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Changement climatique […] question publique

Nicole d'Almeida professeure en sciences de l'information et de la communication, Paris-Sorbonne Celsa-Gripic

Publié le 18 Juil 2017

Titre complet de l’article paru dans Parole publique

Comment le changement climatique devient une question publique

 

Plusieurs choses gouvernent les hommes : le climat, la religion, les lois, les maximes du gouvernement, les exemples des choses passées, les mœurs, les manières. D’où il se forme un esprit général qui en résulte. Montesquieu

 

Le climat1 est une affaire de société. D’une certaine manière, il « fait » société: dans les sociétés traditionnelles, il permet d’établir les calendriers agricoles, de la pêche ou de l’élevage ; à l’époque contemporaines, il organise le temps social des loisirs et des vacances, moteur d’une industrie puissante et mondiale.

Dans le passage d’une question scientifique à une question de société, se joue son inscription à l’agenda public.

Le dérèglement climatique est une préoccupation ancestrale évoquée dans la Bible, il est l’objet d’une crainte millénaire qui a généré une tradition toujours vivace de récits de fin du monde2. Si Montesquieu a théorisé la dimension politique du climat dans le livre II de l’Esprit des lois, on envisagera ici la question du changement climatique comme le moteur d’une discussion qui enrôle un grand nombre de publics sur une question centrale du vivre ensemble : la responsabilité et les conséquences de l’activité humaine. La communication du changement climatique est ici comprise comme enrôlement dans un travail polémique de thématisation, de qualification et d’évaluation des grands choix de société. Dans le passage d’une question scientifique à une question de société, se jouent un déconfinement et son inscription à l’agenda public dans un mouvement de publicisation où interviennent de nombreux acteurs et différentes manières de dire.

Devenue politique, sociale et économique, la question climatique interpelle une manière de vivre, de produire et de gouverner.

Échelle internationale

Les milieux scientifiques ont donné les premières définitions de la question climatique, marquée par J.B Fourrier ou Arrhénius au XIXe siècle et accélérée au XXe par le choc des bombes atomiques qui souligne autant la puissance de la technique que la fragilité des équilibres naturels. L’institution de la question se fait par un double processus de qualification (le mot météo) et de création en 1878 d’une organisation internationale devenue en 1951 l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), agence spécialisée de l’ONU. La construction de ce réseau scientifique puissant dynamise la production de savoirs et installe le problème à l’échelle internationale.

À l’initiative de l’OMM et du programme des Nations Unies pour l’environnement (créé à la conférence de Stockholm de 1972) est né le Groupe d’experts international sur l’évolution du climat (GIEC), instance politico-diplomatique d’expertise unique en son genre. Fédération mondiale de laboratoires dont le rôle est d’informer les gouvernements sur l’état des connaissances, le GIEC n’a pas une visée prescriptive mais informative3 : éclairer la décision politique sur les risques liés au changement climatique d’origine humaine, cerner les conséquences possibles, envisager des stratégies d’atténuation ou d’adaptation.
L’objectif est moins la découverte scientifique que la publicisation du phénomène : la question scientifique devient une question politique, sociale et économique, elle interpelle une manière de vivre, de produire et de gouverner. Les cinq rapports publiés depuis 1990 sont désormais assortis d’une qualification du degré de certitude (qui n’exclut ni les controverses ni le scepticisme).

Le déploiement de la question climatique se poursuit à l’échelle internationale par des conférences internationales et COP organisées rituellement chaque année, dans la première quinzaine de décembre, alternativement dans un pays du Sud ou du Nord, moment de prise de conscience des enjeux, des défis et des changements en cours.

Les échanges publics mobilisent différentes représentations de la nature, tour à tour biblique, martyrisée, mathématisée et au bout du compte politique, devenue anthropocène.

Mise en discussion

Ces moments « cosmopolitiques » s’accompagnent d’une médiatisation intense (3 880 journalistes accrédités pour la COP 15 à Copenhague) qui est à la fois une mise en information, en réflexion, en débat et en appel à propositions. La multiplication d’articles d’information, d’interprétation et d’opinion permet la thématisation publique d’une question qui évolue du plus loin au plus près, de l’état de la planète aux choix économiques et politiques comme aux modes de vie. Au fil des ans la mise en discussion du changement climatique fait entrer en scène des acteurs toujours plus nombreux, à l’échelon international ou local, au niveau scientifique ou politique et économique, des structures intergouvernementales aux ONG et aux leaders d’opinion.

