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1973-2013 : du militant au professionnel ? Pas si simple

Echange entre Pierre-Alain Douay et Benjamin Béchaux, anciens responsables de la communication de la Ville de Lille

Publié le 03 Déc 2018

À quarante ans d’écart, ils ont dirigé la communication de la capitale des Flandres. Libres témoignages croisés, mais pas contradictoires sur les conditions d’exercice et l’évolution d’une fonction.

Pierre-Alain Douay – Mai 1973 : Pierre Mauroy devient maire de Lille. J’ai 25 ans. Je deviens directeur des relations publiques de la ville. Pierre Mauroy trouvait le titre « moderne ». Il m’avait nommé parce que je l’avais connu au Parti Socialiste. Parce que j’étais de Cambrai, comme lui. Parce que j’avais fait Sciences Po Paris, une licence de droit, une licence d’histoire. Je suis un autodidacte de la communication diplômé de l’enseignement supérieur !

Benjamin Béchaux – J’ai été recruté en 2012 comme directeur de la communication à tout juste 30 ans. Je suis passé par Sciences Po mais je suis également diplômé en communication politique et sociale à la Sorbonne. J’avais déjà travaillé en cabinet ministériel et au Service d’information du gouvernement. Martine Aubry cherchait un professionnel de la communication, en qui elle aurait pleinement confiance, prêt à s’engager à 1000% pour sa ville. On ne se connaissait pas et la question d’une adhésion au PS n’a même pas été abordée. De toute façon, si l’encartement avait été un prérequis, j’aurais refusé. Mon engagement était professionnel, même si la vie perso s’est réduite à peau de chagrin !

PAD – Lille, c’était un système : le Maire était une statue bienveillante et respectée, le PS quadrillait les quartiers et les associations, le syndicat F.O encadrait les municipaux, les amicales laïques organisaient les loisirs des jeunes, le directeur de l’opéra avait sa carte du parti, le quotidien régional socialiste nous traitait avec… bienveillance, même s’il était déjà une filiale déclinante du quotidien régional démocrate-chrétien, le bulletin municipal était imprimé par une coopérative liée au PS… Et mon service municipal des relations publiques abritait son lot de protégés, d’experts autoproclamés et d’incontrôlables exfiltrés d’autres services. « Là comme ailleurs », me dit Pierre Mauroy, « dans le choix des hommes, le plus difficile ce sera de préférer toujours le meilleur des autres au pire des nôtres ». Il n’avait pas conquis la ville, il avait été nommé maire en cours de mandat. Mais la prochaine fois, il voulait être élu par les habitants ! Sur son bilan et sur un projet. Un bilan à montrer et à défendre. Un projet à bâtir en mobilisant les forces vives lilloises. Beau programme politique. Beau programme de « relations publiques ».

BB – 40 ans après, la situation était tout autre. Martine Aubry était maire depuis 10 ans, première secrétaire du PS, présidente de Lille Métropole, candidate malheureuse à la primaire socialiste, sa notoriété n’était plus à faire. Son service de la communication étaient en voie de professionnalisation, mais il restait encore du chemin à faire : équipe démotivée, absence de stratégie globale, outils vieillissants. Globalement, j’ai été stupéfait par l’absence de procédures et de vision partagée. Le service se vivait comme une sorte de photocopieuse géante au bon vouloir des autres directions, sans aucune expertise reconnue ou valeur ajoutée aux projets. Ça manquait cruellement de gens formés à la communication et d’une organisation au cordeau pour optimiser les dispositifs.

PAD – L’appareil municipal était lourd à bousculer, mais nous avions un enjeu, une perspective, un patron. Et j’étais là où les décisions se prenaient. En amont même.

BB – J’étais associé aux grandes décisions et à tous les sujets sensibles, un atout dans le jeu complexe d’une administration locale.

PAD – J’avais un accès permanent au maire. Et, le mardi soir, les trajets Lille-Paris par autoroute permettaient de longs échanges. J’étais là où les décisions se prenaient. En amont même. Les actions de « relations publiques » que je menais faisaient partie d’une stratégie municipale… et personnelle du nouveau maire. Même si cette stratégie n’était pas formellement exprimée, elle liait l’équipe de ses proches : nous voulions le succès d’un homme qui voulait changer sa ville et dont nous pressentions et appuyions la trajectoire politique régionale et nationale. Le quotidien n’était jamais simple, l’univers politique et partisan n’est pas tendre, l’appareil administratif et politique de l’hôtel de ville était lourd à bousculer, mais nous avions un enjeu, une perspective. Et un patron.

