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Affronter en même temps des temporalités différentes

Entretien avec Gilles de Margerie Commissaire général, France Stratégie

Publié le 26 Août 2019

_Dans quel contexte s’inscrit la transformation des institutions publiques ? Dans quel rapport global au changement ?

Gilles de Margerie – Trois constats. D’abord, nous ne vivons pas, contrairement à une idée reçue, dans un monde où tout s’accélère et où il deviendrait impossible de prendre en compte le long terme. Des choses vont très lentement, d’autres incroyablement vite. À France Stratégie, nous travaillons sur la transition écologique, à horizon 2050 ou 2100. Mais nous travaillons aussi sur les grands équilibres budgétaires. Et, là, nous sommes confrontés à des secousses brutales où il faut engager, d’un coup, un demi-point du produit intérieur brut de dépenses publiques supplémentaires, pour tenter de clore une période agitée ! La vraie difficulté est d’affronter, en même temps, ces temporalités différentes.

Deuxième constat, le morcellement incroyable de l’opinion, de la société, des supports de communication. Le fait que l’on se demande si les réseaux sociaux ont joué un rôle décisif dans le déplacement de quelques milliers de voix en faveur du dernier président des États-Unis, et si ces réseaux ont eux-mêmes été manipulés par des fermes de trolls installées en Ukraine ou en Russie, change considérablement le contexte de nos métiers.

Troisième constat, la montée de la défiance est un phénomène spectaculaire, avec lequel il faudra faire pendant des années, comme le montre notre rapport Expertise et Démocratie. Toutes ces thématiques dessinent de profondes « lignes de faille » dans la société française. C’était d’ailleurs le titre d’un de nos documents, paru il y deux ans et demi, qui peut encore servir de grille de lecture pour le phénomène des Gilets jaunes.

Défiance et lignes de faille sont amplifiées par l’incroyable démultiplication de la capacité d’expression des citoyens. De nombreux écrits sur Facebook et les Gilets jaunes ont bien mis en évidence l’influence nouvelle des algorithmes. On ne comprend pas ce qui s’est passé si, au-delà de soubassements socio-démographiques très profonds, on fait abstraction de l’interaction entre l’appétence naturelle des chaînes d’information continue à faire de l’audience et les réseaux sociaux. Tout cela a fait système.

_Quelles conséquences ces « lignes de faille » ont-elles pour les institutions publiques ?

GM – Être une administration publique est quasiment devenu un handicap. Il faut redoubler d’effort pour être audible, pour que notre parole soit crédible, pour que le fait de parler d’un lieu d’autorité et d’expertise ne soit pas porté à notre débit. C’est d’autant plus vrai que les savoir-faire qui se développent sur les réseaux sociaux en matière de manipulation de l’opinion sont infiniment plus avancés que nous le pensons : il existe, dans les universités américaines, des cycles entiers enseignant les méthodes de captation de l’attention, la manière d’accroître le temps passé devant les écrans et d’augmenter le nombre de clics… Des milliers d’ingénieurs y travaillent dans le monde. Cette maîtrise des comportements par des technologies – pas forcément sophistiquées mais très présentes et, surtout, très discrètes – est largement sous-estimée.

La petite prise de conscience à laquelle nous assistons, avec le développement de Qwant par exemple, ne suffit pas à changer la donne. Heureusement, d’autres techniques naissantes nous aident à affronter ces phénomènes. Les conférences citoyennes en sont une. Créées il y a quelques années, elles donnent de mon point de vue des résultats tout à fait inattendus. Utilisées dans les règles de l’art, elles font s’exprimer des aspirations que l’on n’obtiendrait pas par une écoute simple.

_Ces « lignes de failles » affectent-elles aussi la conduite de la transformation des institutions publiques ?

GM – Le premier impact, très important, porte sur l’élaboration même des politiques publiques. Aujourd’hui, les échéances électorales, même avec un président de la République largement élu et soutenu par une forte majorité à l’Assemblée nationale, ne suffisent plus à scander la vie démocratique. Nous devons imaginer une communication politique tenant compte de ce changement fondamental, et faisant vivre la démocratie entre les élections.

Ensuite, la concertation au sein des institutions publiques s’étiole. Le droit en général, et celui de la fonction publique en particulier, réservent aux corps intermédiaires une place instituée avec un degré de concertation quasiment sans équivalent, mais cela n’épuise plus le sujet. Les négociations sont trop souvent devenues des rites aux officiants bien identifiés avec, face à des fonctionnaires d’autorité, des représentants du personnel légitimes au moment des élections professionnelles mais qui ont, eux aussi, à réinventer leurs relations avec les salariés. Le rite est respecté, mais sa vitalité démocratique est à recréer.

