être l’effet d’un discours moralisateur, technique, expert, savant, sur quelqu’un dont l’obsession, c’est de payer ses factures (un Français sur cinq est en découvert bancaire à la fin du mois !), trouver un emploi, nourrir sa famille ? Lorsque j’étais encore médiateur, nous avions posé la question : « Quel regard portez-vous sur la politique ? ». 40 % des sondés avaient répondu : « Ils ne font plus partie de notre monde ! ». Et ils ajoutaient : « Ils nous ont abandonnés ». Comment demander un sursaut collectif, quand l’angoisse est celle de la survie individuelle ?  Comment aider le politique à avoir une vision à moyen terme quand les États sont paralysés par la gestion des marchés ? Aujourd’hui la vraie question n’est pas d’apaiser les marchés, c’est d’apaiser les peuples.

Le discrédit des élites

Dans une société en métamorphose, la conduite et la construction collective du changement exigent des acteurs de régulation, politiques ou syndicaux, assez forts pour accompagner et assumer ces mutations. Or, aujourd’hui, nos acteurs de régulation sont faibles et s’affirment dans le conflit, non dans le dialogue. Il est urgent, mais surtout essentiel, de restaurer le crédit de ces acteurs pour que notre société retrouve confiance en elle-même. Pour Confucius, des trois forces d’un pays, (« les armes pour se défendre, les vivres pour se nourrir, la confiance du peuple dans les élites »), la plus importante c’était la confiance du peuple dans les élites. Le discrédit actuel de nos élites, dont nous sommes tous les uns et les autres en partie responsables, renforce la difficulté de conduite collective. Naguère encore on pouvait imposer sa vérité et sa démarche en se reposant sur le statut du « chef » ou la légitimité de l’élu. Aujourd’hui, pour rendre confiance dans l’action publique, dans les acteurs publics, dans les autorités publiques, les décideurs doivent montrer une exemplarité, un sens de la cause publique, une éthique et un comportement irréprochables. La « transparence » qui impose désormais de répondre à la soif de vérité et d’authenticité de nos concitoyens, de justifier devant eux l’utilisation de l’argent public, vise in fine à restaurer le crédit des acteurs publics, condition sine qua non de l’adhésion des citoyens et fondement de l’exercice moderne du pouvoir. Je réaffirme ici l’engagement de l’institution que je préside d’œuvrer en ce sens, ce qui se traduit notamment par la discussion en assemblée plénière ouverte au public du budget de fonctionnement du Conseil. Mais la transparence doit rester une lutte pour la vérité et contre l’opacité du pouvoir. Elle ne peut être dénaturée en licence de susciter le doute, le soupçon et la déstabilisation par la rumeur et l’accusation. Si la transparence se substitue au contrôle par les autorités qui en ont la charge, si elle officialise les tribunaux médiatiques sans considération pour les règles de droit, si la qualité et la vertu d’un politique sont à pondérer par son patrimoine et ses revenus, alors elle peut finir par alimenter la défiance qu’elle vise à éliminer. C’est tout le paradoxe.

Coproduire le futur

Au-delà de la sincérité et de l’authenticité qu’ils attendent des responsables, nos concitoyens aujourd’hui veulent être des co-producteurs du futur. Le rapport à l’autorité a complètement changé, l’élection ne donne pas un chèque en blanc, elle ne confère plus la légitimité de décider sans référer pendant toute la durée du  mandat. Nos concitoyens veulent de nouvelles respirations démocratiques, participer, être associés en permanence. Pour les décideurs, il peut y avoir quelque avantage à considérer nos concitoyens comme co-responsables de la décision que nous devons prendre. Mais sous condition d’un intense travail de pédagogie des enjeux. C’est pourquoi je souhaite que le Conseil économique, social et environnemental contribue à la reconquête du sens de la citoyenneté : en matière d’impôts, de solidarité sociale et professionnelle, nos concitoyens ont trop tendance à se comporter en consommateurs de république, à déserter le champ des valeurs pour celui des intérêts. C’est redoutable pour la cohésion nationale : si nous n’y prenons garde, nous risquons l’explosion de notre pacte collectif par le choc des intérêts personnels ou générationnels. Dans une société sous tension et en proie à une forme de désespérance, il y a besoin de lieux d’apaisement, de dialogue, de construction collective de l’avenir. De lieux de neutralité et d’indépendance où peut s’instaurer un vrai dialogue, alors que dans les lieux de pouvoir, on cherche dans le débat moins une solution qu’une justification voire une récupération. La révision constitutionnelle a doté notre assemblée d’une représentativité élargie et d’un pouvoir accru : parité, présence des organisations de la jeunesse et surtout des représentants du monde écologiste et environnementaliste. Le président Hollande a tenu au CESE la conférence sociale, la conférence environnementale, la conférence contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. J’ai proposé que sur d’autres sujets notre hémicycle soit le lieu d’un débat citoyen. Car je porte le projet de notre assemblée d’être la force de proposition de la société civile organisée : une assemblée du temps long quand trop souvent la dictature du court terme, de l’émotion, de l’urgence, nous aveugle sur l’avenir ; une maison du dialogue attachée à valoriser les causes qui transcendent quand le repli sur nos intérêts personnels, catégoriels, corporatistes, nous déchire ; un forum citoyen pour permettre de nouvelles expressions et une appropriation des enjeux par nos concitoyens. Il est utile pour un pays que ses responsables allient l’intelligence à la sagesse : l’homme intelligent sait régler un problème que l’homme sage a su éviter ! L’ambition modeste du CESE est de contribuer à aider nos dirigeants à mieux affronter cette double obligation.

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