Des lieux communs de l’imagerie contemporaine circulent à l’échelle de la planète : l’ours sur la banquise menacée, la neige problématique du Kilimandjaro, les paysages désolés de l’île de Pâques…

La conjonction entre l’international et le local se fait en double sens : top-down, avec les médias4, bottom-up, avec des initiatives du terrain local, de la société civile et/ou politique (Grenelle de l’Environnement en 2007). La circulation de la question climatique se déploie, faite d’allusions, de réappropriations, de détournements, de contestation et de proposition. Les sources internationales sont convoquées selon un éventail de registres allant de la prudence à l’alerte, de l’information à l’interpellation, de l’explication à la sensibilisation. Les échanges publics sur ce sujet mobilisent différentes représentations de la nature, tour à tour biblique, martyrisée, mathématisée et au bout du compte politique, devenue anthropocène selon l’expression du chimiste prix Nobel P. Crutzen. Controverses scientifiques et choix politiques se nourrissent l’un de l’autre et animent le débat politique, parfois gangrené par les « marchands de doute » que dénoncent les  historiens des sciences Naomi Oreskes et Erik Conway5.

Registres rhétoriques

La question du changement climatique suscite ainsi différentes rhétoriques, mobilisant différents registres de passions et de discours. La peur reste un ressort classique, fait d’alertes et de catastrophes annoncées à propos du niveau des eaux, du recul de la terre, de la pollution de l’air. Mais l’effet cathartique des discours de l’inquiétude n’est pas garanti : il est difficile sur un plan déontologique de plonger les publics dans la panique – ce que n’hésitent pas à faire de grandes productions cinématographiques ou littéraires – au risque d’un effet plutôt paralysant qu’agissant.

La menace sur la beauté des paysages est un registre plus positif, potentiellement plus agissant. La spectacularisation de la nature mise en scène par Nicolas Hulot ou Yann Arthus-Bertrand permet de faire un pas de l’esthétique à l’éthique, d’opérer un passage de l’émotion suscitée par la contemplation à la responsabilité de l’action. Dans ce registre esthétique sont mobilisés un ensemble de figures récurrentes, qui circulent à l’échelle de la planète : l’ours sur la banquise menacée, la neige problématique du Kilimandjaro ou la désolation des paysages de l’île de Pâques… Ces lieux communs de l’imagerie contemporaine montrent le froid pour dire le chaud, mettent en avant le désert pour dénoncer le trop-plein, mobilisent  des chiffres pour évoquer l’hypothèse d’un anéantissement possible.

Le registre démonstratif mobilise chiffres, tableaux, et graphiques selon une logique d’accumulation destinée à faire preuve.

L’adresse aux publics se fait selon plusieurs registres qui coexistent. Le registre prescriptif de l’injonction tend à perdre en directivité. Il prend plutôt la forme de répertoires ou de manuels de bonnes pratiques, creusets d’une nouvelle casuistique destinée à orienter des comportements individuels. Le registre démonstratif est mobilisé dans beaucoup de rapports selon une logique d’accumulation destinée à faire preuve : chiffres, tableaux, graphiques sont produits, scénarisés, designés et mis au service de cette intentionnalité. On peut constater, sur ce point, une certaine divergence entre les dimensions informationnelle et communicationnelle : dans la première, la complexité des savoirs produits sur le sujet et la difficulté des choix à opérer disparaissent souvent derrière une addition de chiffres et d’indicateurs à l’intelligibilité problématique. Loin de s’en trouver accrue, la capacité de débat, de controverse et de délibération peut au contraire s’en trouver amoindrie.

On l’aura compris : dans ce cycle d’exploration collective et planétaire de la question climatique se jouent, de manière non stabilisée et toujours réversible, des modes de thématisation, des logiques d’acteurs et au bout du compte des choix de société.

______________________________

1. Au sens étymologique et grec définissant l’inclinaison de l’axe du monde sur le plan de l’horizon.
2. Dernier en date, le roman de J.M Ligny, Exodes, Gallimard, octobre 2016.
3. La lettre de mission du GIEC demande aux chercheurs « des informations d’origine scientifique, technique et socio-économique nécessaires pour mieux comprendre les fondements scientifiques des risques liés au changement climatique d’origine humaine ».
4. Les rubriques Environnement apparaissent dans la presse vers 1970, dans Le Monde par exemple en 1972.
5. Merchant of doubts, 2010.

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