BB – Je voyais Martine Aubry dès que nécessaire, en fonction des besoins ou des urgences et j’étais connecté à son directeur de cabinet et directeur général des services H24. Si j’ai toujours évité d’être accaparé par les déplacements et réunions publiques chronophages, j’étais en revanche systématiquement présent et associé aux grandes décisions du mandat et à tous les sujets sensibles. Les stratégies de communication étaient discutées puis validées en direct dans le bureau du Maire, par téléphone ou sms quand il fallait régler une question sensible. Martine Aubry était également un véritable patron, respecté, avec une autorité naturelle et un caractère bien trempé. Un vrai atout quand il faut faire avancer ses pions dans le jeu complexe et lourd d’une administration locale.

PAD – On ne parlait pas de communication ni de concertation ni de démocratie participative ni de lien social. Mais du militantisme nous avions appris qu’une politique municipale ça se faisait avec des gens, les habitants, qui étaient des personnes… et aussi des électeurs. Et que ça devait se faire sur le terrain. De grandes idées et de petites attentions. De la vision, de la projection mais aussi du quotidien visible. Pierre Mauroy annonça très vite « un Grand Programme de petits travaux » ! Pour expliquer le POS, le plan d’occupation des sols, j’ai fait tourner dans les quartiers « la bulle », un énorme igloo démontable qui abritait une exposition pédagogique et ludique autour de laquelle on organisait des réunions-débats avec les habitants du quartier. J’avais oublié de passer un marché. La secrétaire générale de mairie régularisa a posteriori… J’ai vécu la jeunesse (la genèse !) de la communication publique, une sorte de paradis terrestre : le péché n’existait pas. Nous avions la foi, il n’y avait pas de lois. Nous mélangions allègrement les genres… sans le savoir. Il n’y avait pas de déontologie professionnelle… puisqu’il n’y avait pas de profession. Nous n’étions pas cyniques, nous étions vierges : nous n’avions ni les mots ni les concepts ni les règles ni les contraintes qui définissent aujourd’hui la fonction.

PAD – J’ai vécu la genèse de la communication publique, une sorte de paradis terrestre : le péché n’existait pas. Nous avions la foi, il n’y avait pas de lois.
BB – J’ai toujours été soucieux de distinguer la communication partisane de la communication publique.

BB – Ce distinguo entre communication politique et communication publique, j’y pensais tous les matins en me rasant ! C’était très structurant. J’ai toujours été soucieux de distinguer la communication partisane de la communication publique. Je m’astreignais à éviter toutes dérives, à protéger la dimension publique du poste, à être exemplaire sur le volet marché public. Ne pas faire cela aujourd’hui, c’est prendre des risques démesurés. Après, évidemment, ce qui est conduit au niveau municipal correspond à des engagements de campagne et des orientations politiques. Concrètement, les campagnes de communication que j’ai conduites consistaient essentiellement à mettre les Lillois au coeur des dispositifs avec une dimension participative forte et une volonté d’informer concrètement sur les changements ou les nouveaux services. L’autoproclamation, ce n’est pas trop ma tasse de thé. Et c’est contreproductif à moyen et long terme. Les citoyens ne sont pas dupes.

PAD – Mon souvenir, c’est une activité foisonnante. Et très improvisée. On communiquait tout azimut avec des outils finalement peu nombreux. Une des idées de manoeuvre de Pierre Mauroy, c’était qu’une capitale régionale devait avoir les attributs d’une capitale, à commencer par une vie culturelle. Que c’était une condition du développement tertiaire et de la conversion économique du Nord-Pas-de-Calais dans son ensemble. J’ai donc inventé et réuni avec sa bénédiction des États généraux de la culture lilloise et donc régionale : artistes, créateurs, comédiens, musiciens, associations culturelles et sociétés savantes, galeristes, mécènes et défenseurs des vieilles pierres, grandes familles et bourgeois éclairés, syndicalistes « ouverts » et communistes « modernes ». Tout était dans tout. C’était pour une capitale régionale un potentiel de rayonnement à mobiliser, c’était pour le nouveau maire de Lille des publics à découvrir et à s’acquérir. C’était fédérateur, la culture…

BB – La culture est restée centrale à Lille. Martine Aubry s’est appuyée sur l’héritage de Pierre Mauroy et a continué de structurer une politique ambitieuse dans la foulée de Lille, capitale européenne de la culture. Mais mon champ d’intervention était bien plus vaste. Il était immense. Trop d’ailleurs. Ma problématique numéro un c’était d’orchestrer les prises de parole, saisonnaliser la communication, prioriser pour ne pas communiquer sur tout, tout le temps, auprès de tous ! J’ai beaucoup dit « non » et dû faire preuve de pédagogie et de fermeté auprès des élus pour expliquer des choix stratégiques, finaliser des objectifs précis, définir en amont les critères de réussite des dispositifs. Je ne me suis pas fait que des copains mais au moins, la ligne était claire et les objectifs atteints.