Être une administration publique est quasiment devenu un handicap. Il faut redoubler d’effort pour être audible, pour que notre parole soit crédible, pour que le fait de parler d’un lieu d’autorité et d’expertise ne soit pas porté à notre débit.

_Comment les personnels du service public vivent-ils tout cela ?

GM – Avec souvent beaucoup d’amertume ! Les agents de la fonction publique ne sont plus portés par une idéologie du service public suffisamment englobante pour donner du sens. Ils ont le sentiment de vivre dans un monde de défiance où la place des services publics est contestée et en attrition. Alors que les chiffres disent exactement le contraire : la dépense publique n’a pas baissé, elle n’a même jamais cessé d’augmenter. Prenez l’assurance-maladie : ses dépenses croissent, en tendance naturelle, de plus de 4 % l’an, parce que la population vieillit, que les coûts augmentent et que les maladies chroniques se multiplient. Mais, depuis plusieurs années, on comprime l’augmentation effective des dépenses à 2,3-2,5 % pour que cette croissance reste soutenable. Les agents vivent une situation paradoxale où la dépense ne cesse de croître, alors qu’ils ont le sentiment de faire toujours plus avec moins…

_Comment les remotiver ?

GM – Des techniques existent, comme les organisations apprenantes, la gestion en mode projet… Elles se sont déjà diffusées dans le monde de l’entreprise. Mais leur mise en place exige souvent des expérimentations, difficiles à mettre en œuvre dans la fonction publique en raison des dispositions statutaires, ainsi que de l’approche naturellement prudente de nos gardiens du temple, Conseil constitutionnel et Conseil d’État, qui ont, eux, à garantir l’égalité de traitement entre les citoyens…

Heureusement, il existe déjà beaucoup d’initiatives intéressantes : les sites d’écoute où les agents peuvent s’exprimer, celui des usagers (Vox Usagers), les start-ups d’État. On pourrait croire qu’il s’agit de gadgets. Mais la fierté de ceux qui y travaillent est impressionnante. Les premières expérimentations ayant été autorisées avec des applications différenciées sur les territoires ont aussi remobilisé les agents…

La communication se fragmente, l’information peut être manipulée, les attentes des usagers des services publics deviennent plus contradictoires, le modèle paritaire ne suffit plus à épuiser le dialogue et à répondre aux attentes des agents : nous n’avons d’autre choix que de traiter tout à la fois !

_Le sentiment d’attrition des services publics est aussi ressenti par les usagers…

GM – Les institutions publiques font des efforts incroyables d’accessibilité. Cela nous paraît naturel de pouvoir, en rentrant du cinéma à minuit, faire notre déclaration d’impôts en ligne et les payer. C’était absolument inimaginable il y a quinze ans et c’est l’équivalent d’une ouverture du service public 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Mais l’attention se focalise sur ces centaines de perceptions et de trésors publics qui ferment en parallèle. Alors même que le service public s’améliore considérablement, le sentiment perçu d’éloignement, de relégation, de désertification des services publics, ne cesse de croître.

Les attentes des usagers n’ont, en effet, pas du tout baissé. Au contraire, nous avons vu émerger ces dernières années des demandes contradictoires. D’un côté, un ras-le bol fiscal, que les enquêtes d’opinion datent à 2013, année où les sondés, interrogés sur ce qui les préoccupent en termes d’impact sur leur niveau de vie, commencent à mettre en avant les impôts ; jusqu’alors, ils ne mentionnaient que le coût du loyer, la hausse des prix alimentaires ou celle de l’essence. Et de l’autre, les Français expriment des attentes illimitées sur ce que doivent leur apporter les services publics.

_Comment relever un tel défi ?

GM – Dans cet univers, où la communication se fragmente, où l’information peut être manipulée, où les attentes en matière de services publics deviennent plus contradictoires, où le modèle paritaire classique de la vie interne des administrations ne suffit plus à épuiser le dialogue et à répondre aux attentes des agents, nous sommes en effet confrontés à des défis plus compliqués qu’il y a quelques années. Nous n’avons d’autre choix que de les traiter tous à la fois !

Propos recueillis par Pierre-Angel Gay

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