PAD – Avec les visites du Maire dans les quartiers, entouré des services techniques municipaux, avec sa personnalité chaleureuse, son lyrisme visionnaire quand il décrivait l’avenir de sa ville, son image nationale grandissante de leader d’une opposition qui avait le vent en poupe, nous n’avions pas vraiment de problème pour appâter la presse locale ou nationale. Bien sûr, nous trouvions qu’elle n’en faisait jamais assez. Car, à part la revue municipale, assez bien faite pour l’époque, avec pas trop de photos du maire et beaucoup de photos des « gens », nous devions bien en passer par les journaux … et les journalistes. La PQR était encore florissante, La Voix du Nord avait sur la Grand Place de Lille un immeuble imposant, on traitait de puissance à puissance. Avec les journalistes localiers, s’ils avaient notre âge, on copinait, les « vieux », on les flattait. Et jamais ils ne faisaient le papier qu’on souhaitait ! Ou, au contraire, celui qu’on attendait trop. C’était leur liberté. Mais on ne pouvait pas se passer d’eux. La presse parisienne, les radios et télés nationales, à tout prendre, étaient d’un traitement plus aisé. On ne lisait guère la PQN à Lille, sauf le microcosme métropolitain des décideurs et les gens « cultivés » … qui était une de nos cibles ! Mais un article dans un hebdo national, un passage télé, une interview ou un reportage radio, c’était bon pour l’image du maire, de la ville, de la région. Tout était dans tout.

BB – Pour moi, les relations presse n’étaient pas aussi centrales. À mon arrivée, Nord Éclair et la Voix du Nord venaient de fusionner leurs rédactions. Il y a bien des radios et des TV locales, mais les audiences sont faméliques. Et sur le volet national, Martine Aubry était dans une position très prudente vis-à-vis des médias. J’étais au moins aussi soucieux des réactions des habitants sur les réseaux sociaux que de la teneur des articles de presse. Mes outils étaient aussi plus nombreux qu’à ton époque, avec notamment les campagnes d’affichage et tous les outils numériques. J’ai aussi consacré du temps à la refonte du journal municipal qui reste à mon sens le vaisseau amiral de la communication locale. Il vient aux gens, par la boîte aux lettres. Il existe un lien physique avec l’objet. On le feuillette, on le pose sur la table du salon ou dans les WC, on le garde sous le coude pour les bons plans et les contacts utiles. Lillemag sentait franchement la naphtaline, inchangé depuis une quinzaine d’années, avec des photos d’élus coupant des rubans à toutes les pages… J’ai défendu une refonte intégrale du journal avec un contrat de lecture clair, une charte éditoriale et iconographique revue pour donner la parole aux Lillois. Dans le même temps, on a changé l’identité visuelle de la ville. À marche forcée, en six mois. Il fallait démontrer en interne comme en externe qu’il y avait un patron à la direction de la communication. Ensuite, je me suis attaqué au site web et au développement des réseaux sociaux balbutiants. Et enfin, à la vidéo.

PAD – D’une certaine façon, dans la suite de ma vie professionnelle de dircom, j’ai cherché à retrouver et à construire – autant que possible – cette conjonction parfaite des astres que j’avais connue à mes débuts, où la communication avait toute sa place, une place stratégique auprès d’un décideur qui avait un projet et une stratégie, une stratégie institutionnelle et politique que j’approuvais, qui intégrait et induisait une stratégie de communication. Entendons-nous : je suis plus qu’heureux des progrès en termes d‘expertise et de déontologie, de législation et de réglementation qui ont en quelque sorte laïcisé la fonction et la profession. Mais un dircom du service public ne peut pas être un mercenaire qui vend son savoir-faire. Ni comme professionnel ni comme citoyen, un communicateur public ne peut vendre son âme.

BB – Finalement, je me dis que ma plus grande réussite c’est d’être resté quatre années à ce poste et d’en être parti de mon plein gré ! J’avais le sentiment d’avoir fait le job à 1000 %. C’est objectivement un poste extrêmement exposé, au carrefour de toutes les attentions avec une immense pression quotidienne. Un terrain de jeu passionnant et éreintant. Quatre ans sans souffler ou presque, ce n’est pas rien. On peut être un professionnel de la communication qui s’investit comme le ferait un militant !

BB – On peut être un professionnel de la communication qui s’investit comme le ferait un militant !
PAD – Un communicateur public n’est pas un mercenaire : ni comme professionnel ni comme citoyen, il ne peut vendre son âme.

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